Décès d’Evaëlle : “Les encadrants scouts doivent repérer les signes de harcèlement”

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Victime de harcèlement dans son ancien collège, Evaëlle, une jeune-fille de onze ans, a mis fin à ses jours vendredi 21 juin. Guide au sein des Scouts et guides de France, son décès a bouleversé toute la communauté du scoutisme. Pour Marie Mullet-Abrassart, présidente des Scouts et guides de France, il est évident que les encadrants ont un rôle très important à jouer dans la lutte contre les situations d’isolement.


Des outils pour lutter contre le harcèlement sont-ils mis en place aux Scouts et guides de France ?


Bien sûr. Déjà dans la formation pour les chefs et cheftaines, il y a tout un module autour de la bientraitance, que ce soit des adultes envers les enfants, mais aussi qui apprend à déceler des comportements compliqués dans le groupe. Dans la méthode scoute, nous apprenons le vivre ensemble et la tolérance, notamment avec des personnes différentes : des gros et des moins gros, des couleurs de peau et des origines différentes, des enfants à la pointe de la mode, et d’autres moins. On met un point d’honneur à leur apprendre à ne pas adopter des comportements d’exclusion.


Nous avons également créé le réseau Santé qui a beaucoup travaillé sur la protection des mineurs. Depuis un an, le thème prioritaire est le harcèlement, et on va travailler de plus en plus sur le sujet ; notamment pour faire prendre conscience aux adultes que le gouvernement a mis en place de nombreux outils pour lutter contre le harcèlement et les inciter à y avoir recours avant qu’il ne soit trop tard.


Le décès d’Evaëlle a-t-il renforcé votre volonté de lutter contre la malveillance ?


Pour Evaëlle, nous ressentons un immense tristesse de ne pas avoir réussi à contrebalancer sa souffrance. Ça nous bouleverse et nous interroge : tout être humain confronté au suicide par pendaison d’une enfant de 11 ans se demande forcément ce qu’il aurait pu faire de plus pour éviter un tel drame. On sait aujourd’hui qu’il y a des choses à améliorer et ça nous questionne sur notre rôle d’éducateur. Si la question de la bientraitance est déjà au coeur de notre réflexion et de nos formations, il est certain que nous allons de plus en plus insister dessus. Nous allons par exemple rapidement parler du harcèlement et de ses solutions sur notre site Internet et dans nos newsletters afin que les encadrants et les parents s’imprègnent de cette problématique à la veille des camps d’été.


Y a-t-il de plus en plus de cas de harcèlement ?


Le phénomène n’est pas nouveau mais il est difficile de voir s’il est plus important qu’avant. Ce qu’on peut dire en revanche, c’est qu’on en parle plus. Et il est clair qu’avec l’introduction des réseaux sociaux, il y a un amplification du phénomène, d’autant plus lorsqu’il y a un effet de groupe. Dans le cas d’Evaëlle, l’ultra-connectivité a joué un rôle destructeur, c’est évident. Elle a été changée de collège une première fois, mais Internet permet aux harceleurs de poursuivre leur victime partout et tout le temps.


Comment déceler et gérer des situations de harcèlement chez des enfants ?


J’ai la perception que le harcèlement dans un groupe se repère assez facilement. Il y a des signes qui ne trompent pas : quand un enfant est sujet à des blagues à répétition, quand il est toujours isolé ou choisi en dernier lors des créations des équipes pour les jeux… Certes, la situation ne dégénère pas systématiquement, et heureusement, mais il faut que cela engendre une vigilance accrue de la part des adultes. Chez les Scouts et guides de France, si l’on repère de telles situations, nous cherchons des solutions. Elles ne sont pas évidentes à trouver car les parents ne sont pas toujours très réceptifs tant leur affect rentre en jeu. Nous tentons donc de leur expliquer que nous ne cherchons pas à condamner, mais à réparer. Cela peut passer par le changement de groupe pour l’enfant en souffrance, ou l’exclusion du groupe pour les enfants malveillants afin de les amener à réfléchir sur la notion de scoutisme.


Quel est le rôle et la responsabilité des adultes lorsqu’ils sont confronté à de la malveillance entre enfants ?


Les adultes ont un rôle très important à jouer. Les enfants de 8 à 14 ans reproduisent énormément ce qu’ils voient. Ainsi, leurs éducateurs doivent avoir un comportement exemplaire. Ils ne doivent surtout pas minimiser les actes malveillants, et ne pas laisser faire. Ils doivent être très attentifs pour repérer les signes et ouvrir des espaces de parole avec leurs enfants ou les jeunes qu’ils encadrent.


Il est difficile de trouver des solutions qui ne font pas empirer la situation. D’autant qu’il est rare qu’un parent dise à son enfant que ce qu’il fait s’appelle du harcèlement et que c’est mal. Nous devons, en tant que tiers, faire preuve d’une grande lucidité pour faire en sorte que toute la communauté éducative agisse et vienne en aide à l’enfant harcelé.

Au rythme du Tire-Bouchon

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À la terrasse du buffet de la gare d’Auray, dans le Morbihan, il flotte déjà un air de vacances. Sacs à dos à terre, vélos garés le long de la barrière, des étudiants et des couples de retraités commandent qui une bavette, qui une andouillette-frites. Le temps de casser tranquillement la croûte au soleil, en attendant le Tire-Bouchon : non pas pour siffler un verre de muscadet, mais pour se rendre à Quiberon… « Le nom populaire et singulier du petit train qui relie Auray au bout de la presqu’île a deux origines possibles : ce TER fait l’aller-retour sur une seule voie, comme dans le goulot d’une bouteille. Et il tire aussi les estivants des gigantesques bouchons qui encombrent la presqu’île de Quiberon en juillet-août ! », explique Juliette Labaronne, qui a travaillé un temps pour le journal interne de la SNCF et publie aujourd’hui une bible des échappées ferroviaires tranquilles, loin de la cadence infernale des TGV.


Une france d’avant le stress

Handiplage nous met tous à l’eau

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Entre les rochers et l’étendue de sable, dessinant une virgule de gravier bitumé, la rampe glisse en pente douce jusqu’à la plage. Une voie directe pour les rivages de l’océan Atlantique et les vagues de la Côte d’Argent. C’est grâce à cette bretelle d’accès, bordée de balustrades en bois, que Ramón Espi peut rejoindre la plage de la Petite Chambre d’Amour, à Anglet (Pyrénées-Atlantiques). Un havre estival surplombé par la falaise du cap Saint-Martin, creusée de grottes, et l’étincelant phare de Biarritz. « J’aime me retrouver dans l’eau, me plonger dans cette lessiveuse ! Je prends des bains de mer tout l’été, mais aussi en hiver, avec une combinaison. » Handicapé, Ramón Espi, 57 ans, vit en fauteuil roulant depuis un accident de moto, à l’âge de 27 ans. « Avant ces aménagements sur le littoral, j’étais obligé de rouler sur le sable, le fauteuil s’enlisait… Rien n’était prévu pour les personnes handicapées. Elles pouvaient utiliser les rampes de mise à l’eau des bateaux, mais ce n’était pas pratique ».


Vingt ans de combat, 150 plages accessibles


Avec sa compagne, Brigitte Berckmans, infirme moteur cérébral, cet ancien dessinateur en construction mécanique, tout juste retraité, est à l’origine de l’association Handiplage. Cette structure, qui compte une centaine d’adhérents, agit pour favoriser l’accès des personnes à mobilité réduite aux loisirs et à la plage. Le combat fut long pour inciter les communes à aménager les sites. Tout a commencé il y a plus de 20 ans, en 1995, lorsque le couple basque a découvert, à la lecture d’un article de presse, que l’Hôpital Marin d’Hendaye, spécialisé dans la prise en charge d’adultes lourdement handicapés, faisait bénéficier ses patients de bains de mer. « Les pensionnaires étaient transportés sur des brancards. Au culot, nous nous sommes rendus à Hendaye, mais à la fin de l’été l’établissement nous a dit qu’il ne pouvait pas continuer à nous accueillir en plus de ses pensionnaires. Nous étions une bande de copains à aller dans l’eau, à jouer au basket et nous avons songé à nous regrouper ! » Au fil des rencontres, et avec le soutien du médecin Brigitte Soudrie, chef de service à l’Hôpital Marin d’Hendaye, le projet a mûri. Et l’association Handiplage est née deux ans plus tard, en 1997.


Le but de ce label, c’est que la personne handicapée soit le plus autonome possible sur la plage


Basée à Bayonne, l’association délivre un label « Handiplage » – de quatre niveaux de qualité, symbolisés par des bouées marines -, attribué en fonction de l’accessibilité (stationnement, roulement aménagé du parking à la baignade) et des équipements spécifiques du site : douches, sanitaires, vestiaires… « Le but de ce label, c’est que la personne handicapée soit le plus autonome possible sur la plage ».  Cet été 2019, en France, 85 plages sont labellisées Handiplage. Si l’on ajoute celles qui bénéficient de la marque nationale de l’association Tourisme & Handicaps, créée en 2001, ce sont plus de 150 plages qui sont accessibles aux personnes en situation de handicap. L’une des dernières labellisées est la plage de l’anse du Stole, située près d’un centre de rééducation fonctionnelle, à Ploemeur, dans le Morbihan. Certaines plages (niveau 4), comme à Saint-Jean-de-Luz, sont dotées d’un dispositif Audioplage pour les déficients visuels : des bouées sonores permettent aux personnes non voyantes ou malvoyantes de connaître leur position lors d’une baignade et de se diriger en toute autonomie dans l’eau.


Un nouveau métier : « handiplagiste »


Gratifiée de trois bouées, la plage de la Petite Chambre d’Amour, à Anglet, dispose d’un poste de secours, d’une rampe d’accès, mais aussi d’une aire de repos et d’abri contre le soleil, et de la présence en période estivale d’une « handiplagiste ». « Nous avons créé ce nouveau métier ! », explique Ramón Espi, dont l’association est à l’initiative de cette formation diplômante d’accompagnement à la baignade des personnes handicapées et en situation de dépendance.


Apprentissage des règles de sécurité, des gestes et des postures, sensibilisation au handicap… Quelque 160 handiplagistes, en France, ont déjà bénéficié de cette formation. L’une des missions de ces accompagnateurs est de manœuvrer le Tiralo, un fauteuil roulant amphibie. La plage d’Anglet en possède deux. Cet équipement a été conçu, après trois ans de mise au point, par Robert Guiglion, à l’époque directeur du Centre d’Aide par le Travail L’Ensoleillade, installé à Jurançon. « Il est parti d’un brancard, auquel il a fixé des roues, puis des flotteurs. Un filet de protection a ensuite été ajouté, pour protéger les jambes dans les vagues. Le Tiralo, c’est le chaînon manquant pour pouvoir aller à l’eau ! Avant, nous devions prendre de vieux fauteuils qui étaient rapidement rouillés », rappelle Ramón Espi. Un autre engin existe, baptisé l’Hippocampe : il s’agit d’un fauteuil aquatique, mais qui ne flotte pas. Il permet à la personne handicapée d’entrer dans l’eau, avant de nager.


Une prise de conscience croissante


Grâce à ces aménagements et à ces équipements ingénieux, les personnes handicapées peuvent goûter aux plaisirs balnéaires. « C’est notre fierté d’avoir mené à bout tous ces projets, d’avoir suscité une prise de conscience : les personnes valides ne nous regardent plus de la même façon. Nous faisons partie du paysage ! », se réjouit Ramón Espi, avant de tempérer : « Bien sûr, je connais encore des personnes handicapées qui n’osent pas se retrouver sur une plage…. » Son handicap n’a jamais empêché ce sportif, guitariste amateur, de pratiquer de nombreuses activités physiques, du ski au surf. « Les mentalités ont changé. Il y a 20 ans, lorsque nous nous adressions aux villes, elles étaient réticentes, comme si elles ne comprenaient pas notre envie de nous baigner ! S’il est vrai que la loi de 2005 sur le handicap n’évoque pas les plages, des améliorations sont cependant entreprises à l’occasion des travaux d’aménagement du littoral liés à l’érosion. Cela dit, j’ai peur que cela ne dure pas. Les villes se contentent parfois du minimum ».


Des propos que comprend Joëlle Turcat, adjointe au maire d’Anglet, déléguée à l’emploi, à l’insertion professionnelle et au handicap : « Il ne s’agit pas seulement de créer une rampe d’accès inclinée et de laisser péricliter le site, il faut que les collectivités accompagnent les associations, engagent une réelle réflexion sur le handicap ». Sur le front de mer, le combat pour la baignade pour tous n’est pas terminé.


À savoir : Association Handiplage

39, rue des Faures 64100 Bayonne.

Tél. : 05 59 50 08 38. www.handiplage.fr

Martine Balençon, une pédiatre aux petits soins

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Ici, le visage souriant d’une fillette sous un rocher. Là, l’air étonné d’un blondinet en polo rouge et jaune. Sur le mur opposé, la photo d’un autre garçon dans un petit pull marine, le regard rivé sur le canard en plastique qu’il essaie de pêcher. Et, juste au-dessus, en plan rapproché, un bébé suçant son pouce qui a glissé sa main droite dans la bouche de sa maman, les yeux plongés dans les siens. Martine Balençon, pédiatre et médecin légiste, a accroché les portraits de ses quatre enfants dans son bureau de la Cased (Cellule d’accueil et de soins de l’enfance en danger), au CHU de Rennes (Ille-et-Vilaine). Mais à peine a-t-on mis un pied dans son « antre » qu’elle désigne le cliché d’une femme d’un certain âge, posant devant les tours de La Rochelle. Sa mère, décédée l’an dernier : « Elle aurait aujourd’hui 93 ans. C’était une anesthésiste de province, pionnière dans son domaine, très humble, qui s’était formée en Angleterre. Dans les années 1960, elle allait…

Où sont passés les rites de passage ?

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Quand êtes-vous devenue une femme ? Qu’est-ce qui a fait de vous un homme ? Pardonnez cette irruption brutale dans un domaine ô combien personnel, vertigineux peut-être. C’est pourtant une belle interrogation. Nous étions des enfants, nous voilà des adultes ; entre les deux, il faut bien qu’il y ait eu un tournant, une transition, une métamorphose, même infime. Et si la question renvoie à des souvenirs intimes, les…

Jean-Michel Blanquer : “Le rite marque la fin d’un cycle et ouvre au suivant”

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Qu’en est-il des rites à l’école ?


Toutes les sociétés développent des rites, autrement des pratiques sauvages apparaissent. Il s’agit d’un besoin anthropologique fondamental. Il est donc important que l’école cultive des rites, notamment lors des passages, qui sont des moments charnière et peuvent susciter de l’angoisse. La scolarité est marquée par trois moments clés : la fin du CM2, la fin de la 3e et la fin de la terminale. Le rite marque la fin d’un cycle et ouvre au suivant. Il est là pour donner confiance et nourrit le sens d’appartenance à un groupe.


La jeune génération reprend du service


N’est-ce pas là où la République a failli, en termes de symboles, de solennité, de sacré, et donc d’appartenance ?


Dès son origine, la République française a révélé un grand sens du rite, qui n’est pas concurrent du religieux, mais différent. L’École de la IIIe République a su solenniser l’enseignement, le rôle du maître, la reconnaissance du mérite et de l’excellence. Peut-être certaines cérémonies comme la remise des prix sont-elles tombées en désuétude, au nom d’une sorte de libertarisme. Par ailleurs, le rite repose sur l’appartenance à un groupe, une collectivité ; or l’individualisme fragilise la société. Sans doute avons-nous à retrouver davantage de solennité, qui incarne le respect dû aux élèves et aux adultes. Dans tous les pays du monde, par exemple, le doctorat est célébré en grande pompe, avec un lieu, une tenue, une célébration. Le rite cristallise le respect de tous envers tous et souligne l’importance d’un travail accompli, de ce qu’il consacre et de ce qu’il ouvre.


Que propose l’Éducation nationale ?


La classe est une petite république, avec ses rituels. Nous avons instauré la coutume du « livre pour l’été », distribué aux 800.000 élèves de France en fin de CM2. C’est un moment fort, qui a une portée symbolique et pratique : la transmission de notre patrimoine littéraire, mais aussi la reconnaissance des compétences de l’élève, tant par l’institution que par la société, avec la présence, par exemple, du chef d’établissement ou du maire. Dans le même esprit, nous devrions introduire une cérémonie de remise de diplôme du brevet. Il s’agit de saluer son obtention par une réjouissance collective. Pour ceux qui passeront le baccalauréat en 2021, le grand oral tiendra lieu de moment plus solennel, qui viendra clôturer le cycle du secondaire. À la discrétion des établissements, une cérémonie de remise des diplômes du bac a lieu en début d’année. C’est aussi une manière de formaliser l’appartenance à un corps, celui des anciens élèves. Enfin, chaque rentrée scolaire est à ritualiser. La « rentrée en musique » que nous promouvons permet de manifester cette unité, notamment par le chant choral. Elle introduit un peu de joie le jour de la rentrée et nous rappelle que l’école est une chance.

Grandir en autonomie

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Le « zéro risque » et la notion de confort absolu sont à la mode, et la tentation grande pour les parents de confiner leurs enfants. Céline Anaya Gautier, elle, a osé le contraire… S’inspirant d’un rituel quechua, cette photographe a parcouru avec son fils 1 200 km jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle pour célébrer son passage à l’âge de raison. Elle relate l’aventure en images dans le livre Dis maman, c’est encore loin Compostelle ? (le Passeur). Au bout du chemin, l’enfant a quitté ses vêtements pour en endosser de nouveaux. Tout un symbole.


Des rites plus individualisés


« Pour grandir, l’enfant a besoin d’expériences vécues sous le regard des autres, qui valident ses progrès, souligne la psychologue Charlotte Argod. Un rite l’aide à trouver sa nouvelle place. Et permet surtout aux parents de se préparer au changement et d’adapter leurs…

“Les Étoiles de Gennevilliers font du bien à la cité et aux enfants“ 

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Au centre culturel et social Aimé-Césaire de la cité du Luth, à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), le ciel gris ne parvient pas à atténuer la joie et les sourires des enfants, réunis ce mercredi 5 juin. Ils s’apprêtent à recevoir le prix de la Vaillance, du fonds Coeurs vaillants-âmes vaillantes, des mains de la présidente du jury, Jacqueline Tabarly. Cette cité, située dans le nord de la ville, compte 9 000 habitants de quelque 60 nationalités. Tout a commencé à la rentrée scolaire de 2018. La mairie ayant annoncé la suppression des activités périscolaires, plusieurs enfants du Luth, encouragés par leurs parents, sont allés demander à l’Action catholique des enfants (ACE) de leur organiser des activités. « On ne voulait pas traîner dans les rues seuls, sans avoir rien à faire. Grâce au club,…

La périlleuse équation des mathématiques dans la réforme du Bac

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Romain est en seconde au lycée Lacordaire (Marseille), et comme une grande partie de ses pairs, il veut faire médecine. Alors quand il a dû choisir ses « spécialités » – trois matières approfondies qui remplacent les séries S, ES et L – il a opté pour les mathématiques, sans hésiter. Et pourtant, elles ne sont plus obligatoires. Le cas de Romain est révélateur d’une tendance plus globale : une étude du syndicat SNES/FSU indique que les mathématiques restent choisies par 70% des élèves dans l’académie de Versailles, et 65% à échelle nationale. 


En donnant la possibilité aux élèves de choisir leurs matières, le gouvernement entend promouvoir une formation plus individualisée, plus en phase avec la flexibilité du monde professionnel, et rompant le déterminisme de « tel parcours égale tel métier ». Pourtant, les profils que l’on retrouve sont paradoxalement homogènes, et la triplette maths – physique – sciences de la vie et de la terre dessine les contours d’une filière S 2.0. Comment en est-on arrivé là ?


Pourquoi Pythagore a-t-il toujours la côte ? 


Entre les 12 spécialités proposées, les élèves sont supposés faire un choix « en fonction de leurs goûts et ambitions ». Mais la logique de l’ancien système ne tarde pas à prendre le dessus, et consacre la domination des sciences dures sur les sciences humaines. Par inertie, ou par sécurité, la nouvelle génération continue donc à privilégier les mathématiques pour « ne pas se fermer de portes » sur le marché de l’emploi, où elles sont omniprésentes – de l’informatique à l’analyse financière, en passant par l’architecture. 


« Faites ce que vous voulez, mais faites des maths quand même » 


Selon Claire Gueville, secrétaire nationale en charge des questions lycée au Syndicat National des Enseignants du Second Degré (SNES), la communication ministérielle autour de cette réforme repose sur une logique de « venez comme vous êtes et faites ce que vous voulez ». Un discours incompatible avec la notion de contrainte inhérente au processus d’apprentissage : « On a besoin des maths ! » insiste-t-elle. Sauf que cette liberté de choix se heurte à l’impératif de cohérence entre les spécialités choisies et aux recommandations des parents et professeurs.


Par inertie, ou par sécurité, la nouvelle génération continue donc à privilégier les mathématiques.


Au cours de cette année, les professeurs de seconde ont, en effet, eu un rôle d’information – si ce n’est d’incitation – envers les élèves pour qu’ils n’abandonnent pas les mathématiques. « Plusieurs fois, les professeurs nous ont expliqué que c’était important qu’on choisisse des maths, même si c’est pas obligatoire. Ils ont dit qu’on en aurait vraiment besoin plus tard », explique Romain. 


Face à ce nouveau système de choix, les parents sont déboussolés, peu convaincus par l’inventivité pédagogique du ministre de l’Éducation nationale. « Le plus difficile, c’était de changer d’état d’esprit, d’un coup. On avait plus les mêmes repères et il y a encore beaucoup d’incertitude concernant l’impact du choix des spécialités sur l’orientation post-bac » confie Catherine, parent d’élève d’un lycée privé en Essonne. « Les maths me semblaient indispensables, pour avoir de la discipline dans la réflexion et de la rigueur. Mon fils a finalement pris les maths, mais c’était son choix » conclut-elle.


Les inégalités et la concurrence accentuées par la réforme 


L’asymétrie d’information et un accompagnement déficient de la part des professeurs perpétuent ainsi les inégalités dans le système scolaire. En donnant l’illusion du choix, le ministre de l’Éducation nationale a simplement déplacé la sélection. C’est désormais le lycée et les moyens dont il dispose qui jouent un rôle déterminant, car le nombre de spécialités proposées est propre à chaque établissement. Si les maths seront, elles, proposées partout, les demandes sont souvent supérieures aux places disponibles. Surtout dans les lycées dits « sensibles », qui manquent de moyens. « Dans ces lycées là, on va simplement dissuader certains élèves de prendre maths, afin d’améliorer le niveau global » précise Claire Gueville. 


Selon elle, ce phénomène met en lumière une ligne sociale de fracture. Les élèves qui ont un meilleur niveau scolaire continuent de privilégier de manière pragmatique la triplette maths-sciences-physique, pour ne se fermer aucune porte. Ceux qui proviennent de milieux plus défavorisés ont souvent un niveau scolaire moins élevé, et croient au discours du « faites ce que vous voulez ». Ils sont mal orientés, et choisissent moins les mathématiques, laissant alors le champ libre aux « premiers de cordée ».


La concurrence entre les filières s’est ainsi transformée en une concurrence entre les matières, où une forme de hiérarchisation demeure.


Enfin, un professeur avec plus de 10 ans d’expérience dans un grand lycée parisien constate un véritable « patriotisme disciplinaire ». La concurrence entre les filières s’est ainsi transformée en une concurrence entre les matières, où une forme de hiérarchisation demeure. La domination des mathématiques crée, selon lui, un véritable climat d’adversité au sein-même du corps professoral. Chacun « se bat » pour avoir le plus de demandes de sa spécialité, afin de préserver ses heures, et donc son poste. « Les professeurs se sentent en danger puisque le nombre de leurs élèves n’est pas fixé. Les professeurs de maths sont aussi concernés : on leur a fait baisser le nombre d’heures de 6 à 4 par semaine. »


Qu’en pensent les universités ? 


Dans la continuité logique de la réforme, on pourrait s’attendre à ce que les établissements supérieurs reviennent sur leur processus de sélection et le contenu de leurs cours. Or cela est loin d’être le cas : « L’enseignement supérieur ne va pas s’adapter, c’est aux élèves de le faire. Et les classes préparatoires ont publié leurs “attendus” cette semaine : les maths sont presque partout », alerte Claire Gueville. 


Les élèves qui n’auraient pas choisi les mathématiques seront ainsi pénalisés, puisque les cursus scientifiques, habitués aux profils « S », prendront simplement ceux qui ont privilégié les triplettes sciences de la vie – maths – physique. Pas question, visiblement, de faire une remise à niveau face à ces nouveaux profils, ou d’assouplir les procédures de sélection.


Initialement prévue pour mieux préparer les élèves à l’enseignement supérieur, la réforme Blanquer semble avoir été le fruit d’un déficit de concertation. Elle exige de prévoir, dès le début du lycée, le secteur d’études supérieures et même le métier exercé. Difficile pour des élèves de seconde, qui évoluent dans un système éducatif en mutation permanente.

La Dolce Vita ambacienne de Léonard

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Léonard de Vinci arrive sur le sol français à 64 ans, à dos de mulet – selon la légende –, à l’invitation de François Ier. Nous sommes à l’automne 1516. Contre une pluie d’écus d’or, il devient alors le « premier peintre, ingénieur et architecte » du roi de France.


C’est à pied et sans aucune richesse que nous entrons au château du Clos Lucé, une charmante bâtisse de tuffeau et de briques roses visitée par 380 000 touristes chaque année. L’historien Pascal Brioist nous attend. Auteur de Léonard de Vinci, homme de guerre (Alma, 2013) et des Audaces de Léonard de Vinci (Stock, 2019), il est ici chez lui. À tel point que la famille Saint Bris, propriétaire des lieux depuis 1854, a fait du sieur Brioist son conseiller technique. À lui de rendre le manoir le plus « authentique » possible, comme il y a cinq siècles.


Arpenter les deux pièces qui servirent d’ateliers artistique et…