Les souvenirs de la prime enfance disparaissent à 7 ans

Standard

Pour la plupart d’entre nous n’avons généralement aucun souvenir des événements que nous avons vécus entre zéro et trois ans. Un phénomène que les psychologues ont poétiquement baptisé « amnésie de l’enfance ».

Mais quand avons-nous oublié ces évènements ? Lorsque nous avons atteint les sept ans, selon une étude menée par deux psychologues américains de l’Université Emory, à Atlanta. Un résultat publié dans l’édition du mois de janvier 2014 de la revue Memory.

Pour parvenir à cette conclusion, les deux scientifiques américains ont mis en place une méthodologie articulée en deux phases, impliquant 83 enfants tous âgés de trois ans au début de l’expérience.

Lors d’une première phase, les parents des enfants qui avaient été recrutés pour l’expérience ont eu pour mission de demander à leurs enfants, qui étaient donc âgés de trois ans à ce moment-là, de leur indiquer les six souvenirs d’événements récents qu’ils avaient en tête (un anniversaire, une sortie au zoo…). Chaque souvenir s’est alors trouvé soigneusement consigné par les deux auteurs de l’étude.

Puis, lors d’une deuxième phase, l’aptitude de ces enfants à se remémorer ces événements a été testée. Pour ce faire, les 83 enfants ont été divisés en cinq groupes : les enfants du premier groupe ont eu pour mission de se remémorer les six événements qu’ils avaient raconté à leurs parents une fois l’âge de cinq ans atteint, soit deux ans après la conversation avec leurs parents. Quant aux enfants du deuxième groupe, il leur a été demandé de se rappeler de ces six événements lorsqu’ils avaient atteint les six ans. Et ainsi de suite jusqu’au dernier groupe, dont les enfants ont été questionnés lorsqu’ils avaient neuf ans…

Résultat ? Alors que les enfants âgés de cinq à sept ans étaient capables de se remémorer 63 à 72 % des souvenirs qu’ils avaient racontés à leurs parents lorsqu’il avait trois ans, les enfants âgés de huit et neuf ans n’étaient capables de se rappeler que de 35 % de ces événements.

Un résultat qui suggère donc qu’il existe bel et bien un seuil situé autour de sept ans, au-delà duquel une grande partie des souvenirs de la prime enfance s’évanouit.

Selon les auteurs de l’étude, cette « amnésie de l’enfance » est due au fait que les enfants ne disposent pas des bases neuronales nécessaires pour mémoriser durablement les éléments de leur mémoire autobiographique (la mémoire autobiographique regroupe les souvenirs qui concernent notre propre existence, avec les lieux, les dates et les émotions qui y sont associés ; pour en savoir plus, visionner cette vidéo consacrée à la mémoire autobiographique, publiée sur le site de Canal Académie).

Médecine douce : les thérapies incontournables

Standard

Phytothérapie : les plantes, nos alliées du quotidien

Des tisanes régulières de thym pour éviter les infections de l’hiver, de la réglisse pour calmer l’acidité de l’estomac, de l’artichaut ou du romarin pour soulager son foie, de l’ortie ou de la prêle pour reminéraliser son organisme… Les plantes sont sans conteste les meilleures alliées de notre santé au quotidien, et la phytothérapie – la médecine par les plantes – la plus puissante et la plus prometteuse des médecines alternatives.

Depuis 7 000 ans et sur tous les continents l’homme utilise la plante médicinale, ce qui en fait la plus ancienne des thérapeutiques. Et même les animaux y ont recours ! L’univers végétal constitue un formidable réservoir, et l’industrie pharmaceutique ne s’y est pas trompée puisque près de 70 % des médicaments actuels trouvent leur origine dans les plantes. Mais contrairement à la médecine chimique, qui isole un principe actif pour fabriquer un médicament de synthèse, la phytothérapie s’intéresse à l’ensemble des principes actifs d’une plante, qui travaillent en synergie. Une complexité et une intelligence impossibles à reproduire en laboratoire.

Sophrologie caycédienne : l’art de la relaxation

Grâce à une relaxation active (jamais allongé), des exercices corporels et respiratoires, des visualisations et des entraînements mentaux, corps et esprit s’harmonisent peu à peu, les pensées limitantes et négatives sont mises entre parenthèses, et le jugement sur soi-même et les autres est suspendu.

La sophrologie se révèle ainsi utile dans les cas d’insomnies, de dépression, de mal-être, d’anxiété, pour soulager les douleurs liées au stress, accompagner les maladies chroniques, mieux supporter une chimiothérapie ou encore préparer son accouchement. Elle peut également améliorer la mémoire, les performances physiques ou intellectuelles (apprentissage d’une langue, préparation à un examen, coaching sportif…).

Médecine chinoise : le corps, le coeur et l’esprit comme un tout

Pas un mois sans qu’une amie nous explique comment elle a retrouvé le sommeil grâce à l’acupuncture ou qu’un collègue vous confie que ses maux de dos sont un lointain souvenir depuis qu’il pratique le tai-chi. Des assertions relayées par les études régulièrement publiées sur ces approches. Si ces noms exotiques nous sont devenus familiers, nous n’avons pas toujours conscience qu’ils font partie d’un même ensemble : la médecine traditionnelle chinoise (MTC).

Vieille de 4000 ans, cette médecine est un système très élaboré et intrinsèquement lié au taoïsme, appréhendant le corps, le cœur et l’esprit comme un tout. Tandis qu’en Chine la MTC est pleinement présente au côté de la médecine moderne, dans les pays occidentaux, c’est plus particulièrement l’acupuncture qui est enseignée à l’université et intégrée dans certains services hospitaliers (obstétrique, douleurs, cancérologie, pneumologie…).

Homéopathie : le pouvoir de l’infinitésimal

L’homéopathie est une thérapie reposant sur trois types de souches (végétale, animale et minérale) et sur trois principes phares (celui de similitude, celui d’infinitésimalité et celui de globalité ou d’individualité).

Granules et doses homéopathiques ont investi trousses à pharmacie et pochettes de sac à main. Maux saisonniers, pathologies chroniques, allergies… cette médecine du quotidien, reposant sur le principe de similitude, séduit chaque année de plus en plus de patients. Si par exemple un sujet vient de se faire piquer par une abeille et qu’il souffre par conséquent de fortes brûlures avec apparition d’un œdème, l’homéopathe va lui donner un remède dont la souche est constituée de… venin d’abeille.

Ostéopathie : écoute et palpation

Née aux États-Unis au XIXe siècle sous l’impulsion du docteur Andrew Taylor Still, l’ostéopathie a été introduite en France par le docteur Lucien Moutin en 1910. Cette méthode thérapeutique a pour but de prévenir ou de rétablir la bonne mobilité des différentes structures de l’organisme.

Problèmes articulaires (maux de dos, lombalgies, tendinites, etc.), dysfonctionnements digestifs ou encore maladies chroniques, l’ostéopathie traite un vaste panel de troubles, en considérant l’individu dans sa globalité. Au travers d’une palpation et d’une écoute précise et subtile de tout le corps, précédée d’un long interrogatoire, le praticien va pouvoir remonter à la cause de la souffrance et la soulager.

 

> Retrouvez notre dossier complet sur les médecines douces dans le numéro 3571 de La Vie, disponible mercredi 5 février en version numérique et dès jeudi en kiosques.

Un lapin de jade perdu dans la nuit lunaire

Standard
Le robot lunaire Yutu, vu depuis la sonde chinoise Chang'3. Photo CNSA.

Le robot lunaire Yutu, vu depuis la sonde chinoise Chang’3. Photo CNSA.

Rarement on aura attendu avec autant de curiosité un lever de Soleil sur la Lune. En Chine, surtout, où l’odyssée du petit « lapin de jade » sur la Lune est suivie et commentée avec passion sur les réseaux sociaux. Le lapin de jade, c’est le robot mobile Yutu, déposé le 14 décembre dernier dans le golfe des Iris, en bordure de la mer des Pluies, par la sonde Chang’3, la déesse lunaire de la mythologie chinoise.

Chang’3 est l’un des éléments d’un très ambitieux projet spatial, visant à poser un jour, peut-être, des astronautes chinois sur la Lune. Quant à Yutu, il s’agit d’un démonstrateur technologique, conçu pour tester les capacités des ingénieurs à poser et faire évoluer un module sur la Lune, étape nécessaire avant un retour d’échantillons lunaire, puis, mais on en est pas là, à envoyer des hommes sur le satellite de la Terre et les ramener vivants sur leur planète.
Au début, pour Chang’3, tout a bien commencé. Parfait l’alunissage, parfaite la libération du robot mobile, parfaites les images de la Lune – quoique un peu fades, comparées à celles prises dans des régions lunaires bien plus spectaculaires par les astronautes du programme Apollo.
Un succès, accompagné d’une campagne de communication digne de celles de la Nasa.
Arrivés sur la Lune en plein jour, le 14 décembre, donc, Chang’3 et Yutu ont fonctionné sans encombre jusqu’au coucher du Soleil, qui est intervenu dans la mer des Pluies le 27 décembre. A cette date, les engins, alimentés par des panneaux solaires, ont du se mettre en « hibernation », en se protégeant du froid spatial de la surface lunaire. Puis, deux semaines après, au lever du Soleil, le 13 janvier, ils ont été « réveillés » et ont repris leurs opérations. Mais, avant la seconde nuit lunaire, qui a débuté le 26 janvier, de la « déesse lunaire » et de son « lapin de jade », les ennuis ont commencé. Plus de caméra couleur sur Chang’3, d’abord, puis dysfonctionnement de Yutu. Celui-ci, pour se protéger du froid nocturne, aurait du replier ses panneaux solaires, il semblerait que cette opération n’ait pas été réalisée par le robot.

Un demi-siècle après les Soviétiques et les Américains, les Chinois arpentent aujourd'hui la surface lunaire avec leur robot mobile Yutu, photographié ici par le module d'atterrissage Chang'e 3. Photo CNSA.

Un demi-siècle après les Soviétiques et les Américains, les Chinois arpentent aujourd’hui la surface lunaire avec leur robot mobile Yutu, photographié ici par le module d’atterrissage Chang’e 3. Photo CNSA.

De fait, désormais, tout le monde attend le lever de Soleil sur Chang’3 et Yutu pour savoir si le petit lapin de jade aura survécu. Le contact avec les sondes spatiales devrait être repris le 8 ou 9 février, quand le Soleil brillera de nouveau sur le golfe des Iris.
Pendant que les Chinois s’inquiétaient du bon état de leur robot lunaire après seulement un mois passé sur la Lune, les Américains de leur côté, fêtaient les… dix ans d’exploration de la planète Mars par leur robot Opportunity !
Ce décalage en fiabilité apparente des sondes chinoise et américaine pourrait prêter à sourire, mais regardons de plus près… Paradoxalement, les conditions martiennes sont beaucoup plus clémentes que celles de l’environnement lunaire. Elles sont quasi terrestres : sur Mars, comme sur Terre, la journée est de 24 heures. Sur Mars, comme sur Terre, la couverture atmosphérique protège les sondes : les sondes martiennes doivent affronter des températures maximales de l’ordre de + 10 °C et des températures minimales de l’ordre de -90 °C. Sur la Lune, Yutu supporte des températures de + 120 °C à -180 °C !
Si la Lune est un monde hostile, que penser alors de Vénus ? Les sondes soviétiques Venera 13 et 14 ont supporté les 450 °C de la surface vénusienne entre une et deux heures seulement ! Quant à l’européenne Huygens, elle a transmis des informations depuis Titan, par -180 °C de température, pendant… deux heures. Rien de déshonorant, donc, à ce que Yutu batte de l’aile, si l’on peut dire à propos d’un lapin, après un mois de travail. D’ailleurs, l’avis de décès de Yutu n’est pas publié. Le 9 février, nous saurons si le lapin de jade est toujours vivant… Au fond, cette question est académique. Ni Yutu ni Chang’3 n’apporteront la moindre information scientifique décisive sur la Lune, quand des dizaines de sondes spatiales et soviétiques, sans compter les six missions Apollo, ont exploré le satellite de la Terre de fond en comble, voici un demi siècle. Sans évoquer les missions contemporaines, chinoises, européennes, américaines, indiennes…
Mais pour la Chine, la mission Chang’3 est déjà un immense succès. Son lapin de jade est célèbre dans le monde entier, et chacun sait désormais que les sondes et astronautes chinois volent maintenant dans le sillage des astronautes de la Nasa.
Mais les déboires de Yutu rappelleront peut-être aussi aux ingénieurs chinois que la conquête spatiale n’est pas un long fleuve céleste tranquille. Soviétiques et Américains ont payé un lourd tribut à l’espace, il s’en souviennent.
Serge Brunier

Pourquoi mange-t-on des crêpes à la Chandeleur ?

Standard

Jésus au Temple

La présentation du Seigneur ou « présentation de Jésus au Temple » rappelle un épisode important de l’Évangile : respectant la coutume juive, Marie et Joseph présentent Jésus au Temple 40 jours après sa naissance, c’est-à-dire qu’il est « offert » à Dieu comme tous les premiers-nés garçons d’une famille.

Le cantique de Syméon

Marie et Joseph apportent avec eux en cadeau un couple de tourterelles. C’est le vieillard Syméon, un prophète (une sorte de messager de Dieu), qui, le premier, en prenant Jésus dans ses bras, devine qu’il n’est pas un enfant comme les autres. Il sait qu’il est la lumière envoyée par Dieu pour apporter la vérité aux hommes.

Un cantique (un chant) a été composé à partir des paroles de Syméon. « Maintenant, Seigneur, tu peux me laisser m’en aller dans la paix, tu peux me laisser reposer… car mes yeux ont vu le Salut que tu prépares à la face des peuples. »

La fête des chandelles

Célébrée d’abord en Orient, la présentation de Jésus au Temple a été commémorée à Rome à la fin du VIIe siècle. On organisait alors une procession à travers la ville avec des chandelles allumées.

Des bougies et des crêpes

Le jour de la Chandeleur, on allume des cierges à l’église mais aussi des bougies à la maison. Et nous faisons sauter des crêpes rondes et dorées comme le soleil.

La tradition rapporte que pour récompenser les pèlerins venus à Rome pour la Chandeleur, le pape Gélase Ieur fit distribuer des crêpes.

Pancakes du Canada, blinis de Russie, tortillas du Mexique ou bricks du Maroc, les crêpes se cuisinent dans le monde entier.

Filles et garçons : l’égalité dans la différence

Standard

L’égalité homme-femme, on en parle en France avec le texte de loi présenté   lundi 20 janvier au Parlement et le dispositif ABCD de l’égalité visant à « déconstruire les stéréotypes femmes-hommes » dès la maternelle que Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale et Najat Vallaud‐Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte‐parole du Gouvernement, ont officiellement présenté lundi 13 janvier.

C’est dans ce contexte que sort en librairie un ouvrage du Dr Leonard Sax intitulé Pourquoi les garçons perdent pied et les filles se mettent en danger (Ed. Lattès). Un livre qui a suscité la polémique aux Etats-Unis.

Pour parvenir à une réussite scolaire équivalente entre garçons et filles, ce médecin américain, diplômé en biologie et docteur en psychologie, montre qu’il est vain de nier les différences entre les deux sexes, cette attitude renforçant même les stéréotypes. S’appuyant sur des études scientifiques, il répète que l’égalité ne signifie pas l’uniformité, et conseille plutôt de s’appuyer sur les modes d’apprentissage propres à chaque sexe, afin de proposer une pédagogie différenciée.

Du point de vue pédagogique, il est convenu de gommer les différences entre garçons et filles. En avançant le contraire, vous relancez la polémique. Ne craignez vous pas de passer pour un réactionnaire ?

Tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y a aucune différence entre les facultés intellectuelles, les capacités d’apprentissage, des filles et des garçons. Mais dans le domaine de la motivation, il en va différemment.

Des recherches scientifiques font observer des différences comportementales chez les singes et les chimpanzés : les petits singes mâles préfèrent nettement jouer avec des camions plutôt qu’avec des poupées, les petits singes femelles marquent une légère préférence pour les poupées, par rapport aux camions. Ces différences sont encore plus marquées chez les enfants humains, à un âge où ils n’ont pas encore conscience du sexe auquel ils appartiennent. De la même façon, les modes d’apprentissage chez les filles et les garçons ne sont pas similaires. La culture et la construction sociale du genre, si elles amplifient la biologie, ne peuvent être les seules responsables de ces différences. Or nous éduquons nos enfants comme si ces différences n’existaient pas.

Vous écrivez qu’une telle attitude contribue même à renforcer les stéréotypes. Comment ?

En ignorant les différences entre les filles et les garçons, les enseignants contribuent (sans le vouloir) au renforcement des stéréotypes de genre. Il ne s’agit pas de mettre en place des cursus différenciés, mais d’adopter des pédagogies différenciées sur des cursus identiques. En d’autres termes, ce n’est pas le contenu de l’enseignement qui pose problème, mais la manière de l’enseigner.

Face au désengagement, à la démotivation, de l’un ou de l’autre sexe dans une matière donnée, continuer à ne rien faire, c’est contribuer au renforcement de choix de carrières stéréotypés. La meilleure façon d’intéresser les garçons à programmer un ordinateur est très différente de celle qui poussera les filles à s’y mettre. Motiver des garçons pour qu’ils aiment écrire des dissertations ou tenir leur journal intime ne se fait pas de la même manière que pour des filles.

Ainsi, une professeure de physique australienne a pris en compte les différences reconnues par les chercheurs entre le système visuel des filles (plutôt sensible à la couleur et à la texture) et le système visuel des garçons (plutôt attiré par le mouvement). En adaptant l’ordre dans lequel elle enseigne sa matière, elle parvient à motiver les filles à étudier la physique jusqu’au bac. Ce n’est pas un meilleur cursus : il est strictement identique à celui enseigné partout ailleurs en Australie. C’est juste une pédagogie différente, adaptée aux points forts de chaque sexe.

Transmettre est-il plus difficile aujourd’hui, à l’heure où les écrans se multiplient ?

Nos enfants sont confrontés aujourd’hui à des sollicitations très différentes de celles contre lesquelles nos parents nous ont protégés. Lorsque nous étions enfants, le danger était dehors, hors des murs de notre foyer. Si nous étions dans notre chambre à 20 h, ils avaient fait du bon boulot. Aujourd’hui, c’est différent. Que se passe-t-il derrière la porte de la chambre de votre fille après 20 h ? À qui parle-t-elle ? Que trafique-t-elle sur Photoshop ? Pourquoi ? Pendant ce temps là, que fait son frère ? Quels sites consulte-t-il ? Pourquoi n’arrive-t-il pas à sortir de son jeu vidéo avant minuit ?

L’intrusion de l’extérieur dans l’intimité de la famille, parallèlement à la disparition de la notion même d’intimité pour nos adolescents, pose de nouveaux problèmes aux parents qui, eux, n’utilisent pas, la plupart du temps, la technologie comme un terrain de rencontre avec leurs enfants. Ils ne vont jamais sur leur page Facebook « par respect pour leur intimité ». Ils ne jouent pas aux jeux vidéo avec eux, « parce que c’est une perte de temps ».

« Tenir bon est notre job de parents », écrivez-vous. Oui mais comment ?

Tenir bon, c’est comprendre les enjeux des nouvelles technologies dans la construction d’une personnalité creuse, « de façade », pour les filles, ou dans un comportement addictif d’évitement (vers les jeux vidéo, la pornographie) pour les garçons. C’est dire non aux pressions auxquelles sont soumises nos filles pour se comporter comme des femmes sexuellement actives, de plus en plus tôt, alors qu’elles ne sont encore que des enfants. C’est dire non à la violence de certains jeux vidéo, car l’on sait désormais qu’elle renforce le passage à l’acte dans la vraie vie.

Tenir bon, c’est repenser l’éducation comme une étape préparant l’enfant à la vie et non à « toujours plus d’école », comme y incite le système scolaire français, qui focalise sur la performance. Pourquoi ne pas donner davantage de place à l’apprentissage expérimental, par exemple, comme le font les Allemands ?

Tenir bon, c’est aussi proposer à nos enfants des modèles d’adultes, femmes et hommes, autres que les stéréotypes offerts par la grosse caisse médiatique qui les matraque, en ligne et hors ligne, afin qu’ils « deviennent ce qu’ils sont » et trouvent un sens à leur existence.

Quels conseils donneriez-vous aux parents pour les aider en matière d’éducation ?

La parentalité est un art et non une science. Il est temps de s’intéresser aux différences entre les filles et les garçons pour casser définitivement le sexisme combattu depuis plusieurs décennies et aider nos enfants à trouver un sens à leur vie. Il ne s’agit pas de revendiquer ces différences et de construire un monde nouveau à partir d’elles – ce serait une régression. Mais il ne faut pas croire non plus que les différences entre les sexes n’existent pas et que tout n’est que construction sociale du genre. Comprenons les différences, célébrons-les, prenons appui sur elles pour que chacun, chacune, trouve un sens, son propre sens, à son existence. Lorsque notre fille, notre fils nous demandent « c’est quoi, devenir une femme ? C’est quoi, devenir un homme ? » préparons-nous à leur répondre autre chose que « c’est pareil. » Vive les différences !

Dans votre ouvrage, vous citez l’écrivain Robert Bly et la psychanalyste Marion Woodman, qui avancent qu’une suractivité des jeunes serait le résultat d’une quête spirituelle non assouvie. Pourquoi un chemin spirituel est-il si important, notamment pour les jeunes ? 

Nous vivons une époque technologique vouée à la performance. Il y est très facile, surtout pour les filles, de se construire une personnalité dédiée à l’apparence et à la performance, physique ou intellectuelle. Ces filles qui en apparence enchaînent les bons résultats, sont en fait fragiles. Les garçons, eux semblent plus solides, mais uniquement dans leur chambre, devant leur écran. Le reste ne les intéresse pas. Le sens que les jeunes donnent à leur vie est « programmé » par des sociétés à but lucratif !

Or nos enfants ont besoin de savoir pourquoi ils sont là. Pourquoi ? Parce que la vie est dure. Rien ne se passe jamais comme prévu. Et puis les gens qu’on aime meurent. À nous, parents, de créer l’espace nécessaire pour qu’ils répondent par eux-mêmes à ces questions : crois-tu en Dieu ? Si c’est le cas, quel genre de Dieu ? Qu’est- ce qui donne du sens à la vie ? À quoi sert la vie ? A-t-on une âme ? Que se passe-t-il quand on meurt ? En donnant le droit à nos enfants d’avoir une vie intérieure, une personnalité qui vient d’eux-mêmes, nous faisons notre boulot de parents et nous les éduquons à la vie.

Avec l’aimable collaboration d’Isabelle Crouzet, traductrice de l’ouvrage Pourquoi les garçons perdent pied et les filles se mettent en danger, Dr Leonard Sax, JC Lattès (20 €). Sortie le 15 janvier.

Suppression des cotisations familiales, qu’est-ce que ça change ?

Standard

1. Les cotisations familiales, qu’est-ce que c’est ?

Lorsqu’un employeur paie un salaire, il doit également s’acquitter de charges patronales. Dans les faits, un employeur paie pour son salarié environ 1,4 fois plus que le salaire brut. Sur cette somme, 5,4% sont des cotisations familiales. Ces ressources sont utilisées pour financer plus de 60% des prestations familiales : allocations familiales, complément familial versé sous conditions de ressources aux parents de trois enfants et plus, allocation de soutien pour familles monoparentales, allocation de rentrée scolaire, prestations d’accueil du jeune enfant telles que prime à la naissance ou complément de mode de garde, complément de libre choix d’activité pour les congés parentaux…

Les autres ressources de la branche famille sont de type fiscal : la contribution sociale généralisée (qui pèse notamment sur les salaires) représente 19% du financement de la branche. Le restant provient principalement de divers impôts et taxes (droits sur le tabac et les alcools, contribution sur les primes d’assurance automobile, taxe sur les salaires, prélèvement sur les revenus du capital).

2.  Quel impact aura cette suppression de charge pour les entreprises ?

En supprimant, d’ici 2017, les cotisations familiales pour les entreprises et les travailleurs indépendants, l’objectif affiché du président de la République est de « poursuivre l’allègement du coût du travail » et de favoriser l’investissement et l’embauche des entreprises. Il souhaite alléger leurs charges patronales, afin qu’elles disposent de plus d’argent pour employer plus de personnes ou investir dans de nouveaux moyens de production. François Hollande a chiffré ces diminutions de charges à 30 milliards d’euros, « en contrepartie des emplois qui seront créés ». Pour les entreprises, c’est évidemment une excellente nouvelle. Elles pourront restaurer leur taux de marge, dont « tout le monde sait qu’il est le plus bas de son histoire », a dit le président, avant de rajouter que c’est ce taux « qui permet de financer l’investissement ». Pour rappel, chaque employeur a à sa charge des cotisations familiales de 5,4%. Des économies pour l’entreprise, donc, pour l’inciter à embaucher, mais pas de gain supplémentaire pour le salarié.

3. La baisse du coût du travail permettra-t-elle de créer des emplois ?

La mesure pourrait générer un million d’embauches selon Pierre Gattaz, le patron du Medef, qui la réclamait depuis longtemps. Rien n’est moins sûr. Que ce soit les allègements dits Fillon, qui prévoient des baisses de charges dégressives sur les salaires compris entre 1 et 1,6 Smic ou les crédits d’impôt en faveur de la recherche ou de la compétitivité et de l’emploi, aucun chiffrage sérieux des emplois créés grâce à ces dispositifs n’a été réalisé. Pour les entreprises, toujours dans l’incertitude quant aux perspectives de demande, la tentation reste d’utiliser ces baisses du coût du travail pour reconstituer leurs marges plutôt que pour embaucher.

4.  Pourquoi le chef de l’Etat a-t-il ciblé les cotisations familiales ?

Pour François Hollande, il n’est plus possible que les ressources de la branche famille proviennent aux deux tiers des cotisations des employeurs alors que les prestations familiales profitent à tous les enfants, que les parents soient salariés d’entreprises cotisantes ou non. Il s’agit pour lui d’une « nouvelle méthode » : « Plutôt que de faire des coupes budgétaires aveugles, indifférenciées et donc injustes, je propose de mener des réformes structurelles et de redéfinir les principales missions de l’État, de revoir nos mécanismes de redistribution pour les rendre plus justes, plus écologiques et plus efficaces ».

5. Comment cette baisse va-t-elle s’organiser ?

Dans son propos liminaire, le chef de l’Etat a rappelé que ce processus avait été engagé en novembre 2012 avec le Crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice) qui se traduira cette année déjà par une baisse de charges représentant 4% de la masse salariale, et 6% en 2015.

Le chiffre de 30 milliards annoncé par François Hollande inclut donc ce Crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice), qui permet déjà d’économiser 20 milliards par an. Or, le Cice est censé prendre fin en 2015, et des discussions avec les partenaires sociaux permettront – ou pas – de le renouveler. En cas de renouvellement du Cice, il y aura donc bien un allègement de 30 milliards (20 milliards imputables au crédit d’impôt, plus 10 milliards de cotisations). Si le Cice n’est pas renouvelé, l’allègement pourrait n’être plus que de 10 milliards.

6. Qui va payer pour la branche famille ?

Interrogé à plusieurs reprises lors de sa conférence de presse sur le financement, François Hollande a martelé : « Il n’y a aucun risque pour les droits sociaux. » Il n’est pas question pour François Hollande de supprimer les prestations familiales. Il va donc falloir trouver de l’argent pour combler ce manque à gagner. Oo alors tailler quelque part. Là-dessus, le chef de l’Etat est resté on ne peut plus flou. La baisse sera compensée par des économies réalisées sur la dépense publique. On se dirigerait donc vers une nouvelle diminution des dépenses qu’il va falloir cibler. Le nouveau Conseil stratégique de la dépense, dont la création a été annoncée au cours de cette même conférence de presse, sera chargé de trouver les postes de réduction.

Autre piste annoncée par François Hollande : engager une réflexion non plus seulement sur la branche famille, mais sur « le mode de financement de la protection sociale » dans sa totalité. En tout état de cause, une hausse des impôts semble exclue pour le moment, tout comme comme un relèvement de la CSG ou de la TVA. François Hollande a assuré qu’il n’y aura pas de « transfert de charges des entreprises vers les ménages » sans toutefois détailler sa feuille de route. En revanche, la baisse des cotisations devrait augmenter le résultat imposable des entreprises, débouchant sur un surcroit d’impôt sur les sociétés.

7. Comment réagissent les associations familiales ?

Mal, très mal. Certaines s’inquiètent de la pérennité du nouveau système, d’autres sont franchement en colère. Dans un communiqué publié le 15 janvier, l’Union nationale des associations familiales (Unaf) se demande « comment seront compensés les milliards de perte de recettes pour la branche famille, déjà en déficit », estimant que « les entreprises bénéficient de la politique familiale » qui « permet aux salariés de mieux concilier leur activité professionnelle avec leur vie familiale ».

Pour l’Union des familles laïques (Ufal), « cette décision sans précédent comporte des risques économiques et politiques considérables (…) Cet allègement devra être compensé par un nouveau mouvement d’économies drastiques sur les dépenses sociales qui affecteront les familles déjà fortement fragilisées par la crise. » Très sévère, le Conseil national des associations familiales laïques (Cnafal) estime que le Président de la République dilapide l’héritage du Conseil national de la résistance, le financement de la branche famille ayant été mis en place après la Guerre comme une sorte de « salaire différé ».

C’est aussi l’avis des Associations familiales catholiques (AFC), pour qui « les annonces faites par le président de la République perpétuent une vision de la politique familiale comme une charge pour les entreprises, et remettent en cause le principe d’universalité des allocations familiales. »

8. Quel est le calendrier de cette mesure ?

A la suite des vœux de François Hollande aux partenaires sociaux mardi prochain, patrons et syndicats seront reçus par le Premier ministre. Le Haut conseil du financement de la protection sociale rendra ensuite un premier rapport à la fin du mois de février et un définitif au mois de mai. « Une loi de programmation de nos finances publiques et sociales sur la période 2015-2017 » sera votée à l’automne. Elle sera en cohérence avec ce qui sera décidé dans le cadre du pacte de responsabilité, officiellement lancé le 21 janvier, mais aussi de la remise à plat de la fiscalité promise par Jean-Marc Ayrault.

Filles et garçons : l’égalité dans la différence

Standard

L’égalité homme-femme, on en parle en France avec le texte de loi présenté   lundi 20 janvier au Parlement et le dispositif ABCD de l’égalité visant à « déconstruire les stéréotypes femmes-hommes » dès la maternelle que Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale et Najat Vallaud‐Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte‐parole du Gouvernement, ont officiellement présenté lundi 13 janvier.

C’est dans ce contexte que sort en librairie un ouvrage du Dr Leonard Sax intitulé Pourquoi les garçons perdent pied et les filles se mettent en danger (Ed. Lattès). Un livre qui a suscité la polémique aux Etats-Unis.

Pour parvenir à une réussite scolaire équivalente entre garçons et filles, ce médecin américain, diplômé en biologie et docteur en psychologie, montre qu’il est vain de nier les différences entre les deux sexes, cette attitude renforçant même les stéréotypes. S’appuyant sur des études scientifiques, il répète que l’égalité ne signifie pas l’uniformité, et conseille plutôt de s’appuyer sur les modes d’apprentissage propres à chaque sexe, afin de proposer une pédagogie différenciée.

Du point de vue pédagogique, il est convenu de gommer les différences entre garçons et filles. En avançant le contraire, vous relancez la polémique. Ne craignez vous pas de passer pour un réactionnaire ?

Tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y a aucune différence entre les facultés intellectuelles, les capacités d’apprentissage, des filles et des garçons. Mais dans le domaine de la motivation, il en va différemment.

Des recherches scientifiques font observer des différences comportementales chez les singes et les chimpanzés : les petits singes mâles préfèrent nettement jouer avec des camions plutôt qu’avec des poupées, les petits singes femelles marquent une légère préférence pour les poupées, par rapport aux camions. Ces différences sont encore plus marquées chez les enfants humains, à un âge où ils n’ont pas encore conscience du sexe auquel ils appartiennent. De la même façon, les modes d’apprentissage chez les filles et les garçons ne sont pas similaires. La culture et la construction sociale du genre, si elles amplifient la biologie, ne peuvent être les seules responsables de ces différences. Or nous éduquons nos enfants comme si ces différences n’existaient pas.

Vous écrivez qu’une telle attitude contribue même à renforcer les stéréotypes. Comment ?

En ignorant les différences entre les filles et les garçons, les enseignants contribuent (sans le vouloir) au renforcement des stéréotypes de genre. Il ne s’agit pas de mettre en place des cursus différenciés, mais d’adopter des pédagogies différenciées sur des cursus identiques. En d’autres termes, ce n’est pas le contenu de l’enseignement qui pose problème, mais la manière de l’enseigner.

Face au désengagement, à la démotivation, de l’un ou de l’autre sexe dans une matière donnée, continuer à ne rien faire, c’est contribuer au renforcement de choix de carrières stéréotypés. La meilleure façon d’intéresser les garçons à programmer un ordinateur est très différente de celle qui poussera les filles à s’y mettre. Motiver des garçons pour qu’ils aiment écrire des dissertations ou tenir leur journal intime ne se fait pas de la même manière que pour des filles.

Ainsi, une professeure de physique australienne a pris en compte les différences reconnues par les chercheurs entre le système visuel des filles (plutôt sensible à la couleur et à la texture) et le système visuel des garçons (plutôt attiré par le mouvement). En adaptant l’ordre dans lequel elle enseigne sa matière, elle parvient à motiver les filles à étudier la physique jusqu’au bac. Ce n’est pas un meilleur cursus : il est strictement identique à celui enseigné partout ailleurs en Australie. C’est juste une pédagogie différente, adaptée aux points forts de chaque sexe.

Transmettre est-il plus difficile aujourd’hui, à l’heure où les écrans se multiplient ?

Nos enfants sont confrontés aujourd’hui à des sollicitations très différentes de celles contre lesquelles nos parents nous ont protégés. Lorsque nous étions enfants, le danger était dehors, hors des murs de notre foyer. Si nous étions dans notre chambre à 20 h, ils avaient fait du bon boulot. Aujourd’hui, c’est différent. Que se passe-t-il derrière la porte de la chambre de votre fille après 20 h ? À qui parle-t-elle ? Que trafique-t-elle sur Photoshop ? Pourquoi ? Pendant ce temps là, que fait son frère ? Quels sites consulte-t-il ? Pourquoi n’arrive-t-il pas à sortir de son jeu vidéo avant minuit ?

L’intrusion de l’extérieur dans l’intimité de la famille, parallèlement à la disparition de la notion même d’intimité pour nos adolescents, pose de nouveaux problèmes aux parents qui, eux, n’utilisent pas, la plupart du temps, la technologie comme un terrain de rencontre avec leurs enfants. Ils ne vont jamais sur leur page Facebook « par respect pour leur intimité ». Ils ne jouent pas aux jeux vidéo avec eux, « parce que c’est une perte de temps ».

« Tenir bon est notre job de parents », écrivez-vous. Oui mais comment ?

Tenir bon, c’est comprendre les enjeux des nouvelles technologies dans la construction d’une personnalité creuse, « de façade », pour les filles, ou dans un comportement addictif d’évitement (vers les jeux vidéo, la pornographie) pour les garçons. C’est dire non aux pressions auxquelles sont soumises nos filles pour se comporter comme des femmes sexuellement actives, de plus en plus tôt, alors qu’elles ne sont encore que des enfants. C’est dire non à la violence de certains jeux vidéo, car l’on sait désormais qu’elle renforce le passage à l’acte dans la vraie vie.

Tenir bon, c’est repenser l’éducation comme une étape préparant l’enfant à la vie et non à « toujours plus d’école », comme y incite le système scolaire français, qui focalise sur la performance. Pourquoi ne pas donner davantage de place à l’apprentissage expérimental, par exemple, comme le font les Allemands ?

Tenir bon, c’est aussi proposer à nos enfants des modèles d’adultes, femmes et hommes, autres que les stéréotypes offerts par la grosse caisse médiatique qui les matraque, en ligne et hors ligne, afin qu’ils « deviennent ce qu’ils sont » et trouvent un sens à leur existence.

Quels conseils donneriez-vous aux parents pour les aider en matière d’éducation ?

La parentalité est un art et non une science. Il est temps de s’intéresser aux différences entre les filles et les garçons pour casser définitivement le sexisme combattu depuis plusieurs décennies et aider nos enfants à trouver un sens à leur vie. Il ne s’agit pas de revendiquer ces différences et de construire un monde nouveau à partir d’elles – ce serait une régression. Mais il ne faut pas croire non plus que les différences entre les sexes n’existent pas et que tout n’est que construction sociale du genre. Comprenons les différences, célébrons-les, prenons appui sur elles pour que chacun, chacune, trouve un sens, son propre sens, à son existence. Lorsque notre fille, notre fils nous demandent « c’est quoi, devenir une femme ? C’est quoi, devenir un homme ? » préparons-nous à leur répondre autre chose que « c’est pareil. » Vive les différences !

Dans votre ouvrage, vous citez l’écrivain Robert Bly et la psychanalyste Marion Woodman, qui avancent qu’une suractivité des jeunes serait le résultat d’une quête spirituelle non assouvie. Pourquoi un chemin spirituel est-il si important, notamment pour les jeunes ? 

Nous vivons une époque technologique vouée à la performance. Il y est très facile, surtout pour les filles, de se construire une personnalité dédiée à l’apparence et à la performance, physique ou intellectuelle. Ces filles qui en apparence enchaînent les bons résultats, sont en fait fragiles. Les garçons, eux semblent plus solides, mais uniquement dans leur chambre, devant leur écran. Le reste ne les intéresse pas. Le sens que les jeunes donnent à leur vie est « programmé » par des sociétés à but lucratif !

Or nos enfants ont besoin de savoir pourquoi ils sont là. Pourquoi ? Parce que la vie est dure. Rien ne se passe jamais comme prévu. Et puis les gens qu’on aime meurent. À nous, parents, de créer l’espace nécessaire pour qu’ils répondent par eux-mêmes à ces questions : crois-tu en Dieu ? Si c’est le cas, quel genre de Dieu ? Qu’est- ce qui donne du sens à la vie ? À quoi sert la vie ? A-t-on une âme ? Que se passe-t-il quand on meurt ? En donnant le droit à nos enfants d’avoir une vie intérieure, une personnalité qui vient d’eux-mêmes, nous faisons notre boulot de parents et nous les éduquons à la vie.

Avec l’aimable collaboration d’Isabelle Crouzet, traductrice de l’ouvrage Pourquoi les garçons perdent pied et les filles se mettent en danger, Dr Leonard Sax, JC Lattès (20 €). Sortie le 15 janvier.

Suppression des cotisations familiales, qu’est-ce que ça change ?

Standard

1. Les cotisations familiales, qu’est-ce que c’est ?

Lorsqu’un employeur paie un salaire, il doit également s’acquitter de charges patronales. Dans les faits, un employeur paie pour son salarié environ 1,4 fois plus que le salaire brut. Sur cette somme, 5,4% sont des cotisations familiales. Ces ressources sont utilisées pour financer plus de 60% des prestations familiales : allocations familiales, complément familial versé sous conditions de ressources aux parents de trois enfants et plus, allocation de soutien pour familles monoparentales, allocation de rentrée scolaire, prestations d’accueil du jeune enfant telles que prime à la naissance ou complément de mode de garde, complément de libre choix d’activité pour les congés parentaux…

Les autres ressources de la branche famille sont de type fiscal : la contribution sociale généralisée (qui pèse notamment sur les salaires) représente 19% du financement de la branche. Le restant provient principalement de divers impôts et taxes (droits sur le tabac et les alcools, contribution sur les primes d’assurance automobile, taxe sur les salaires, prélèvement sur les revenus du capital).

2.  Quel impact aura cette suppression de charge pour les entreprises ?

En supprimant, d’ici 2017, les cotisations familiales pour les entreprises et les travailleurs indépendants, l’objectif affiché du président de la République est de « poursuivre l’allègement du coût du travail » et de favoriser l’investissement et l’embauche des entreprises. Il souhaite alléger leurs charges patronales, afin qu’elles disposent de plus d’argent pour employer plus de personnes ou investir dans de nouveaux moyens de production. François Hollande a chiffré ces diminutions de charges à 30 milliards d’euros, « en contrepartie des emplois qui seront créés ». Pour les entreprises, c’est évidemment une excellente nouvelle. Elles pourront restaurer leur taux de marge, dont « tout le monde sait qu’il est le plus bas de son histoire », a dit le président, avant de rajouter que c’est ce taux « qui permet de financer l’investissement ». Pour rappel, chaque employeur a à sa charge des cotisations familiales de 5,4%. Des économies pour l’entreprise, donc, pour l’inciter à embaucher, mais pas de gain supplémentaire pour le salarié.

3. La baisse du coût du travail permettra-t-elle de créer des emplois ?

La mesure pourrait générer un million d’embauches selon Pierre Gattaz, le patron du Medef, qui la réclamait depuis longtemps. Rien n’est moins sûr. Que ce soit les allègements dits Fillon, qui prévoient des baisses de charges dégressives sur les salaires compris entre 1 et 1,6 Smic ou les crédits d’impôt en faveur de la recherche ou de la compétitivité et de l’emploi, aucun chiffrage sérieux des emplois créés grâce à ces dispositifs n’a été réalisé. Pour les entreprises, toujours dans l’incertitude quant aux perspectives de demande, la tentation reste d’utiliser ces baisses du coût du travail pour reconstituer leurs marges plutôt que pour embaucher.

4.  Pourquoi le chef de l’Etat a-t-il ciblé les cotisations familiales ?

Pour François Hollande, il n’est plus possible que les ressources de la branche famille proviennent aux deux tiers des cotisations des employeurs alors que les prestations familiales profitent à tous les enfants, que les parents soient salariés d’entreprises cotisantes ou non. Il s’agit pour lui d’une « nouvelle méthode » : « Plutôt que de faire des coupes budgétaires aveugles, indifférenciées et donc injustes, je propose de mener des réformes structurelles et de redéfinir les principales missions de l’État, de revoir nos mécanismes de redistribution pour les rendre plus justes, plus écologiques et plus efficaces ».

5. Comment cette baisse va-t-elle s’organiser ?

Dans son propos liminaire, le chef de l’Etat a rappelé que ce processus avait été engagé en novembre 2012 avec le Crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice) qui se traduira cette année déjà par une baisse de charges représentant 4% de la masse salariale, et 6% en 2015.

Le chiffre de 30 milliards annoncé par François Hollande inclut donc ce Crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice), qui permet déjà d’économiser 20 milliards par an. Or, le Cice est censé prendre fin en 2015, et des discussions avec les partenaires sociaux permettront – ou pas – de le renouveler. En cas de renouvellement du Cice, il y aura donc bien un allègement de 30 milliards (20 milliards imputables au crédit d’impôt, plus 10 milliards de cotisations). Si le Cice n’est pas renouvelé, l’allègement pourrait n’être plus que de 10 milliards.

6. Qui va payer pour la branche famille ?

Interrogé à plusieurs reprises lors de sa conférence de presse sur le financement, François Hollande a martelé : « Il n’y a aucun risque pour les droits sociaux. » Il n’est pas question pour François Hollande de supprimer les prestations familiales. Il va donc falloir trouver de l’argent pour combler ce manque à gagner. Oo alors tailler quelque part. Là-dessus, le chef de l’Etat est resté on ne peut plus flou. La baisse sera compensée par des économies réalisées sur la dépense publique. On se dirigerait donc vers une nouvelle diminution des dépenses qu’il va falloir cibler. Le nouveau Conseil stratégique de la dépense, dont la création a été annoncée au cours de cette même conférence de presse, sera chargé de trouver les postes de réduction.

Autre piste annoncée par François Hollande : engager une réflexion non plus seulement sur la branche famille, mais sur « le mode de financement de la protection sociale » dans sa totalité. En tout état de cause, une hausse des impôts semble exclue pour le moment, tout comme comme un relèvement de la CSG ou de la TVA. François Hollande a assuré qu’il n’y aura pas de « transfert de charges des entreprises vers les ménages » sans toutefois détailler sa feuille de route. En revanche, la baisse des cotisations devrait augmenter le résultat imposable des entreprises, débouchant sur un surcroit d’impôt sur les sociétés.

7. Comment réagissent les associations familiales ?

Mal, très mal. Certaines s’inquiètent de la pérennité du nouveau système, d’autres sont franchement en colère. Dans un communiqué publié le 15 janvier, l’Union nationale des associations familiales (Unaf) se demande « comment seront compensés les milliards de perte de recettes pour la branche famille, déjà en déficit », estimant que « les entreprises bénéficient de la politique familiale » qui « permet aux salariés de mieux concilier leur activité professionnelle avec leur vie familiale ».

Pour l’Union des familles laïques (Ufal), « cette décision sans précédent comporte des risques économiques et politiques considérables (…) Cet allègement devra être compensé par un nouveau mouvement d’économies drastiques sur les dépenses sociales qui affecteront les familles déjà fortement fragilisées par la crise. » Très sévère, le Conseil national des associations familiales laïques (Cnafal) estime que le Président de la République dilapide l’héritage du Conseil national de la résistance, le financement de la branche famille ayant été mis en place après la Guerre comme une sorte de « salaire différé ».

C’est aussi l’avis des Associations familiales catholiques (AFC), pour qui « les annonces faites par le président de la République perpétuent une vision de la politique familiale comme une charge pour les entreprises, et remettent en cause le principe d’universalité des allocations familiales. »

8. Quel est le calendrier de cette mesure ?

A la suite des vœux de François Hollande aux partenaires sociaux mardi prochain, patrons et syndicats seront reçus par le Premier ministre. Le Haut conseil du financement de la protection sociale rendra ensuite un premier rapport à la fin du mois de février et un définitif au mois de mai. « Une loi de programmation de nos finances publiques et sociales sur la période 2015-2017 » sera votée à l’automne. Elle sera en cohérence avec ce qui sera décidé dans le cadre du pacte de responsabilité, officiellement lancé le 21 janvier, mais aussi de la remise à plat de la fiscalité promise par Jean-Marc Ayrault.

Filles et garçons : l’égalité dans la différence

Standard

L’égalité homme-femme, on en parle en France avec le texte de loi présenté   lundi 20 janvier au Parlement et le dispositif ABCD de l’égalité visant à « déconstruire les stéréotypes femmes-hommes » dès la maternelle que Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale et Najat Vallaud‐Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte‐parole du Gouvernement, ont officiellement présenté lundi 13 janvier.

C’est dans ce contexte que sort en librairie un ouvrage du Dr Leonard Sax intitulé Pourquoi les garçons perdent pied et les filles se mettent en danger (Ed. Lattès). Un livre qui a suscité la polémique aux Etats-Unis.

Pour parvenir à une réussite scolaire équivalente entre garçons et filles, ce médecin américain, diplômé en biologie et docteur en psychologie, montre qu’il est vain de nier les différences entre les deux sexes, cette attitude renforçant même les stéréotypes. S’appuyant sur des études scientifiques, il répète que l’égalité ne signifie pas l’uniformité, et conseille plutôt de s’appuyer sur les modes d’apprentissage propres à chaque sexe, afin de proposer une pédagogie différenciée.

Du point de vue pédagogique, il est convenu de gommer les différences entre garçons et filles. En avançant le contraire, vous relancez la polémique. Ne craignez vous pas de passer pour un réactionnaire ?

Tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y a aucune différence entre les facultés intellectuelles, les capacités d’apprentissage, des filles et des garçons. Mais dans le domaine de la motivation, il en va différemment.

Des recherches scientifiques font observer des différences comportementales chez les singes et les chimpanzés : les petits singes mâles préfèrent nettement jouer avec des camions plutôt qu’avec des poupées, les petits singes femelles marquent une légère préférence pour les poupées, par rapport aux camions. Ces différences sont encore plus marquées chez les enfants humains, à un âge où ils n’ont pas encore conscience du sexe auquel ils appartiennent. De la même façon, les modes d’apprentissage chez les filles et les garçons ne sont pas similaires. La culture et la construction sociale du genre, si elles amplifient la biologie, ne peuvent être les seules responsables de ces différences. Or nous éduquons nos enfants comme si ces différences n’existaient pas.

Vous écrivez qu’une telle attitude contribue même à renforcer les stéréotypes. Comment ?

En ignorant les différences entre les filles et les garçons, les enseignants contribuent (sans le vouloir) au renforcement des stéréotypes de genre. Il ne s’agit pas de mettre en place des cursus différenciés, mais d’adopter des pédagogies différenciées sur des cursus identiques. En d’autres termes, ce n’est pas le contenu de l’enseignement qui pose problème, mais la manière de l’enseigner.

Face au désengagement, à la démotivation, de l’un ou de l’autre sexe dans une matière donnée, continuer à ne rien faire, c’est contribuer au renforcement de choix de carrières stéréotypés. La meilleure façon d’intéresser les garçons à programmer un ordinateur est très différente de celle qui poussera les filles à s’y mettre. Motiver des garçons pour qu’ils aiment écrire des dissertations ou tenir leur journal intime ne se fait pas de la même manière que pour des filles.

Ainsi, une professeure de physique australienne a pris en compte les différences reconnues par les chercheurs entre le système visuel des filles (plutôt sensible à la couleur et à la texture) et le système visuel des garçons (plutôt attiré par le mouvement). En adaptant l’ordre dans lequel elle enseigne sa matière, elle parvient à motiver les filles à étudier la physique jusqu’au bac. Ce n’est pas un meilleur cursus : il est strictement identique à celui enseigné partout ailleurs en Australie. C’est juste une pédagogie différente, adaptée aux points forts de chaque sexe.

Transmettre est-il plus difficile aujourd’hui, à l’heure où les écrans se multiplient ?

Nos enfants sont confrontés aujourd’hui à des sollicitations très différentes de celles contre lesquelles nos parents nous ont protégés. Lorsque nous étions enfants, le danger était dehors, hors des murs de notre foyer. Si nous étions dans notre chambre à 20 h, ils avaient fait du bon boulot. Aujourd’hui, c’est différent. Que se passe-t-il derrière la porte de la chambre de votre fille après 20 h ? À qui parle-t-elle ? Que trafique-t-elle sur Photoshop ? Pourquoi ? Pendant ce temps là, que fait son frère ? Quels sites consulte-t-il ? Pourquoi n’arrive-t-il pas à sortir de son jeu vidéo avant minuit ?

L’intrusion de l’extérieur dans l’intimité de la famille, parallèlement à la disparition de la notion même d’intimité pour nos adolescents, pose de nouveaux problèmes aux parents qui, eux, n’utilisent pas, la plupart du temps, la technologie comme un terrain de rencontre avec leurs enfants. Ils ne vont jamais sur leur page Facebook « par respect pour leur intimité ». Ils ne jouent pas aux jeux vidéo avec eux, « parce que c’est une perte de temps ».

« Tenir bon est notre job de parents », écrivez-vous. Oui mais comment ?

Tenir bon, c’est comprendre les enjeux des nouvelles technologies dans la construction d’une personnalité creuse, « de façade », pour les filles, ou dans un comportement addictif d’évitement (vers les jeux vidéo, la pornographie) pour les garçons. C’est dire non aux pressions auxquelles sont soumises nos filles pour se comporter comme des femmes sexuellement actives, de plus en plus tôt, alors qu’elles ne sont encore que des enfants. C’est dire non à la violence de certains jeux vidéo, car l’on sait désormais qu’elle renforce le passage à l’acte dans la vraie vie.

Tenir bon, c’est repenser l’éducation comme une étape préparant l’enfant à la vie et non à « toujours plus d’école », comme y incite le système scolaire français, qui focalise sur la performance. Pourquoi ne pas donner davantage de place à l’apprentissage expérimental, par exemple, comme le font les Allemands ?

Tenir bon, c’est aussi proposer à nos enfants des modèles d’adultes, femmes et hommes, autres que les stéréotypes offerts par la grosse caisse médiatique qui les matraque, en ligne et hors ligne, afin qu’ils « deviennent ce qu’ils sont » et trouvent un sens à leur existence.

Quels conseils donneriez-vous aux parents pour les aider en matière d’éducation ?

La parentalité est un art et non une science. Il est temps de s’intéresser aux différences entre les filles et les garçons pour casser définitivement le sexisme combattu depuis plusieurs décennies et aider nos enfants à trouver un sens à leur vie. Il ne s’agit pas de revendiquer ces différences et de construire un monde nouveau à partir d’elles – ce serait une régression. Mais il ne faut pas croire non plus que les différences entre les sexes n’existent pas et que tout n’est que construction sociale du genre. Comprenons les différences, célébrons-les, prenons appui sur elles pour que chacun, chacune, trouve un sens, son propre sens, à son existence. Lorsque notre fille, notre fils nous demandent « c’est quoi, devenir une femme ? C’est quoi, devenir un homme ? » préparons-nous à leur répondre autre chose que « c’est pareil. » Vive les différences !

Dans votre ouvrage, vous citez l’écrivain Robert Bly et la psychanalyste Marion Woodman, qui avancent qu’une suractivité des jeunes serait le résultat d’une quête spirituelle non assouvie. Pourquoi un chemin spirituel est-il si important, notamment pour les jeunes ? 

Nous vivons une époque technologique vouée à la performance. Il y est très facile, surtout pour les filles, de se construire une personnalité dédiée à l’apparence et à la performance, physique ou intellectuelle. Ces filles qui en apparence enchaînent les bons résultats, sont en fait fragiles. Les garçons, eux semblent plus solides, mais uniquement dans leur chambre, devant leur écran. Le reste ne les intéresse pas. Le sens que les jeunes donnent à leur vie est « programmé » par des sociétés à but lucratif !

Or nos enfants ont besoin de savoir pourquoi ils sont là. Pourquoi ? Parce que la vie est dure. Rien ne se passe jamais comme prévu. Et puis les gens qu’on aime meurent. À nous, parents, de créer l’espace nécessaire pour qu’ils répondent par eux-mêmes à ces questions : crois-tu en Dieu ? Si c’est le cas, quel genre de Dieu ? Qu’est- ce qui donne du sens à la vie ? À quoi sert la vie ? A-t-on une âme ? Que se passe-t-il quand on meurt ? En donnant le droit à nos enfants d’avoir une vie intérieure, une personnalité qui vient d’eux-mêmes, nous faisons notre boulot de parents et nous les éduquons à la vie.

Avec l’aimable collaboration d’Isabelle Crouzet, traductrice de l’ouvrage Pourquoi les garçons perdent pied et les filles se mettent en danger, Dr Leonard Sax, JC Lattès (20 €). Sortie le 15 janvier.

Suppression des cotisations familiales, qu’est-ce que ça change ?

Standard

1. Les cotisations familiales, qu’est-ce que c’est ?

Lorsqu’un employeur paie un salaire, il doit également s’acquitter de charges patronales. Dans les faits, un employeur paie pour son salarié environ 1,4 fois plus que le salaire brut. Sur cette somme, 5,4% sont des cotisations familiales. Ces ressources sont utilisées pour financer plus de 60% des prestations familiales : allocations familiales, complément familial versé sous conditions de ressources aux parents de trois enfants et plus, allocation de soutien pour familles monoparentales, allocation de rentrée scolaire, prestations d’accueil du jeune enfant telles que prime à la naissance ou complément de mode de garde, complément de libre choix d’activité pour les congés parentaux…

Les autres ressources de la branche famille sont de type fiscal : la contribution sociale généralisée (qui pèse notamment sur les salaires) représente 19% du financement de la branche. Le restant provient principalement de divers impôts et taxes (droits sur le tabac et les alcools, contribution sur les primes d’assurance automobile, taxe sur les salaires, prélèvement sur les revenus du capital).

2.  Quel impact aura cette suppression de charge pour les entreprises ?

En supprimant, d’ici 2017, les cotisations familiales pour les entreprises et les travailleurs indépendants, l’objectif affiché du président de la République est de « poursuivre l’allègement du coût du travail » et de favoriser l’investissement et l’embauche des entreprises. Il souhaite alléger leurs charges patronales, afin qu’elles disposent de plus d’argent pour employer plus de personnes ou investir dans de nouveaux moyens de production. François Hollande a chiffré ces diminutions de charges à 30 milliards d’euros, « en contrepartie des emplois qui seront créés ». Pour les entreprises, c’est évidemment une excellente nouvelle. Elles pourront restaurer leur taux de marge, dont « tout le monde sait qu’il est le plus bas de son histoire », a dit le président, avant de rajouter que c’est ce taux « qui permet de financer l’investissement ». Pour rappel, chaque employeur a à sa charge des cotisations familiales de 5,4%. Des économies pour l’entreprise, donc, pour l’inciter à embaucher, mais pas de gain supplémentaire pour le salarié.

3. La baisse du coût du travail permettra-t-elle de créer des emplois ?

La mesure pourrait générer un million d’embauches selon Pierre Gattaz, le patron du Medef, qui la réclamait depuis longtemps. Rien n’est moins sûr. Que ce soit les allègements dits Fillon, qui prévoient des baisses de charges dégressives sur les salaires compris entre 1 et 1,6 Smic ou les crédits d’impôt en faveur de la recherche ou de la compétitivité et de l’emploi, aucun chiffrage sérieux des emplois créés grâce à ces dispositifs n’a été réalisé. Pour les entreprises, toujours dans l’incertitude quant aux perspectives de demande, la tentation reste d’utiliser ces baisses du coût du travail pour reconstituer leurs marges plutôt que pour embaucher.

4.  Pourquoi le chef de l’Etat a-t-il ciblé les cotisations familiales ?

Pour François Hollande, il n’est plus possible que les ressources de la branche famille proviennent aux deux tiers des cotisations des employeurs alors que les prestations familiales profitent à tous les enfants, que les parents soient salariés d’entreprises cotisantes ou non. Il s’agit pour lui d’une « nouvelle méthode » : « Plutôt que de faire des coupes budgétaires aveugles, indifférenciées et donc injustes, je propose de mener des réformes structurelles et de redéfinir les principales missions de l’État, de revoir nos mécanismes de redistribution pour les rendre plus justes, plus écologiques et plus efficaces ».

5. Comment cette baisse va-t-elle s’organiser ?

Dans son propos liminaire, le chef de l’Etat a rappelé que ce processus avait été engagé en novembre 2012 avec le Crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice) qui se traduira cette année déjà par une baisse de charges représentant 4% de la masse salariale, et 6% en 2015.

Le chiffre de 30 milliards annoncé par François Hollande inclut donc ce Crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice), qui permet déjà d’économiser 20 milliards par an. Or, le Cice est censé prendre fin en 2015, et des discussions avec les partenaires sociaux permettront – ou pas – de le renouveler. En cas de renouvellement du Cice, il y aura donc bien un allègement de 30 milliards (20 milliards imputables au crédit d’impôt, plus 10 milliards de cotisations). Si le Cice n’est pas renouvelé, l’allègement pourrait n’être plus que de 10 milliards.

6. Qui va payer pour la branche famille ?

Interrogé à plusieurs reprises lors de sa conférence de presse sur le financement, François Hollande a martelé : « Il n’y a aucun risque pour les droits sociaux. » Il n’est pas question pour François Hollande de supprimer les prestations familiales. Il va donc falloir trouver de l’argent pour combler ce manque à gagner. Oo alors tailler quelque part. Là-dessus, le chef de l’Etat est resté on ne peut plus flou. La baisse sera compensée par des économies réalisées sur la dépense publique. On se dirigerait donc vers une nouvelle diminution des dépenses qu’il va falloir cibler. Le nouveau Conseil stratégique de la dépense, dont la création a été annoncée au cours de cette même conférence de presse, sera chargé de trouver les postes de réduction.

Autre piste annoncée par François Hollande : engager une réflexion non plus seulement sur la branche famille, mais sur « le mode de financement de la protection sociale » dans sa totalité. En tout état de cause, une hausse des impôts semble exclue pour le moment, tout comme comme un relèvement de la CSG ou de la TVA. François Hollande a assuré qu’il n’y aura pas de « transfert de charges des entreprises vers les ménages » sans toutefois détailler sa feuille de route. En revanche, la baisse des cotisations devrait augmenter le résultat imposable des entreprises, débouchant sur un surcroit d’impôt sur les sociétés.

7. Comment réagissent les associations familiales ?

Mal, très mal. Certaines s’inquiètent de la pérennité du nouveau système, d’autres sont franchement en colère. Dans un communiqué publié le 15 janvier, l’Union nationale des associations familiales (Unaf) se demande « comment seront compensés les milliards de perte de recettes pour la branche famille, déjà en déficit », estimant que « les entreprises bénéficient de la politique familiale » qui « permet aux salariés de mieux concilier leur activité professionnelle avec leur vie familiale ».

Pour l’Union des familles laïques (Ufal), « cette décision sans précédent comporte des risques économiques et politiques considérables (…) Cet allègement devra être compensé par un nouveau mouvement d’économies drastiques sur les dépenses sociales qui affecteront les familles déjà fortement fragilisées par la crise. » Très sévère, le Conseil national des associations familiales laïques (Cnafal) estime que le Président de la République dilapide l’héritage du Conseil national de la résistance, le financement de la branche famille ayant été mis en place après la Guerre comme une sorte de « salaire différé ».

C’est aussi l’avis des Associations familiales catholiques (AFC), pour qui « les annonces faites par le président de la République perpétuent une vision de la politique familiale comme une charge pour les entreprises, et remettent en cause le principe d’universalité des allocations familiales. »

8. Quel est le calendrier de cette mesure ?

A la suite des vœux de François Hollande aux partenaires sociaux mardi prochain, patrons et syndicats seront reçus par le Premier ministre. Le Haut conseil du financement de la protection sociale rendra ensuite un premier rapport à la fin du mois de février et un définitif au mois de mai. « Une loi de programmation de nos finances publiques et sociales sur la période 2015-2017 » sera votée à l’automne. Elle sera en cohérence avec ce qui sera décidé dans le cadre du pacte de responsabilité, officiellement lancé le 21 janvier, mais aussi de la remise à plat de la fiscalité promise par Jean-Marc Ayrault.