Chez Rosa Bonheur, avec Buffalo Bill

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C’est au fin fond d’un musée du Wyoming, dans l’Ouest américain, que la romancière Natacha Henry a découvert le portrait de Buffalo Bill – pose altière sur son cheval blanc – réalisé par l’artiste française Rosa Bonheur (1822-1899). Un choc ! Où diable ces deux-là avaient-ils bien pu se rencontrer ? Comment ces deux personnalités du XIXe siècle, si dissemblables et hautement originales, chacune dans son genre, avaient-elles créé une telle complicité ? Au pinceau : la peintre animalière qui affirmait que « le génie n’a pas de sexe » et qui, fascinée par les bêtes de puissante carrure, hantait les abattoirs pour observer les anatomies, autorisée à revêtir un pantalon grâce à un « permis de travestissement »délivré par la préfecture… En face d’elle : le chasseur de bisons le plus célèbre de l’histoire américaine, la figure mythique (et aujourd’hui décriée) de la conquête de l’Ouest, l’ordonnateur du grand barnum théâtral et populaire que fut le Wild West Show.

Dans l’Aisne rurale, les décrocheurs scolaires retrouvent le nord

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« Allez bien jusqu’à la deuxième ligne pour faire la boucle du “l”. » Marguerite, professeure de français, reprend patiemment des lignes d’écriture avec Léo (les prénoms des élèves ont été modifiés), élève de 4e. À 15 ans, l’adolescent montre encore de grandes lacunes en orthographe. Mais, depuis son entrée au collège du Cours Clovis, il n’a plus besoin d’orthophoniste. « Son écriture s’est débloquée », confie sa mère adoptive avec soulagement. Dans cet établissement consacré à la lutte contre le décrochage scolaire en milieu rural, « nous avons une préoccupation constante : montrer aux élèves qu’ils sont bons », déclare Jean-­Baptiste Nouailhac, le directeur.


Une autre relation s’instaure : on découvre leurs goûts, on s’apprivoise, des liens de confiance se tissent.


Petits effectifs, tutorat individuel, port de l’uniforme et vouvoiement : la pédagogie du Cours Clovis s’inspire de celle d’Espérance Banlieues, une fondation éducative ancrée en périphérie des métropoles, où Jean-Baptiste Nouailhac a fait ses armes. « J’ai voulu m’adresser à une autre jeunesse défavorisée : celle qui vit en milieu rural. » En mars 2017, le trentenaire originaire du Sud-Ouest crée ainsi, avec Hervé Catala, la fondation Espérance Ruralités et décide de s’implanter au cœur des Hauts-de-France, la région la plus touchée par l’illettrisme – 11%, contre 7% au niveau national. À La Fère, cette ­commune de 3000 habitants où se trouve l’établissement, près de la moitié des jeunes de 15 à 24 ans sont au chômage – contre moins de 30% au niveau national -, selon l’Insee. Ouvert depuis ­septembre 2017 dans un ancien ­supermarché, ce collège aconfessionnel et hors contrat a accueilli à la dernière rentrée 30 enfants dans trois classes, de la 6e à la 4e.


Le souci du progrès de l’enfant




À 12 h05, la cloche annonce le déjeuner. « C’est Beltrame qui est de couvert ? Non, c’est Jeanne d’Arc ! » Les collégiens sont répartis en quatre équipes inter-âges, aux noms de héros, pour assurer les services au sein de l’établissement. Vaisselle, nettoyage des classes, gestion du poulailler et du potager font partie intégrante de la pédagogie du collège. Entre deux éclats de rire, Chloé et Laura, élèves de 4e, récupèrent les repas apportés par leurs camarades et font chauffer les plats. « Ça nous responsabilise !, déclare fièrement Chloé, chef de l’équipe Jeanne d’Arc. Il faut donner des consignes aux autres, les calmer parfois… J’interviens s’il y a un problème, et ça me plaît  ! »



Différentes formes d’intelligence


L’après-midi, place aux ateliers : chant, bricolage, couture ou théâtre. « Beaucoup sont manuels, nous voulons valoriser différentes formes d’intelligence », affirme le directeur. C’est aussi l’occasion pour les enseignants, âgés de 23 à 31 ans, de partager leurs passions, et pour les élèves de s’engager dans une activité sur la base du volontariat. Pour Lucas, 11 ans, c’est la couture. Penché avec application sur son ouvrage, l’élève de 6e glisse malicieusement : « J’ai déjà fait un pompon, un coussin, et là, une couverture de cahier. » Au-delà du plaisir de réaliser des objets concrets, « ça m’aide à me concentrer », précise celui qui veut devenir gendarme ou pompier.


Ici, on est loin du chacun pour soi .


« Lucas s’est tout de suite senti bien ici, confirme sa grand-mère venue le récupérer après les cours. Dans une école classique, on nous dit ce qui ne va pas, on retient le négatif. Alors qu’ici, les adultes prennent le côté positif de l’enfant et le valorisent. » Victime de harcèlement dans son précédent collège, comme 80 % des élèves du Cours Clovis, Lucas reconnaît : « Ici, je ne m’inquiète pas. » Notamment grâce au pull bleu que tous les élèves portent sans distinction et sans rechigner : « J’aime bien l’uniforme, on est tous pareils. C’est mieux comme ça, ça évite les critiques. » À 16 h 30, les élèves se réunissent dans la grande salle pour un « débriefing » avec le directeur. « Qu’est-il important de partager et de garder de cette journée ? » demande-t-il. « Pas assez de temps pour le théâtre ! » lance une adolescente. « On réfléchit à passer à deux heures d’atelier l’année prochaine », répond le directeur en échangeant un regard franc avec l’intéressée. « Nous voulons mettre les élèves sur un pied d’égalité avec nous, explique Jean-Baptiste Nouailhac. Ces temps privilégiés et l’usage du vouvoiement conduisent à un vrai respect mutuel. »


15 élèves maximum par classe


« On a l’impression d’être importants pour les professeurs », confirme Chloé. Pour cette élève de 4e, les méthodes du Cours Clovis font leurs preuves : « Avant, j’avais 5 de moyenne en maths. Ici, je suis passée à 12. » Après la première année, « deux tiers des élèves ont progressé significativement sur le plan scolaire, et tous sur le plan de la confiance en soi », analyse le directeur. En septembre prochain, il envisage d’ouvrir une 3e générale et une 3e prépa pro, et passer à 50 collégiens. Mais sans dépasser le nombre de 15 élèves par classe, pour continuer d’apporter à chacun ce dont il a besoin. Autre ambition du Cours Clovis : répliquer ce projet pilote ailleurs sur le territoire, après l’ouverture, dès septembre 2020, d’un autre établissement dans l’Aisne.


Financé par des entreprises et par des mécènes privés, le collège ne fait peser que 10% des frais de scolarité sur les familles, soit en moyenne 40 € mensuels par élève. Afin de pouvoir assurer la pérennité du modèle, et permettre notamment l’organisation des sorties scolaires, la recherche de fonds est une nécessité constante. Les familles savent pouvoir compter sur la solidarité qui règne dans l’établissement, comme en témoigne la grand-mère de Lucas : « Ici, on est loin du chacun pour soi ! »

La philosophie côtée en boîtes

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« Délégué à la philosophie d’entreprise », telle était l’étonnante fonction de Thibaud Brière au sein du groupe Hervé, spécialisé dans l’efficacité énergétique des bâtiments. Ses missions pendant sept ans ? Étudier la « philosophie» de cette multinationale au management collaboratif (ses valeurs, la vision de son dirigeant, le fonctionnement de ce type d’organisation). Cela afin de mesurer les écarts entre les discours et le réel, également pour éveiller les 2 800 salariés au discernement et à l’esprit critique.


Platon au pays des process


Que Platon pointe le bout de son nez au pays des process et des leaderships peut paraître surprenant. Pourtant, depuis une vingtaine d’années, dans la lignée des cafés philo, des philosophes font irruption dans le monde du travail et redonnent à la discipline intellectuelle sa dimension pratique. Conférences, formations, accompagnements personnels… Ces intervenants externes enclins à sortir du prêt-à-penser ne…

Ils ont osé l’artisanat

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Assise en lotus, Jessica Sirot brode depuis chez elle, à Saint-Brévin sur la côte Atlantique, près de Pornic. « Je suis brodeuse, ça existe encore ! C’est un vieux métier, mais pas ringard. On me dit que ce que je fais est très original. Je ne propose que des bijoux dessinés puis brodés à la main. » Cette mère célibataire de 34 ans a lâché un emploi pour le statut d’artisan. « Je brode depuis que j’ai 9 ans. C’est ma grand-mère qui m’a appris tout ce que je sais » , raconte cette jeune Parque qui réinvente les travaux d’aiguilles.


Des gestes d’hier


À peine lancée, elle gagne le Prix des jeunes créateurs 2018 au Salon de la création des métiers d’art de Nantes avec sa technique très ancienne, le blackwork. « J’adorais mon travail d’avant. Mais là, je fais ce que j’aime ! C’est la première fois que je me sens à ma place. »


Direction Nantes. Sur un établi, Thomas Brac de la Perrière,…

Mesdames, en route !

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Pourquoi donc l’Église ne se saisit-elle pas de ses belles figures féminines de la Bible pour faire entendre des voix inspirant notre temps au sein des manifestations qui ont lieu le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes ? Cette question taraudait Marie-Anne Alexandre-Ambroselli, une étudiante de 24 ans, chrétienne engagée mais pas féministe pour un poil. Dans le cadre de ses études, un master de responsable de projets culturels, elle a imaginé l’exposition Premières en chemin, qui se tiendra du 8 au 16 mars, au sein de la mairie du IIIe arrondissement de Paris. Outre le regard porté sur 12 femmes de la Bible, choisies avec soin pour la force de leur histoire, elle s’est intéressée à 12 femmes d’aujourd’hui, qui de 24 à 73 ans, ont tracé leur route. Elles ont toutes ouvert des voies et témoignent de la grandeur de la femme dans la traversée des épreuves de la vie. Chrétiennes, musulmanes, athées, elles ont accepté d’écrire leur parcours, accompagnées de l’écrivaine Charlotte Jousseaume, chroniqueuse pour nos Essentiels. Leurs portraits et récits seront présentés, ainsi que ceux d’Ève et Marie, incontournables pour leur symbolique. Cette initiative nous a séduits par son audace, son souffle d’espérance et parce que débutent les 40 jours de carême où nous sommes toutes et tous appelés à nous mettre en chemin…
Véronique Durand, rédactrice en chef adjointe


 


Le jour de son mariage, sa mère a prononcé cette parole qui résonne encore à ses oreilles : « La place d’aînée est celle qui ouvre la voie. » Marie-Anne Alexandre-Ambroselli, 24 ans, originaire de Normandie, est en effet l’aînée de cinq enfants. Un père agriculteur, une maman institutrice, qui se sont connus quand ils étaient à Jeunesse Lumière. Partie un an pour ses études à Lille, puis à Londres – en tant que church assistant à l’église anglicane évangélique d’All Souls, où elle a découvert en profondeur la Bible et la théologie –, elle a ensuite fait l’école du Louvre et est aujourd’hui en dernière année de master. C’est dans ce cadre qu’elle propose cette exposition pour la Journée des droits des femmes.


D’où vous est venue l’idée de cette exposition ?


J’avais depuis longtemps ce projet en tête, et j’ai eu la possibilité de monter un événement culturel, qui validera mon master. Mon école m’a offert cette ouverture. Il fallait oser proposer un tel sujet ! J’ai eu beaucoup d’appréhension mais l’idée de cette exposition a été fort bien accueillie. Mon prof aime les projets qui dérangent et qui font polémique.


Plusieurs artistes vous accompagnent, dont la comédienne et danseuse Sophie Galitzine, marraine de l’exposition.

Votre rencontre est une belle histoire !


Je l’ai rencontrée à la sortie de son spectacle l’an dernier. On a découvert qu’on habitait la même rue, je suis devenue la baby-sitter de ses enfants ! Et c’est elle qui m’a fait rencontrer l’écrivaine Charlotte Jousseaume, qui m’a stimulée au moment où je me posais pas mal de questions : aurais-je notamment les épaules pour porter le projet ?


Comment avez-vous convaincu le maire du IIIe arrondissement de vous ouvrir les portes de sa mairie ?


J’avais depuis mars 2018 mon sujet en tête : les femmes de la Bible. Et je cherchais un lieu pour présenter l’exposition dès le 8 mars. Charlotte m’avait -indiqué le Marais chrétien, qui se tient chaque année en cette période et dont le thème en 2019 est « le chemin ». Le maire prête généralement une salle pour une de ces manifestations. En septembre, je n’avais pas de réponse à ma demande faite avant l’été, j’allais tout abandonner, quand j’ai dit au Seigneur : « Si ce projet plaît à ton cœur, tu déverrouilles la situation, sinon je lâche. » J’ai reçu une réponse positive du maire, très intéressé, qui nous a proposé une salle dans un lieu magnifique !


Pourquoi le 8 mars, alors que vous ne vous revendiquez pas féministe ?


Ce qui me gêne chez certaines féministes, c’est leur manière de rabaisser l’homme pour élever la femme. A-t-on besoin de faire autant de bruit pour faire bouger les choses ? Parfois leurs actions sont brutales, mais, derrière, il y a sûrement beaucoup de souffrances et d’injustices vécues. Alors, si je n’ai pas les réponses aux grandes questions de notre temps, j’ai envie d’interroger : c’est quoi être une femme ? Et en tant qu’étudiante en histoire de l’art, je suis revenue aux origines et suis allée voir dans la Bible quelle était la place des femmes. Démarrer l’événement le 8 mars, c’est pouvoir raconter de grandes histoires et proposer des figures féminines de référence, belles, simples et saines. Car je suis convaincue qu’il n’y a pas besoin d’être vulgaire et de choquer pour faire passer un message !


Vous souhaitez que votre manifestation fasse un peu, voire beaucoup de bruit !


Oui car l’Église a à dire de belles choses sur les femmes. Elle n’est pas que misogyne et patriarcale comme on l’entend dire. D’où l’importance d’être présents à la date du 8 mars, dans un lieu laïc. Le Marais chrétien cherche à établir un dialogue, grâce à l’art et à la culture, entre croyants et non-croyants.


Vous avez choisi 12 femmes de la Bible : six de l’Ancien Testament – Sarah, Rachel, Tamar, Myriam, Judith et Esther –, six du Nouveau – Élisabeth, la femme adultère, la Samaritaine, Marie de Béthanie, Marie Madeleine, Priscille, la femme d’Aquila. Laquelle vous touche le plus ?


J’aime beaucoup Myriam, pour son rôle de sœur aînée de Moïse. Elle le protège et va s’effacer ensuite. C’est une femme forte qui rassure, et c’est elle qui chante le premier psaume à la sortie d’Égypte au moment où tous désespèrent. J’aime sa joie, sa force ! Dans le Nouveau Testament, il y a Priscille, la femme d’Aquila, qui me rejoint beaucoup. Comme nous, Priscille se situe dans ce temps après Jésus, ce temps des apôtres. Leur maison à Rome est devenue un refuge, où se formaient les premiers chrétiens. Elle est la protectrice de notre Église naissante au milieu des persécutions. Elle invite à la persévérance dans l’épreuve.


Ces figures sont accompagnées de textes de Charlotte Jousseaume, et illustrées par deux jeunes peintres. Qui sont-elles ?


J’ai choisi deux femmes qui ne sont pas issues de la « cathosphère » : Laure Saffroy-Lepesqueur est une ancienne élève de l’École du Louvre. Elle fait partie d’un groupe féministe mais a une forte spiritualité. L’an dernier, elle a présenté l’exposition Icônes contemporaines. Et il y a deux ou trois ans, alors que nous parlions de Dieu, elle m’a dit que Jésus était pour elle le premier féministe ! D’où l’idée de la solliciter. L’autre peintre que j’ai invitée est Anne-Cécile Kovalevsky, reporter de concerts. Elle fait des croquis, des dessins pour le monde de la nuit, de la fête, de Pigalle ! Ce n’est pas du tout le profil attendu, en effet. Mais le 15 août dernier, elle a posté une image de Marie sur les réseaux sociaux qui m’a touchée. Je lui ai alors parlé de mon projet. Elle a été tout de suite emballée !


Vous présentez aussi 12 femmes d’aujourd’hui, au moyen de récits écrits par elles et de croquis. Pourquoi cette ouverture à des figures contemporaines ?


Parce que la femme vit encore de grandes choses ! Parmi les 12 que j’ai sollicitées, il y a des musulmanes, des athées et des chrétiennes. Elles sont âgées de 24 à 73 ans. Elles sont habitées d’une force de vie incroyable. Certaines sont tombées bien bas et se sont relevées. L’une d’elles est pour moi une miraculée. Leurs parcours sont édifiants. Lors d’un atelier d’écriture, animé par Charlotte Jousseaume, elles ont écrit leur récit de vie, parsemé de moments plus durs et d’espérance.


Le 6 mars, les chrétiens seront entrés en carême, et se mettront en marche… jusqu’à Pâques. Quelle figure pourrait nous accompagner sur ce chemin ?


Je pense à Marie Madeleine, qui a su épouser les souffrances du Christ et être dans l’attente. Elle va suivre Jésus jusque sur la croix et elle attend devant le tombeau pour embaumer son corps qui avait touché son âme. Elle va annoncer sa Résurrection et en témoigner. Pendant le carême nous pouvons être toutes brûlantes d’amour comme elle. Ce long chemin de 40 jours est un temps de désert pour les chrétiens, qui porte des fruits à Pâques.


 

© Laure Saffroy-Lepesqueur
© Laure Saffroy-Lepesqueur

« Ma chute a été une libération ! »

« Il y a cinq ans, j’ai sauté du haut de mon immeuble. Ma vie n’avait pas de sens, je menais un combat spirituel, je me sentais enfermée. J’avais plongé dans la drogue et l’alcool. À mon réveil, les chirurgiens m’ont dit que j’étais une miraculée ! J’ai compris pourquoi bien après… À la fin de ma chute, j’ai vu comme un ange gardien qui me recueillait, et que je prie désormais chaque jour. Je suis restée un an à l’hôpital, sur un fauteuil roulant, en étant aussi accompagnée par des psychologues. J’ai pu renaître grâce aux sourires et attentions de ma famille, des amis et infirmiers. Ma chute a été une libération ! Enfin je peux vivre sans envie de mort. Je remarche, parfois avec des béquilles, j’ai des séquelles… Je ne bois plus, ne fume plus et me nourris de relations humaines, d’art et toutes ces belles choses qui font du bien à l’âme. Cette exposition est lumineuse, c’est pour cela que j’ai accepté de témoigner. »
Ségolène, 25 ans, étudiante en naturopathie

© Anne-Cécile Kovalevsky
© Anne-Cécile Kovalevsky

« Il y a toujours une lumière dans la nuit »

« À 42 ans, j’ai vécu tant de choses que j’ai l’impression d’être une grand-mère ! À l’âge de 9 mois, j’ai été placée avec mon frère jumeau dans une famille d’accueil. Séquestrés, frappés, privés de nourriture…, on a connu les pires atrocités du monde. Un jour, un des membres de cette famille a eu un coma éthylique, qui a entraîné l’intervention des services sociaux. Nous avons été aussitôt retirés et pris en charge par une mamie. Là nous attendait le paradis ! J’ai souffert ensuite pendant 15 ans de schizophrénie. Aujourd’hui j’ai un CDI, un amoureux et je vis mes rêves. Si on s’en sort à 6 ans, alors on peut s’en sortir à 40 ! Je suis allée puiser dans mes ressources, notamment la foi qui m’a sortie de mon caniveau intérieur, et grâce au goût des challenges pour faire face aux épreuves. À tous ceux qui pensent que devant la fatalité, on ne peut rien, je réponds qu’il y a toujours une lumière dans la nuit. Et surtout ne vous condamnez pas, essayez de chercher ces ressources. Ma mère disait : “Quand une porte est fermée, il y a toujours une fenêtre ouverte.” »
Thialy, 42 ans, salariée dans un ehpad


Marie de Magdala, la première des apôtres


Je suis Marie de Magdala. Délivrée de sept démons, je m’étais mise en route. Je l’avais suivi, lui, notre maître à tous, purifiant mon cœur dans l’eau vive de ses paroles, apprenant à voir ce qui est invisible. Quand notre maître fut crucifié, j’étais là sur le Golgotha. Je me tenais debout, présence consolante. Je l’ai vu souffrir, rendre l’esprit et mourir pour tous. Quand ils mirent son corps au tombeau, j’étais là également. Je me tenais assise. Pendant trois jours, j’ai veillé et prié. J’ai gardé ma lampe allumée dans la nuit. Je demeurais sur le seuil de la mort où nul ne peut le suivre. J’en gardais, vigilante, la porte ouverte. Et puis, dès le lendemain du Sabbat, alors que le soleil pointait, j’ai couru vers lui, portant dans mes mains des aromates. Je voulais toucher son corps, lui qui avait touché mon âme. La pierre du tombeau était roulée, et à l’intérieur point de corps. 

© Laure Saffroy-Lepesqueur
© Laure Saffroy-Lepesqueur


J’ai pris peur, et j’ai couru chercher Pierre et Jean. Ils sont venus et sont entrés. Ils ont vu les linges gisant à terre et le suaire roulé. Comment dire l’indicible, quand les yeux s’ouvrent sur l’invisible ? Je pleurais, je me heurtais aux murs de ce tombeau ouvert, j’appelais. Un jardinier m’a répondu, et il a converti mon regard : j’ai vu ! Oui, de mes yeux, je l’ai vu, lui, le Vivant, le Sauveur et le Ressuscité ! Première en chemin, je devins la première des apôtres. Jésus est vivant ! Il est ressuscité ! Il nous précède en Galilée ! Je suis la délivrée des démons, qui délivre les hommes du deuil. Je suis la femme au cœur pur qui voit l’invisible de Dieu. Je suis l’apôtre dont le témoignage attend et espère des croyants.


Charlotte Jousseaume


À voir


Premières en chemin, vernissage de l’exposition vendredi 8 mars, à 18 h 30, 2 rue Eugène-Spuller, mairie du IIIe, à Paris.

Soirée lecture, lundi 11 mars, à 19 h 30, en présence de Sophie Galitzine et de Séverine Besson à la harpe.

L’exposition Premières en chemin peut tourner un peu partout en France.

Contact : marieanne.eveart@gmail.com

Familities, une application pour veiller sur ses aînés

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Les cofondateurs de Familities, Lisa Bouam et Edwin Semmeley, se sont rencontrés à Shanghai, à la fin de leurs études en école de commerce. « C’est là que l’idée de Familities a commencé à germer. Nous étions tous les deux éloignés de nos familles, avec un décalage horaire rendant encore plus compliqués les liens. Ma grand-mère, veuve, s’était cassé le col du fémur et Lisa avait une problématique similaire dans sa famille. C’était très difficile à distance d’être informés et de pouvoir être présents pour nos proches », raconte Edwin Semmeley.


Un outil de coordination


Liste e-mail, groupe WhatsApp… Ils se rendent…

Du répit pour les aidants !

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Ce samedi de février, le ciel est bas et une pluie fine tombe sans discontinuer. C’est l’un de ces jours d’hiver où l’on apprécie la douceur d’un foyer. Sur l’avenue du 11-Novembre-1918, à Tassin-la-Demi-Lune (Rhône), dans la proche banlieue lyonnaise, une maison ouverte en octobre 2018, unique en son genre, fait office de home sweet home pour une dizaine de résidents, venus s’offrir une parenthèse de répit.


Une vigilance permanente


Dans la grande pièce à vivre, au rez-de-chaussée, Virgile, un adolescent handicapé, s’est assoupi sur le canapé vert, devant le film Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre. D’un côté de l’écran, une reproduction tissée d’une oeuvre du Douanier Rousseau. De l’autre, un piano droit semble attendre qu’une âme musicienne vienne faire courir ses doigts sur ses touches. Quelques mètres derrière, Aude berce depuis plus d’une heure le petit Charlie, qui, dans son fauteuil, semble décidé à ne pas se laisser aller à une…

Michel Billé : “Les professionnels de l’aide sont les alliés des aidants”

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Un Français sur six serait un aidant. Comment définissez-vous cette notion ?


L’aidant est une personne qui s’engage auprès d’une personne en déficit d’autonomie à titre non professionnel dans une proportion qui varie, selon les situations, de quelques heures par semaine à du 24 h/24 h. L’aidant a souvent un lien familial avec l’aidé : c’est un conjoint, un parent, un enfant. On ajoute souvent au mot « aidant », celui de naturel. Je pense qu’il faudrait l’éliminer car il contient une injonction. Comme s’il allait de soi qu’il faille s’occuper de son proche vulnérable. Par ailleurs, l’usage du mot « naturel » vient masquer l’assignation sexuée des rôles, qui est, elle, culturelle. La majorité des aidants sont des femmes car culturellement, on considère qu’elles sont les mieux à même de prendre soin des vieillards et de ceux qui souffrent. Comment réclamer de la reconnaissance si on estime qu’il est naturel d’être un aidant ?

Petit florilège pour s’évader en février

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1. Feuilleter l’album familial 


En vacances chez ses grands-parents, un petit garçon ouvre le gros album vert et découvre l’histoire de ses aïeux qu’il ignorait. Les photos d’époque sont intégrées avec talent dans les dessins par cette illustratrice italienne de 29 ans. Un joli album qui donne envie de sortir les siens de leur étagère… Feuilletez-les avec vos canailles et préparez-vous à répondre à leurs mille questions !
Mon extraordinaire histoire de famille, d’Elisa Sartori, Éditions du Trésor, 14,90 EUR. Dès 5 ans.


2. Conquérir le monde 


Envie…

Michel Billé : “Les professionnels de l’aide sont les alliés des aidants”

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Un Français sur six serait un aidant. Comment définissez-vous cette notion ?


L’aidant est une personne qui s’engage auprès d’une personne en déficit d’autonomie à titre non professionnel dans une proportion qui varie, selon les situations, de quelques heures par semaine à du 24 h/24 h. L’aidant a souvent un lien familial avec l’aidé : c’est un conjoint, un parent, un enfant. On ajoute souvent au mot « aidant », celui de naturel. Je pense qu’il faudrait l’éliminer car il contient une injonction. Comme s’il allait de soi qu’il faille s’occuper de son proche vulnérable. Par ailleurs, l’usage du mot « naturel » vient masquer l’assignation sexuée des rôles, qui est, elle, culturelle. La majorité des aidants sont des femmes car culturellement, on considère qu’elles sont les mieux à même de prendre soin des vieillards et de ceux qui souffrent. Comment réclamer de la reconnaissance si on estime qu’il est naturel d’être un aidant ?