L’aîné réussit-il davantage que les cadets ?

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Ce n’est peut-être pas sans raison qu’un enfant est amené à regretter la place qu’il occupe dans sa fratrie. L’ordre de naissance semble effectivement bien loin d’être anodin, et venir au monde aîné ou cadet pourrait avoir un impact sur notre quotient intellectuel (Q.I.), notre créativité ou encore notre santé. Il en va de même pour notre profession et nos revenus, selon une récente étude menée par Sandra E. Black, de l’université du Texas. 


Cette économiste met en avant les capacités de leadership des aînés, parmi d’autres aptitudes sociales. Étant émotionnellement plus stables, persévérants, responsables et entreprenants, les premiers-nés ont tendance à occuper des postes de management et de direction. « Les parents ont tendance à s’appuyer sur l’aîné pour matérialiser la réussite de leur projet familial que ce dernier vient de fonder, explique Marc Sznajder, pédiatre et auteur du livre les Aînés et les Cadets (Odile…

Familles recomposées, je vous aime !

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En France, entre 1,8 et 2,1 millions d’enfants de moins de 18 ans vivent dans une famille recomposée, au moins une partie de l’année. Il y a aussi les enfants devenus adultes qui forment ces fratries avec des demis et/ou des quasi-frères et sœurs. Alors que dans les familles initiales, les liens biologiques imposent d’être frères et sœurs, ceux qui se lient dans les fratries recomposées peuvent-ils faire de même ?


Sous le même toit


« J’ai trois demi-frères et une demi-sœur. Mais de mon point de vue, j’ai trois frères et sœur et un demi-frère », détaille Dimitri, 24 ans. Dans les fratries recomposées, les désignations prennent de l’importance. Techniquement, les frères et sœurs ont les deux mêmes parents, les « demi » un parent en commun, alors que les « quasi » n’ont aucun lien de parenté mais se retrouvent dans la famille recomposée du nouveau couple.


En réalité, les mots employés qualifient bien souvent la…

Semblables et différents : l’énigme des frères et sœurs

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Entre frères et sœurs, le jeu des ressemblances et des différences intrigue, fascine, déconcerte. Pourquoi telle fratrie ne compte-t-elle que des enfants brillants ? Pourquoi, dans telle autre, cet enfant se démarquera-t-il par son originalité : un don, un parcours de vie qui tranchent avec les traditions du « clan » ; ou des difficultés qu’aucun de ses frères et sœurs n’a semblé rencontrer ?


Et l’on s’interroge. Quelles sont ici les parts respectives de l’héritage génétique et du vécu personnel – qui, on le sait, peut varier d’un enfant à l’autre au sein d’une même famille ? Question rebattue, en vérité. Elle renvoie à cet éternel débat : quelle est la part de l’inné et de l’acquis, des gènes et de l’environnement, dans ce qui façonne tout individu ? Vouloir résoudre cette question, c’est un peu vouloir comprendre ce qui, du fil de trame ou du fil de chaîne, crée le tissu ; ce qui, de la graine…

La fondue de l’abbé Saint-Genis

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J’avais 15 ans et je ne savais pas qu’il fallait faire bouillir de l’eau pour cuire des pâtes. On mangeait bien, pourtant, à la maison. Ma mère préparait des civets de lièvre et des gratins dauphinois qu’elle glissait dans le four avant de partir travailler. Le mercredi en fin de matinée, quand le thermostat se déclenchait en vue du repas de midi, je levais à peine un œil sur le plat soudain éclairé. Quant à mon père, il excellait dans la production de pâte de coing et d’escargots. Il les ramassait, les faisait jeûner puis bouillir dans la cave. J’entends encore crépiter le beurre persillé dans de minuscules pots de terre vernissée. Mais nul n’est prophète en son pays et surtout pas avec ses enfants. Il m’a fallu un détour par le large avant de faire mien l’héritage culinaire familial.


En pleine anorexie


J’avais 15 ans et j’étais en pleine anorexie quand j’ai poussé la porte de la chapelle dite « du lycée » à Belley, dans l’Ain, la petite ville où j’ai grandi. Elle abritait l’aumônerie de l’enseignement public, mais j’ignorais tout alors des cadres et des structures. Je voulais faire de la philo et cherchais quelqu’un pour apaiser ma faim. J’aurais pu frapper à la porte d’une secte, j’ai toqué à celle de l’Église catholique. Une chance. Pour mon jeune esprit… et pour mon palais, comme on va le voir.


Jean-Claude Saint-Genis, druide vigoureux, chemise de bûcheron par-dessus le pantalon, fin collier de barbe, crâne lisse, enjambait des cartons d’où émergeaient un camping-gaz, des Cocotte-Minute et des cafetières italiennes. L’aumônier, qui était aussi curé d’un village voisin, venait d’accompagner un groupe à Rome et rangeait son matériel de cuisine. « De la philo ? On commence la semaine prochaine. Reviens avec des copains. » C’est ainsi qu’a débuté notre amitié, un jour de 1981. Elle s’est achevée à sa mort, il y a deux ans. Elle m’a sortie peu à peu de mon obsession pour les calories et du vertigineux sentiment de puissance que procure l’anorexie. Nous avons fait de la philo, lu la Bible et les Évangiles, observé les étoiles, fouillé les racines des mots, marché autour du mont Blanc, chanté assis par terre à Taizé, visité Paris pour la première fois.


Nourritures terrestres


Durant toutes nos virées, le repas, lieu de la transmission, tenait une place centrale. Sur les places de Berlin, Amsterdam, Ravenne, Naples, devant la cathédrale de Chartres et celle d’Orvieto, nous sortions le réchaud à gaz de son Combi Volkswagen et faisions revenir des oignons. Soupe à l’ortie, spaghettis à la tridentine (au lard et aux noix), osso-buco, vermicelles dorés à la savoyarde : déployer son savoir-faire culinaire dans les lieux les plus inattendus était une forme de respect de soi et de célébration du bonheur de vivre. Il fallait couper le pain avec dignité, tenir la couronne à bras-le-corps, tailler les tranches d’un geste large, rond, lent, précis. Nous possédions tous, gravé à nos initiales, un élégant couteau italien au manche en buis, fabriqué à la main par un artisan dans une vallée lombarde. Paolo ­Annovazzi, toute une histoire !


Jean-Claude Saint-Genis dynamitait les conventions de notre milieu rural en se pointant sans prévenir à l’heure du dîner, à une époque beaucoup moins spontanée qu’aujourd’hui. Il apportait chez les uns les terrines ou tomates du jardin offertes par les autres. Non sans citer au passage ­Matthieu, chapitre 10 : « Ce que vous avez reçu gratuitement, donnez-le gratuitement. » Il évangélisait par les nourritures terrestres, élargissant les tablées et les cœurs.


Parmi ses grands classiques, la fondue savoyarde, décrétée fondue bugiste parce qu’on la mouillait au vin du Bugey. Sa 2 CV sentait très fort le comté. Des générations de Belleysans se souviennent de ses fondues sous les tilleuls devant le presbytère, au crépuscule. On mangeait debout en tournant autour du réchaud, en file disciplinée. Il fallait respecter le rituel sous peine d’encaisser une remarque un peu sèche : enfoncer la fourchette sur la tranche du morceau, à la fois dans la croûte et dans la mie, la plonger en accomplissant une torsion au fond du caquelon pour en ressortir une bouchée parfaite.


Quand je lui ai annoncé que j’allais épouser un musulman qui ne boirait jamais une goutte de chardonnay, mon ami prêtre a essayé de m’en dissuader. Il a boudé plusieurs mois puis, de guerre lasse, a mis au point une version sans alcool de la fondue dont je vous offre la recette. Légère, étonnante, simplissima ! Sûr que vous allez l’adopter et la partager avec vos amis, que vous soyez cinq ou bien cinquante.

La fondue de l?abbé Saint-Genis
© Gérard Dubois pour La Vie



La recette :



Ingrédients et préparation, pour 10 personnes :

Une recette de fondue savoyarde où le vin blanc est tout simplement remplacé par du jus de tomate.

Un caquelon ou une cocotte de fonte. Une cocotte en inox fait aussi bien l’affaire.

Un réchaud à alcool, à gaz ou une plaque électrique, à poser sur la table.

150 g de fromage par convive. Râpez-le ou coupez-le en fines lamelles. Le mieux est de mélanger les variétés : une dominante de comté, mais aussi de l’abondance, du beaufort, de l’appenzell.

L’emmental donne peu de goût, mais fait des fils, ce qui peut être amusant.

Un litre de jus de tomate (au rayon jus de fruits).

Deux gousses d’ail, deux noix de beurre.

Du pain de la veille. Coupez-le en dés de 3x3cm environ, chaque morceau devant comporter une surface de croûte.

Faites revenir rapidement l’ail écrasé dans une noix de beurre, ajoutez le jus de tomate et portez à la limite de l’ébullition. Ajoutez le fromage poignée par poignée sans cesser de remuer avec une cuiller en bois.

Quand tout le fromage est fondu, c’est prêt. N’ajoutez aucun assaisonnement.

Posez la fondue sur la table et mangez-la debout.

“Mon fils fuit ses responsabilités et refuse mon aide“

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« Je suis un Papa séparé depuis Septembre 2016 avec 2 enfants de 18 et 20 ans, Liam et Dylan. Dylan le plus âgé, est en Fac de Philo après avoir terminé un Bac pro photo – il affirme ne plus être intéressé – et cumule avec ses études une soit disant activité culturelle mais qui semble être fausse.

Avec ma femme, nous avons décidé de nous séparer physiquement, et elle vit pour l’instant chez une amie en colocation, jusqu’à la vente de la maison qui nous permettra d’avancer. La situation financière, bien qu’elle ne soit pas catastrophique, nous cantonne à un style de vie très simple et sans possibilité de superflus.

Les 2 enfants vivent avec moi dans la maison familiale, en vente.

Le sujet du problème est lié à mon fils Dylan de 19 ans, qui a un comportement grave avec plusieurs démarches qui font de lui un menteur compulsif sur les sujets les plus simples liés à ses attitudes, travail ou vie quotidienne autant que sur les gros problèmes auquel nous le confrontons souvent.

Il nous vole souvent de l’argent, cela depuis plusieurs années de façon de plus en plus importante, 4 ou 5 ans, entre les vols de carte bleu, de porte-monnaie des parents, et hélas de nos proches, amis et famille. Nous n’avons pas de preuves filmées, mais les autres preuves, comportements et conséquences ne font aucun doute. Par ailleurs, certains de nos amis commence finalement à admettre qu’ils ont eu des “épisodes” lors de la présence de Dylan chez eux, mais qui n’ont jamais rien dit “pour ne pas causer de soucis”.

Au-delà de ces vols, il existe une consommation de cannabis et tabac, soit disant “à cheval” des amis car il n’a pas de moyens d’acheter (ni nous de lui financer). Il y a quelques semaines, sa maman me fait part de l’aveu de mon fils d’un épisode de cocaïne. Cela semble s’être passé lors de l’annonce de notre séparation.

Les vols se sont également manifestés au cours d’un stage. Je lui ai trouvé occasionnellement des emplois saisonniers ou à mi-temps, qu’il n’a jamais réussi a garder en raison de son constant état d’esprit de détachement de tout, matériel et personnes, sauf certains amis.

Il traine depuis quelques temps un historique de dettes, entre autres des découverts bancaires importants, des amendes SNCF à plus de 800 euros pour fraude sans billet, des amis que j’ai vus sur les réseaux sociaux qui exigent “qu’il paye ce qu’il doit”, bref voilà.

Globalement, son détachement de tout semble être une forme de fuite de ses soucis, foncer sans regarder et sans aucun jugement de ses actes.

Le tout est encore aggravé par quelques épisodes d’automutilation, coupures, cigarettes, etc. qu’il qualifie de jeux, mais qui s’affirment comme ce que c’est, notamment par des documents que j’ai trouvés il y a quelques jours de l’hôpital qui l’on gardé une nuit pour coupure sur bras, il était ivre et coupé.

Il estime en tant qu’adulte qu’il a peu de compte à rendre, même vivant sous mon toit, et que ses aller-retour ou absences de plusieurs jours n’ont pas à être annoncés, et beaucoup de nos échanges commencent par là, du fait que je me fais du souci car je ne sais plus où il est ou ce qu’il fait.

Il est évident qu’en tant que majeur il va devoir commencer à assumer ses actes, mais l’amour que je lui porte essaie tant bien que mal d’être présent dans sa vie, de continuer à lui ouvrir la porte et l’avoir avec moi en l’aidant, en étant à l’écoute, mais il ne communique pas, se renferme et ne sort aucun mot.

J’ai essayé de lui conseiller une aide psychologique, des centres de suivi pour la drogue ou alcool, mais il a repoussé toute forme d’aide, disant qu’il n’en a pas besoin.

Je suis coincé, la situation n’est pas facile pour personne, lui non plus j’imagine, mais je suis à bout d’espoir et dans la totale déprime. »


> La réponse de Jacques Arènes :


Je suis désolé de répondre si tardivement à votre courriel. J’espère qu’il vous trouvera, d’une manière ou d’une autre, sur internet. Il sera, en tous cas, utile à bien d’autres qui quêtent sur le Web des réponses à leur souffrance singulière. Vous êtes, comme tant d’entre nous, un père démuni, réduit à être observateur de la souffrance de son enfant, avec le sentiment de ne pas pouvoir faire grand-chose.


La dimension de la séparation avec votre épouse n’est pas anodine – vous le percevez vous-même en décrivant la situation – et donne un cadre douloureux à ce que vous vivez avec votre fils. Ce que vous expérimentez me fait penser à ce qu’écrit le grand romancier américain Richard Ford, qui a beaucoup évoqué la paternité blessée. Il décrit, dans son livre Indépendance (Éd. de l’Olivier), un homme divorcé confronté à la dérive de son fils ; le héros tente de se montrer présent à la galère de son jeune, mais il n’arrive pas à croire à la possibilité d’infléchir le « destin » de l’adolescent. Ce personnage résume à lui seul la difficulté actuelle de tant d’hommes à incarner leur paternité : « Mais durant nos brefs échanges, je me retrouve incapable de lui parler autrement que d’une manière fugace avant de battre en retraite, de crainte de me tromper, de le harceler ou de m’opposer à lui, de jouer au thérapeute au lieu d’être simplement son père [...] Me reste donc le pire de la paternité : être un adulte. Qui ne possède pas le langage adapté ; qui n’affronte pas les mêmes terreurs aléas et ratages ; qui en sait long, mais est condamné à rester planté comme un réverbère allumé, dans l’espoir que son fils en distinguera la lueur et se rapprochera pour profiter de la chaude lumière offerte en silence. » (p.28)


Je ne vous recommande pas de lire cet auteur : il alimenterait encore plus votre déprime actuelle ! Je le signale pour vous aider à saisir que vous n’êtes pas le seul à vivre ce type d’épreuve. Parce que vous la vivez au même titre que votre fils. Vous analysez finement ses problèmes et décrivez soigneusement ses comportements, mais je vous propose de vous attarder d’abord sur vous-même. Prenez donc du temps pour vous intéresser à vous. A ce sentiment d’être coincé, au fait que vous vous faites du souci, à cette impuissance qui est le cœur de votre déprime, comme elle est le centre de la blessure paternelle décrite par Richard Ford. Vous voyez votre Dylan aller et venir, vous êtes le témoin de ses souffrances, de ses dérapages, de ses hospitalisations. Vous examinez en douce ses dossiers médicaux et ses contacts sur internet. Vous êtes l’observateur de sa souffrance.


Vous avez raison : il faut sortir de cela. Il vaut mieux – c’est ce que je crois – risquer de commettre des erreurs que de ne rien faire. Votre fils n’a pas « besoin » d’un père déprimé. Il a « besoin » d’un adulte présent – écoutant certes, comme vous l’êtes, mais aussi exigeant – et donc qui intervienne. Vous ne pouvez certes pas le forcer à suivre une thérapie, mais vous pouvez, sans exagérer, lui rappeler le fait qu’il est majeur, et notamment que c’est à lui d’assumer ses actes. S’il affirme d’une manière péremptoire qu’il est adulte et que vous n’avez pas à le fliquer, il doit alors endosser complètement la panoplie de l’adulte et subvenir lui-même à ses besoins. Le contexte de séparation, je l’ai dit, n’est pas anodin, et il alimente peut-être votre mauvaise conscience, qui est souvent paralysante. Vous ne dites rien de ce qui s’est passé entre vous deux – les parents – et de la manière dont cela impacte la famille. Vous en parlez seulement au niveau des problèmes économiques que cela suscite, et dont votre fils s’affranchit pour une part en vous volant.


Là aussi, cela n’est pas un destin. Il s’agit de prendre des mesures rigoureuses et précises pour l’empêcher de continuer à vous voler. Le mettre devant ses responsabilités, cela sera aussi lui signifier en actes, que vous ne subviendrez pas ad vitam à ses attentes pécuniaires. Il ne s’agit pas de mettre en place brutalement ces nouvelles mesures, puisque la situation est installée, mais de prendre progressivement des décisions qui le poussent dans ce sens (quid de l’argent de poche, par exemple ?). En attendant, vous ne pourrez pas changer de positionnement subjectif vis-à-vis de lui sans vous occuper de vous-même. Si n’est pas pensable de le forcer à faire une psychothérapie, ou à vous exprimer ce qu’il vit, vous pouvez vous-même vous faire accompagner. Justement dans le but de (re)trouver un positionnement juste, solide, sans complaisance. Vous êtes le père courage dont l’amour « essaie tant bien que mal d’être présent dans la vie » de son fils. Je suis d’accord avec vous là-dessus, mais pas à n’importe quel prix…

Posez vos questions à Jacques Arènes

Donner du sens à une épreuve, poser des choix délicats, comprendre une période de la vie… Vous avez des questions existentielles ou spirituelles ?
Adressez-les à Jacques Arènes, psychologue et psychanalyste :

> Par e-mail en écrivant à j.arenes@lavie.fr
> Par courrier postal en écrivant à Jacques Arènes, La Vie, 80 boulevard Auguste-Blanqui, 75013 Paris.

Chaque semaine, Jacques Arènes publie sa réponse à une des questions sur notre site internet.
Retrouvez toutes ses réponses passées dans notre rubrique
Questions de vie

Ciel, mon ado ne croit plus !

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Au collège, Dieu n’était pas ma priorité et j’en avais marre de la messe. Je me cherchais, je voulais être comme tout le monde… », raconte Marion, 19 ans. Des Marion, tout le monde en connaît ! « C’est normal à cet âge de se remettre en question, de s’interroger sur ce qui a été transmis et ça ne concerne pas que la foi », souligne le père Christophe Danset, prêtre accompagnateur de la pastorale des jeunes dans un doyenné du Nord. « Le regard des autres pèse lourd à cet âge et assumer sa foi, c’est encore plus compliqué si on est en minorité, si elle crée ou amplifie une différence, ajoute Béatrice Lefèvre, responsable nationale de l’Aumônerie de l’Enseignement Public et de la pastorale des adolescents. D’où l’importance de travailler avec les jeunes sur l’effet de groupe. » 


Conscients de la complexité de la tâche, les adultes accompagnateurs ne sont pas complètement désarmés pour rejoindre les jeunes…

Platini, San-Antonio et les escargots de Bourgogne

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Déjeuner en paix ? Et puis quoi encore ? Quand la cuisine fait office de sas d’entrée et de sortie de la propriété familiale, de centre de commande pour un nombre fluctuant d’enfants et d’adultes au rythme de vie désynchronisé – certains travaillent, d’autres sont en vacances ou passent dire bonjour –, quand elle sert de vestiaire, de pharmacie, de buanderie, de comptoir, de salle de télévision et de salon de lecture (Le Bien public, tous les jours, l’Almanach ­Vermot et parfois – bingo ! – un San-Antonio ou un OSS 117 oubliés là par un oncle distrait), à quoi bon s’énerver ? On s’y fait. Surtout quand on a 10 ans et qu’on est en vacances chez ses grands-parents.


Alors, on observe les adultes en caressant le chien et en buvant sa grenadine, on les regarde entrer, sortir, on les écoute causer, se contredire, s’embrouiller ou commenter « les informations ». De temps en temps, on relance la machine sans qu’ils s’en rendent compte (« Pourquoi t’aimes pas Mitterrand, tonton ? »). Bref, on rigole bien et on apprend plein de choses. Mais on mange tout de même aussi vite que possible pour ressortir avec les cousins et s’entraîner à reproduire au fond de la cour ou sur le terrain municipal les exploits de Platini et Rocheteau. Il y aura toujours quelqu’un qui saura vous retrouver pour le dessert.


Attention à la pauchouse


Vu le mouvement et le nombre de personnes passant par là, l’intendance doit suivre. Mais on est en Bourgogne, en Côte-d’Or, au-dessus de Nuits-Saint-Georges : tout le monde ici a une conscience aiguë de ce qu’il mange et de ce qu’il convient de boire avec. On est bien élevé, mais malheur à celui ou celle qui aura failli dans ce domaine ! Dix ans après, on parlera encore, comme en passant, d’une pauchouse approximative ou de la tristesse d’un plateau de fromages ; et mon grand-père n’est pas du genre à oublier un passetoutgrain indigne qu’on lui aura servi sans y prendre garde.


Comment nourrir toute cette communauté sans fâcher personne ? C’est qu’il s’agit d’assurer à la fois la quantité – 8, 12, 15 personnes ou plus selon les saisons – et la qualité… Ici, les framboises n’arrivent pas d’Espagne ou de Pologne en barquettes de 125g mais par seaux entiers de chez le voisin, et la crème fraîche se sert à la louche.


Une douzaine, pas moins


Prenez les escargots, plat local s’il en est. La moindre des choses est d’en servir une douzaine à chaque convive pesant moins de 50kg, d’en prévoir une et demie pour la tranche 50-70kg, et deux pour les autres. Convertissez en coquilles – des vraies, pas ces déprimants godets en céramique qui se sont imposés un peu partout – et vous aurez une idée du tableau au moment de la préparation de ce grand classique. Tout est affaire d’organisation. Autour de la grande table centrale, sur laquelle s’étalent des plats vides gigantesques, des montagnes de coquilles et des monceaux de victuailles, ma grand-mère et quelques-unes de ses filles écrasent, mélangent, triturent et, les mains luisantes, bourrent les coquilles tout en bavardant et en commentant les écarts de l’une ou de l’autre (« Mais arrête avec le sel ! », « Mets-en encore, il faut que ça dépasse ! »).


L’exécution est délicate mais la philosophie générale est plutôt simple : du beurre, encore du beurre, toujours du beurre… la formule d’Auguste Escoffier, le « roi des cuisiniers », n’a d’ailleurs pas besoin d’être formulée ou discutée. Elle va de soi. À l’époque, la mauvaise conscience lipidique était encore un truc de Parisien. Parfois, quelqu’un entre dans la pièce, donne un coup de main pour une douzaine de coquilles. Lui aussi gardera pendant plusieurs jours les doigts imprégnés de sucs d’ail.


Je ne crois pas avoir jamais commandé d’escargots dans un restaurant. D’abord, parce qu’ils sont souvent proposés par six, ce qui aurait fait s’étouffer d’indignation (ou de rire) ma grand-mère. On n’a pas encore inventé le vin servi dans un dé à coudre ! Ensuite, parce que 90% des escargots qui sont servis aujourd’hui en France sont importés de Pologne ou de Roumanie. Chez nous, ils ont été décimés par les pesticides. Je n’ai rien contre les éleveurs d’escargots polonais ou roumains, et je salue même leur esprit d’entreprise. Simplement, l’idée de devoir importer l’essentiel d’un plat du terroir m’afflige. Peut-être aussi que j’idéalise les escargots de Bourgogne du début des années 1980. À moins que les escargots n’aient rien à voir là-dedans. Parce que, entre nous, San-Antonio, Mitterrand, Platini et Rocheteau, ça avait tout de même une autre gueule que les demi-sel d’aujourd’hui…

Platini, San-Antonio et les escargots de Bourgogne
© Gérard Dubois pour La Vie


La recette :



Ingrédients pour 8 douzaines d’escargots :
Pour le court-bouillon :

5L d’eau

2 bouteilles et demie de vin blanc

16 échalotes

10 gousses d’ail

2 carottes

1 bouquet de persil

2 brins de thym et 2 feuilles de laurier

sel et poivre
Pour le beurre d’escargot :

800g de beurre doux

150g d’échalotes hachées

50g d’ail haché

30g de sel

120g de persil haché


Préparation : 30 min
Cuisson : 3 h 30 + 8 min


Préparez le court-bouillon.

Plongez les escargots (dégorgés) dans l’eau bouillante durant 3h30. Écumez régulièrement.

Une fois cuits, décoquillez-les à l’aide d’une aiguille, enlevez l’extrémité noire et faites-les revenir à la poêle avec du beurre et des échalotes (sans faire rissoler !). Réservez. Lavez les coquilles et faites-les sécher.

Préparez le beurre d’escargot. Travaillez le mélange à la fourchette.

Mettez-en un peu dans le fond de la coquille, puis placez l’escargot. Remplissez jusqu’au bord et tassez.

Disposez les coquilles dans un plat allant au four, en les calant les unes contre les autres pour qu’elles ne se renversent pas.

Faites cuire 8 minutes à four bien chaud.

Servez bouillant avec un verre de bourgogne aligoté.

Alerte aux “chicoufs“ !

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Comme chaque été, d’importantes nuées de « chicoufs » ont été repérées aux alentours des marchands de glace et des châteaux de sable. « Je n’en avais jamais vu autant auparavant », témoignait récemment ce grand-père, assailli depuis le début des vacances par une flopée de « chicoufs » monstrueux qu’il avait tenté de repousser avec un râteau : leur peau était ravagée par des boutons d’acné, leur corps en éruption semblait gorgé d’hormones, la voix déraillait dans les octaves sous l’effet de la mue…


Le « chicouf » est ce diminutif par lequel les grands-parents, au bord du désespoir, désignent leurs petits-enfants déposés à la hâte par des parents implacables, soulagés de pouvoir se délester du fardeau. Les rejetons savent se montrer affectueux. Du moins dans un premier temps. Cette attitude sournoise est à l’origine de leur sobriquet, contraction de « chic »… ils arrivent, et de « ouf », ils repartent !


Les « chicoufs » prolifèrent l’été, comme les taons et les frelons asiatiques. Leur morsure n’est pas mortelle. Ils n’usent que les nerfs.  Le « chicouf » est « petit, mignon, bruyant, épuisant », précisent Hervé et Marie-Pascale Anseaume, auteurs du Guide de survie des jeunes grands-parents (Éditions Tut-Tut), paru en 2015.


Certaines espèces sont plus nuisibles que d’autres : celles qui se lèvent pour brailler à 6 heures du matin. Il n’existe aucun répulsif, si ce n’est la menace de devoir aider aux travaux des champs. Seules les zones sans couverture 4G – les « no wifi zones de la mort », comme les surnomment les « chicoufs » – sont relativement épargnées : abandonné sur un territoire sans réseau, le « chicouf » meurt en quelques jours après avoir avalé sa carte SIM prépayée par papa et maman.


 


Chic… ouf ! 


« Les grands-parents sont nombreux à avouer que la garde des petits-enfants, c’est souvent épuisant. Certains évoquent même la technique du “chicouf” : “Quand ils arrivent, on est heureux, on se dit : chic, explique Marguerite, grand-mère venue elle aussi au cinéma avec ses petits-enfants. Et quand ils repartent, on se dit : ouf !” »

France Bleu, 9 juillet 2017.


« “Chic, ils arrivent… Ouf, ils repartent !” À la veille des vacances, les grands-parents se réjouissent à l’idée d’accueillir leurs petits-enfants. À la fin, ils sont sur les genoux (…). Près de 67% des plus de 65 ans estiment non sans humour à propos de leurs petits-enfants qu’il vaut parfois mieux “les avoir en photo”, selon un sondage OpinionWay pour Belambra en 2015. »

Marianne, 29 octobre 2016.


« À Plougasnou, rencontre avec “les chicoufs” sur le marché (…). Il paraît que les petits-enfants feraient effet de cure de jouvence… mais au-delà d’une semaine, ils provoqueraient stress et anxiété et pousseraient certains grands-parents au burn-out ! »

Ouest-France, 19 avril 2017.

C’était la galette des vacances

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La cloche de l’école, le bord du trottoir en équilibre, ce n’étaient pas encore les vacances. Le goûter, les images du chocolat Poulain, la préparation des sandwiches, ce n’étaient pas tout à fait les vacances non plus. Évidemment, le savoir-faire millimétré du chargement de voiture y ressemblait déjà un peu plus, mais c’était plus une promesse qu’un accomplissement. Le front posé sur la vitre, les phares des voitures en face, les péages, une chanson de variété assourdie par le bruit du moteur, et de temps en temps le tic-tac d’un clignotant, ce n’étaient toujours pas les vacances mais nous approchions du but. Encore un effort ; garder les paupières hautes. Un pont, puis un autre, venait ensuite l’ombre d’une abbaye, la forêt, le cimetière, encore un dernier pont. Tic-tac, tic-tac. Le véhicule entrait dans la cour, on découvrait la maison picarde, une unique fenêtre éclairée. Mais même le craquement de la porte d’entrée, ce n’était pas encore cela. Le seul vrai signal que les vacances débutaient, c’était une phrase faussement détachée et religieusement rituelle : « Bertil, il y a de la galette. »


Un moment hors du temps


Il est admis par tous que c’était celle de mon père. Peut-être parce que son allergie aux œufs lui interdisait les meringues (autre spécialité de sa belle-mère), peut-être simplement parce qu’il était souvent le premier à la réclamer. Mais tout le monde y avait droit, en arrivant à la ferme après quelques heures de route. « Quand quelqu’un venait, on faisait une galette », a résumé ma grand-mère des années plus tard, ponctuant ce constat de son expression favorite, presque sa philosophie de vie : « C’est comme ça. » Sur la table, toujours la même nappe à fleurs et toujours les verres Duralex sur leur plateau. Un jus de fruit ? un verre de cidre ? On s’embrassait, on se disputait les fauteuils, on inspectait discrètement les cartes postales récemment ajoutées autour du miroir. Souvenirs interstitiels, qu’aucune photo n’aura jamais figés. Qui aurait l’idée saugrenue d’immortaliser un moment hors du temps ?


Et la galette, donc. Sans effets, sans secrets : juste de la farine, du sucre, du beurre. Du sable à crumble étalé dans un plat, en somme. Une simplicité qui n’exonère pourtant pas d’un engagement total lors de la préparation : y aller à pleines mains, impossible de faire autrement. La seule vraie malice de la recette réside dans sa cuisson. La galette trop hâlée est rancunière ; elle a beau ne dissimuler aucune fève, on y perdrait facilement une couronne… Mais celui qui a l’art de la tirer du four à bois au bon moment, quand les bords commencent juste à dorer, la trouve moelleuse en son cœur et couverte d’une fine pellicule sablonneuse et sucrée qui fond délicieusement sur la langue, tandis que vers l’extérieur elle croque sous la dent.


L’origine de la recette s’est perdue, tout juste sait-on avec certitude que mon arrière-grand-mère la pratiquait déjà. Y a-t-il dans le minimalisme des ingrédients la mémoire d’un temps de guerre où il fallait faire simple et efficace ? Hypothèses tardives. La vérité, c’est que personne n’a jamais spécialement « pensé » la galette. Elle était la récompense des voyages, la parenthèse qui ouvrait des jours heureux et proprets à la Marcel Pagnol, aussi sûrement que les embrassades humides dans l’escalier signaient le retour à un quotidien d’école ou de travail.


Aventures et confidences


Une fois calés, on montait les valises dans les chambres en échafaudant des plans d’extension des cabanes, de courses de vélos rapiécés autour de la cour ou de chasses aux rats dans le jardin. Pendant ce temps, deux générations de mères refaisaient le monde « en bas ». Mon grand-père, ses fils et ses gendres faisaient volontiers un tour dehors, et je crois que le mur derrière l’étable, celui bordé de rhubarbe et de fraisiers, fut plus d’une fois baptisé dans la fraîcheur du soir…


Dans ce corps de ferme, mille aventures d’enfance ont été vécues, mille confidences échangées, et le goût de la galette fait partie du décor, au même titre que la couleur sang des briques picardes et le son de l’eau dans le déversoir derrière la maison.


Il y avait toujours des restes, et même des réserves empilées dans un grand ­Tupperware, entre des feuilles d’aluminium. La galette accompagnait les compotes et salades de fruits pendant plusieurs jours, jusqu’à ce que les souris aient raison des dernières parts. « Les parts !, s’exclame ma grand-mère avant de raccrocher le téléphone. N’oublie pas d’écrire qu’il faut couper les parts dès qu’on sort la galette du four, surtout ! Parce qu’après, on n’y arrive plus sans la casser… » Certains souvenirs, pourtant, sont comme les galettes sablées : ils ont beau durcir et s’effriter, ils sont encore meilleurs quand on revient les grignoter en douce.

C'était la galette des vacances
© Gérard Dubois pour La Vie



La recette :



Ingrédients, pour une galette :

200 g de farine

100 g de sucre

100 g de beurre


Préparation : 10 min
Cuisson : 20-25 min


Laissez ramollir le beurre avant de commencer (attention : il doit être mou, pas fondu).

Préchauffez le four à 180° C.

Mélangez la farine et le sucre dans un récipient, puis ajoutez le beurre mou et malaxez l’ensemble jusqu’à obtenir une pâte bien sablonneuse.

Étalez-la à la main dans un moule à tarte pour former une surface uniforme.

Laissez cuire environ 20-25 minutes, en surveillant attentivement. Quand la galette blondit et dore légèrement sur les bords, tirez-la du four.

Disposez-la dans un plat… et coupez immédiatement les parts.

C’était la galette des vacances

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La cloche de l’école, le bord du trottoir en équilibre, ce n’étaient pas encore les vacances. Le goûter, les images du chocolat Poulain, la préparation des sandwiches, ce n’étaient pas tout à fait les vacances non plus. Évidemment, le savoir-faire millimétré du chargement de voiture y ressemblait déjà un peu plus, mais c’était plus une promesse qu’un accomplissement. Le front posé sur la vitre, les phares des voitures en face, les péages, une chanson de variété assourdie par le bruit du moteur, et de temps en temps le tic-tac d’un clignotant, ce n’étaient toujours pas les vacances mais nous approchions du but. Encore un effort ; garder les paupières hautes. Un pont, puis un autre, venait ensuite l’ombre d’une abbaye, la forêt, le cimetière, encore un dernier pont. Tic-tac, tic-tac. Le véhicule entrait dans la cour, on découvrait la maison picarde, une unique fenêtre éclairée. Mais même le craquement de la porte d’entrée, ce n’était pas encore cela. Le seul vrai signal que les vacances débutaient, c’était une phrase faussement détachée et religieusement rituelle : « Bertil, il y a de la galette. »


Un moment hors du temps


Il est admis par tous que c’était celle de mon père. Peut-être parce que son allergie aux œufs lui interdisait les meringues (autre spécialité de sa belle-mère), peut-être simplement parce qu’il était souvent le premier à la réclamer. Mais tout le monde y avait droit, en arrivant à la ferme après quelques heures de route. « Quand quelqu’un venait, on faisait une galette », a résumé ma grand-mère des années plus tard, ponctuant ce constat de son expression favorite, presque sa philosophie de vie : « C’est comme ça. » Sur la table, toujours la même nappe à fleurs et toujours les verres Duralex sur leur plateau. Un jus de fruit ? un verre de cidre ? On s’embrassait, on se disputait les fauteuils, on inspectait discrètement les cartes postales récemment ajoutées autour du miroir. Souvenirs interstitiels, qu’aucune photo n’aura jamais figés. Qui aurait l’idée saugrenue d’immortaliser un moment hors du temps ?


Et la galette, donc. Sans effets, sans secrets : juste de la farine, du sucre, du beurre. Du sable à crumble étalé dans un plat, en somme. Une simplicité qui n’exonère pourtant pas d’un engagement total lors de la préparation : y aller à pleines mains, impossible de faire autrement. La seule vraie malice de la recette réside dans sa cuisson. La galette trop hâlée est rancunière ; elle a beau ne dissimuler aucune fève, on y perdrait facilement une couronne… Mais celui qui a l’art de la tirer du four à bois au bon moment, quand les bords commencent juste à dorer, la trouve moelleuse en son cœur et couverte d’une fine pellicule sablonneuse et sucrée qui fond délicieusement sur la langue, tandis que vers l’extérieur elle croque sous la dent.


L’origine de la recette s’est perdue, tout juste sait-on avec certitude que mon arrière-grand-mère la pratiquait déjà. Y a-t-il dans le minimalisme des ingrédients la mémoire d’un temps de guerre où il fallait faire simple et efficace ? Hypothèses tardives. La vérité, c’est que personne n’a jamais spécialement « pensé » la galette. Elle était la récompense des voyages, la parenthèse qui ouvrait des jours heureux et proprets à la Marcel Pagnol, aussi sûrement que les embrassades humides dans l’escalier signaient le retour à un quotidien d’école ou de travail.


Aventures et confidences


Une fois calés, on montait les valises dans les chambres en échafaudant des plans d’extension des cabanes, de courses de vélos rapiécés autour de la cour ou de chasses aux rats dans le jardin. Pendant ce temps, deux générations de mères refaisaient le monde « en bas ». Mon grand-père, ses fils et ses gendres faisaient volontiers un tour dehors, et je crois que le mur derrière l’étable, celui bordé de rhubarbe et de fraisiers, fut plus d’une fois baptisé dans la fraîcheur du soir…


Dans ce corps de ferme, mille aventures d’enfance ont été vécues, mille confidences échangées, et le goût de la galette fait partie du décor, au même titre que la couleur sang des briques picardes et le son de l’eau dans le déversoir derrière la maison.


Il y avait toujours des restes, et même des réserves empilées dans un grand ­Tupperware, entre des feuilles d’aluminium. La galette accompagnait les compotes et salades de fruits pendant plusieurs jours, jusqu’à ce que les souris aient raison des dernières parts. « Les parts !, s’exclame ma grand-mère avant de raccrocher le téléphone. N’oublie pas d’écrire qu’il faut couper les parts dès qu’on sort la galette du four, surtout ! Parce qu’après, on n’y arrive plus sans la casser… » Certains souvenirs, pourtant, sont comme les galettes sablées : ils ont beau durcir et s’effriter, ils sont encore meilleurs quand on revient les grignoter en douce.

C'était la galette des vacances
© Gérard Dubois pour La Vie



La recette :



Ingrédients, pour une galette :

200 g de farine

100 g de sucre

100 g de beurre


Préparation : 10 min
Cuisson : 20-25 min


Laissez ramollir le beurre avant de commencer (attention : il doit être mou, pas fondu).

Préchauffez le four à 180° C.

Mélangez la farine et le sucre dans un récipient, puis ajoutez le beurre mou et malaxez l’ensemble jusqu’à obtenir une pâte bien sablonneuse.

Étalez-la à la main dans un moule à tarte pour former une surface uniforme.

Laissez cuire environ 20-25 minutes, en surveillant attentivement. Quand la galette blondit et dore légèrement sur les bords, tirez-la du four.

Disposez-la dans un plat… et coupez immédiatement les parts.