La bosse des maths prédite dès le berceau ?

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Les bébés capables de faire facilement la différence entre les quantités auront de bonnes compétences en mathématiques à l’âge adulte. C’est en tout cas ce que suggère une étude publiée le 21 octobre 2013 par des neurologues de l’Université de Duke (États-Unis), dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.

Pour obtenir ce résultat, le neurologue Ariel Starr et ses collègues ont mis au point un protocole expérimental en deux étape de ce s, qui s’est étalé sur près de quatre ans. Lors de la première étape de l’expérience, les scientifiques américains ont présenté à 48 bébés âgés de six mois deux écrans, dont l’un affichait toujours un groupe de huit points, tandis que l’autre affichait des groupes de points dont le nombre variait (il était soit de huit, soit de 16). Résultat : certains bébés parvenaient facilement à repérer lorsque le nombre de points affichés par le deuxième écran variait (ce qui se manifestait par un temps de regard posé sur le deuxième écran plus long), alors que d’autres avaient plus de difficultés pour le faire.

Trois ans et demi plus tard, les neurologues américains ont entamé la deuxième étape de l’expérience, avec les mêmes enfants. Ces derniers ont été soumis à divers tests, destinés à évaluer leur aptitude à manier les quantités et les nombres.

Verdict ? Les enfants qui à l’âge de six mois, étaient le plus facilement parvenu à faire la différence entre les groupes de points lorsque la quantité de ces derniers variait, se sont avérés être ceux qui, à l’âge de quatre ans, ont obtenu les meilleurs scores à l’issue des tests auxquels ils ont été soumis au cours de cette deuxième phase.

Un constat qui suggère que l’aisance des bébés à faire la différence entre les quantités avant l’apprentissage des nombres, est prédictive des compétences en mathématiques qu’ils présenteront à l’âge adulte.

Image : By UlrikeRR (Alfred Viehhofer GmbH (Alvi)) [GFDL or CC-BY-SA-3.0-2.5-2.0-1.0], via Wikimedia Commons

 

Avortement : l’autre débat

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L’avortement est un fait social de première importance. Une femme sur trois a recours à une IVG au cours de sa vie. On compterait environ 220 000 interruptions volontaires de grossesse chaque année, un chiffre assez stable. Dans ces conditions, plus d’une génération après la loi Veil (1974), le débat semble clos. En réalité, il ne l’a jamais été, ne serait-ce parce que la loi a été plusieurs fois modifiée dans une optique toujours plus extensive. La réforme la plus importante reste celle voulue par Martine Aubry en 2001 : allongement du délai légal à 12 semaines, renoncement à la notion de « dépénalisation » au profit de la création d’un « droit ». Depuis cette date, la pression n’a cessé de monter dans deux directions. Technique d’abord : il s’agit de faciliter financièrement et médicalement l’accès à l’IVG. Idéologique ensuite : on s’efforce de banaliser l’acte afin qu’il apparaisse comme une décision de convenance personnelle et non comme un dernier recours.


De leur côté, les opposants n’ont pas renoncé. Bien sûr, la défense de l’enfant à naître n’a pas été abandonnée. Un exemple : la pétition Un de nous pour demander à l’Union européenne de ne pas financer la recherche sur l’embryon vient de recueillir 1,8 million de signatures, dont 100 000 en France, et ce dans le plus complet silence médiatique. Mais, sans doute en raison du consensus social en faveur de l’avortement, l’opposition frontale n’existe plus guère.


Du côté catholique en particulier, si la doctrine n’a pas changé, les priorités ne sont plus exactement les mêmes, du moins en France. Réunis à Lourdes pour leur assemblée d’automne, les évêques se sont penchés une nouvelle fois sur le sujet. De manière significative, ils l’ont fait en s’intéressant davantage au vécu des femmes concernées et un peu moins au caractère sacré de la vie. « Nous ne pouvons pas faire comme si nous n’étions pas auditeurs, témoins des souffrances multiformes de femmes ayant connu un avortement et qu’elles n’expriment parfois que longtemps après », a déclaré leur nouveau président, Georges Pontier, archevêque de Marseille, dans le discours de clôture, prononcé dimanche 10 novembre. On serait tenté de faire le lien avec le ton adopté par le nouveau pape, qui donne la priorité à l’écoute et à l’accompagnement plutôt qu’au jugement normatif.


Or ce discours compassionnel, malgré ou à cause de son fond évangélique,
inquiète vivement les activistes officiels, réunis sous l’ombrelle du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Les trois premières recommandations que cette instance vient de formuler dans le rapport que lui a commandé Najat Vallaud-Belkacem, la ministre concernée, sont donc extrêmement signi­ficatives. Il s’agit d’effacer des textes légaux toute reconnaissance du caractère particulier de l’avortement, pour en faire un « acte médical comme un autre ». Actuellement, le code de santé publique dans son article L2212-1 ouvre le droit à l’avortement à « la femme enceinte que sa situation place dans un état de détresse ». Le rapport recommande de faire disparaître cette notion. Il propose aussi de supprimer le délai de réflexion d’une semaine entre deux premières consultations. Surtout, il entend abolir la clause de conscience qui permet à un médecin de refuser de pratiquer une IVG.


Le débat s’est donc déplacé. Il y a 40 ans, deux notions s’opposaient : d’un côté le droit des femmes à disposer de leur corps, de l’autre la sacralité de la vie. On veut aujourd’hui évacuer le dernier obstacle en récusant la notion de détresse. Pourtant, un éventuel trait de plume en travers du code de santé publique ne saurait abolir la réalité.

Le mystère du chauffage de la couronne solaire serait résolu

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Le mystère du chauffage de la couronne solaire serait résolu

Et si le mystère du chauffage de la couronne solaire, l’une des plus grandes énigmes de la physique solaire, venait d’être résolu ? C’est en tout cas ce que suggèrent des travaux publiés le 2 octobre 2013 par deux astrophysiciens américains, dans la revue The Astrophysical Journal, sous le titre « Observational Quantification of the Energy Dissipated by Alfvén Waves in a Polar Coronal Hole: Evidence that Waves Drive the Fast Solar Wind ».

Pour comprendre précisément la nature de cette énigme, imaginez un cube de glace… qui prendrait feu. Or, c’est un phénomène à peu près équivalent qui se déroule en permanence au sein de la couronne solaire, cette couche supérieure de l’atmosphère du soleil : alors que la température qui prévaut à la surface du soleil n’est « que » de 5700°C, la température qui règne dans la  couronne solaire monte en flèche pour avoisiner les 2 millions de degrés Celsius.

Comment se fait-il que les parties hautes de l’atmosphère du soleil sont beaucoup plus chaudes que la surface du soleil ? Cette question constitue précisément ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler le mystère du chauffage de la couronne solaire…

Or, les travaux de ces deux astrophysiciens américains de l’Université de Colombia (New York, États-Unis), menés sur la base d’observations obtenues par le satellite japonais Hinode, viennent vraisemblablement de répondre définitivement à cette question. En effet, ces deux scientifiques ont pu mettre en évidence que le chauffage de la couronne solaire était provoqué par des ondes magnétiques, appelées ondes d’Alfvén : ces ondes, émanant du soleil lui-même, se propagent à travers la couronne solaire et lui transmettent d’énormes quantités d’énergie. Ce qui expliquerait les très hautes températures qui y prévalent.

Pour parvenir à ce résultat, Michael Hahn et Daniel W. Savin ont mesuré la quantité d’énergie transportée et dissipée par les ondes d’Alfvén présentes au niveau d’un trou coronal situé au-dessus de l’un des pôles du soleil. En réalisant ces mesures, les deux astrophysiciens américains ont pu montrer que les ondes d’Alfvén transportaient suffisamment d’énergie pour chauffer la couronne solaire à de très hautes températures.

Il est à noter que le rôle joué par les ondes d’Alfvén dans les températures exceptionnellement élevées qui prévalent dans la couronne solaire avait déjà été pointé du doigt par de précédents travaux. Ainsi, en juin 2008, neuf articles conjointement publiés dans la revue Science avaient déjà montré que les ondes d’Alfvén transportaient suffisamment d’énergie pour chauffer la couronne solaire à de très hautes températures.

 

Image : NASA/SDO [Public domain], via Wikimedia Commons

 

 

 

Un étudiant découvre un squelette complet de bébé Parasaurolophus

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squelette de la tête d'un Parasaurolophus

Le squelette d’un Parasaurolophus juvénile, un dinosaure qui vivait il y a 75,5 années, a été découvert par un étudiant américain sur le site du Grand Staircase-Escalante (sud de l’Utah, États-Unis).

Une découverte notable, car c’est la première fois qu’un squelette de Parasaurolophus juvénile est retrouvé dans un état de conservation aussi exceptionnel.

Si la trouvaille a été effectuée en 2009, il a toutefois fallu attendre plusieurs années d’analyse avant que cette découverte ne soit rendue publique. Les travaux menés sur le squelette de ce bébé Parasaurolophus, surnommé Joe, n’ont ainsi été publiés que le 22 octobre 2013 dans la revue PeerJ, sous le titre « Ontogeny in the tube-crested dinosaur Parasaurolophus (Hadrosauridae) and heterochrony in hadrosaurids » .

Les analyses menées sur le squelette de Joe ont montré que ce dernier était mort avant l’âge de un an. Il mesurait 2,5 m de long, soit le quart de la longueur maximale atteinte par les Parasaurolophus adultes.

Parasaurolophus était un dinosaure herbivore, dont la longueur maximale pouvait avoisiner les 10 mètres, pour un poids de 2,5 tonnes. Il est notamment célèbre pour la grande crête qui ornait le haut de son crâne, et qui ressemblait à un long tube recourbé vers l’arrière. Un appendice dont le rôle divise encore aujourd’hui les paléontologues : certains pensent qu’il servait d’amplificateur acoustique lui permettant de communiquer avec ses congénères, tandis que d’autres font plutôt l’hypothèse qu’il s’agissait d’un outil de reconnaissance visuelle.

Il est à noter que nombreux fossiles de dinosaures, âgés pour la plupart de quelque 75 millions d’années, ont déjà été retrouvés sur le site du Grand Staircase-Escalante. Aujourd’hui largement désertique, ce lieu était il y a 75 millions d’années un marécage verdoyant, qui abritait une faune très riche.

Des fermiers du Néolithique et des chasseurs-cueilleurs auraient coexisté pendant 2000 ans

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Ferme à Knap of Howar, sur un site occupé de 3500 av. J.-C. à 3100 av. J.-C.

Ferme à Knap of Howar, sur un site occupé de 3500 av. J.-C. à 3100 av. J.-C.

En Europe Centrale, les chasseurs-cueilleurs auraient coexisté durant 2000 ans avec les fermiers du Néolithique, dont on estime qu’ils sont arrivés dans cette région il y a 7500 ans environ, révèle une étude publiée le 10 octobre 2013 dans Science.

Cette coexistence se serait étendue sur la période -5500 à -3000 ans av. JC, pour cesser définitivement il y a 5000 ans environ à l’occasion de la sédentarisation de certains de ces chasseurs-cueilleurs, tandis que d’autres disparaissaient définitivement.

Or, ce résultat va à l’encontre de ce qui était supposé jusqu’ici par les paléoanthropologues. En effet, ces derniers pensaient qu’après l’arrivée des fermiers du Néolithique en Europe centrale, les chasseurs-cueilleurs qui étaient sur place avaient rapidement disparu. En réalité, ces nouveaux travaux montrent que ces chasseurs-cueilleurs ont subsisté encore longtemps après l’arrivée de ces nouveaux arrivants.

Pour parvenir à cette conclusion, Ruth Bollongino (Institut d’Anthropologie de l’Université Johannes Gutenberg de Mainz, Allemagne) et ses collègues ont analysé des ossements retrouvés dans la grotte allemande de Blätterhöhle, qui appartiennent conjointement à des chasseurs-cueilleurs et des fermiers du Néolithique, enterrés à cet endroit.
L’analyse isotopique de leurs ossements a révélé que les chasseurs-cueilleurs avaient subsisté en Europe centrale jusqu’il y a 5000 ans environ. Cette analyse a même permis de révéler que le régime alimentaire de ces derniers chasseurs-cueilleurs était avant tout constitué de poissons.

Ce résultat a été publié le 10 octobre 2013 dans la revue Science dans un article intitulé « 2000 Years of Parallel Societies in Stone Age Central Europe ».

Photo : Wikimedia

Pour mieux comprendre les autres, lisez des livres

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Et si les romans favorisaient notre capacité à comprendre les émotions éprouvées par les autres ? C’est en tout cas ce qu’affirme une étude publiée le 3 octobre 2013 dans la revue Science, sous le titre « Reading Literary Fiction Improves Theory of Mind ».

Comment les auteurs de cette étude sont-ils parvenus à ce résultat ? Grâce à une expérience impliquant quatre groupes de volontaires, qui ont eu pour mission de lire des extraits de livres ou d’articles.

Dans un premier temps de l’expérience, le psychologue américain David Kidd  a demandé aux deux premiers groupes de lire un extrait de roman : le premier des deux groupes a lu des extraits de romans généralement considérés comme appartenant à la « grande littérature » (livres de Anton Tchekov, Don De Lillo…), tandis que les lectures proposées au deuxième groupe appartenaient plutôt au champ de la littérature dite « populaire », comme les livres de Danielle Steel par exemple. Concernant le troisième groupe, sa mission a consisté à lire des contenus non fictionnels (des articles de la presse écrite). Quant au dernier groupe, aucune lecture ne lui a été proposée.

Puis, une fois toutes les séances de lecture terminées, les volontaires ont été soumis à deux types de tests permettant d’évaluer leur aptitude à deviner les émotions éprouvées par autrui. Le premier test a consisté à regarder un visage durant deux secondes seulement, puis à dire si la personne était heureuse, en colère, effrayée ou triste. Quant au deuxième test, les volontaires ne voyaient qu’une petite partie du visage et devaient deviner l’émotion éprouvée par le visage.

Résultat ? Les deux premiers groupes (c’est-à-dire ce dont la mission a consisté à lire des extraits de romans) ont obtenu des résultats nettement supérieurs aux deux groupes qui n’avaient pas lu de fictions.

Selon les auteurs de cette étude, ce résultat s’explique par le fait que la lecture de fictions mobilise fortement notre aptitude à reconnaître les émotions ressenties par les personnages de ces romans, ce qui nous permet de deviner et comprendre leurs intentions et les raisons de leurs actes. Cette disposition, appelée Théorie de l’esprit  par les chercheurs en sciences cognitives, est fortement liée à l’empathie, cette faculté qui nous permet de comprendre les émotions éprouvées par l’autre… en les ressentant par nous-mêmes.

Le conte des mille et une exoplanètes…

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996, 997, 998, 999, 1000 ! Voilà, c’est fait ; en ce début d’automne 2013, dix huit ans après la découverte de la « toute première » planète située en dehors de notre système solaire, les astronomes viennent de franchir la barre symbolique des mille découvertes. Quel progrès ! Voici vingt ans encore, personne ne savait si les planètes étaient des objets rares autour des étoiles, comment elles se formaient, quelles étaient leurs caractéristiques… Aujourd’hui, la masse de données concernant ces autres mondes croît à une vitesse exponentielle. Alors, cette fameuse millième exoplanète, où est-elle, à quoi ressemble t-elle ? Eh bien en réalité… personne n’en a la moindre idée, car personne ne sait vraiment combien d’exoplanètes ont été vraiment dénichées là-haut, parmi les constellations…
En fait, 99 % des planètes jusqu’ici découvertes l’ont été par des méthodes d’observation indirectes. Ici, c’est l’affaiblissement périodique de l’éclat d’une étoile qui laisse penser au passage d’une planète devant elle, là, c’est le mouvement réflexe périodique d’une étoile qui permet d’imaginer qu’une ou des planètes tournent autour d’elle… Mais ces techniques, au demeurant très imaginatives et subtiles, ne sont pas complètement fiables. Une grande partie des « candidates exoplanètes » sont des « faux positifs », que les scientifiques traquent systématiquement. Ici, c’est le passage répété d’une tache stellaire qui a fait croire à une planète, là, c’est l’optimisme démesuré d’une équipe enthousiaste qui lui a fait imaginer un trop grand nombre de planètes dans un système, là encore c’est le mode d’analyse statistique des données qui a trompé l’équipe de bonne foi… Même les images directes ne sont pas sûres… Comment affirmer que cette tache jaune ou rouge est une planète géante, et pas une minuscule étoile ?
Bref, l’observation des exoplanètes est difficile, et, souvent, elle se situe à la limite des possibilités instrumentales des chercheurs. Alors, cette fameuse millième planète ? Nous saurons qui elle est dans quelques années, ou décennies, quand les 999 premières auront été définitivement confirmées. D’ici là, la valse des découvertes et des démentis continuera… Comme la belle planète géante de Pollux, par exemple, ma préférée, parce qu’elle avait été trouvée deux ans avant la « première exoplanète », qui est, selon la légende officielle, 51 Peg b, découverte par Michel Mayor et Didier Queloz, à l’observatoire de Haute-Provence. Eh bien, l’existence de Pollux b est maintenant mise en cause… Il s’agirait – peut-être – d’une gigantesque tache, persistante, tournant dans l’atmosphère de l’étoile géante…
Bien, à ce niveau du récit, le lecteur attentif, aura remarqué que j’écris « première exoplanète » entre guillemets… Pourquoi ? Eh bien, ce n’est pas faire injure aux deux excellents astronomes suisses qui ont trouvé 51 Peg b, que de rappeler, au moment où l’on s’interroge sur la millième exoplanète et sur l’existence réelle ou imaginaire d’une partie de ces autres mondes, qu’ils ne sont probablement pas les premiers à avoir observé une planète au delà de notre système solaire… Dès 1992, trois ans avant la « première », donc, l’astronome polonais Alexander Wolszczan avait détecté, à l’aide du radiotélescope d’Arecibo, un système planétaire autour de PSR B1257+12. Sauf que… cet astre est une étoile à neutrons, le vestige d’une étoile morte…

1 % seulement des mille exoplanètes découvertes jusqu'ici par les astronomes ont été photographiées. Aujourd'hui, les télescopes peuvent seulement voir les planètes tout à la fois jeunes et géantes, qui sont extrêmement chaudes et rayonnent dans l'infrarouge. Observer directement une planète de type terrestre ne sera probablement pas possible avant plusieurs décennies. Photos Nasa/ESA/STSCI/ESO/NOAO.

1 % seulement des mille exoplanètes découvertes jusqu’ici par les astronomes ont été photographiées. Aujourd’hui, les télescopes peuvent seulement voir les planètes tout à la fois jeunes et géantes, qui sont extrêmement chaudes et rayonnent dans l’infrarouge. Observer directement une planète de type terrestre ne sera probablement pas possible avant plusieurs décennies. Photos Nasa/ESA/STSCI/ESO/NOAO.

L’imaginaire collectif a littéralement effacé cette vraie première exoplanète découverte, tant le terme planète est associé à la vie. La planète de Mayor et Queloz, tournant autour d’un « vrai » Soleil, est donc devenue quasi officiellement, et contre la vérité historique, la « première exoplanète découverte ». Bon, 51 Peg b, qui est un corps brûlant, chauffé à près de 1000 °C, collé à son étoile, n’est pas vraiment un havre de paix, de calme, de luxe, de volupté, mais c’est ainsi. Ah ! A propos de vie, où en est-on dans la quête d’exo-plantes, d’exo-animaux, d’exo-civilisations ? Les travaux avancent… doucement. Les chercheurs, parmi les mille planètes découvertes, et statistiquement, parmi les mille milliards de planètes existant sans doute dans la Galaxie, cherchent celles qui sont… habitables. Vaste programme, puisqu’ils projettent dans le ciel les caractéristiques de la seule planète habitée du système solaire – la Terre, une planète ni trop chaude ni trop froide, où l’eau liquide peut exister. On s’en doute, s’interroger sur l’habitabilité d’astres si difficiles à seulement détecter est… osé, mais bon, les scientifiques sont des explorateurs de l’impossible, et, peut-être poussés par les services de communication des instituts pour lesquels ils travaillent, ils n’omettent jamais d’écrire le mot « habitabilité » dans l’annonce de leur découverte. Sans ce mot, la planète est oubliée, avec ce terme, elle a une chance d’intéresser les médias, qui oublieront par la suite de mentionner que la planète « habitable » n’existait pas, finalement, ou qu’il fait peut-être -220 °C à sa surface…
Ce qui ressort de cette millième (environ) découverte, c’est l’extraordinaire diversité des systèmes planétaires… Planètes supergéantes, planètes orbitant près de leur étoile, ou loin, ou sur des orbites improbables… Planètes exotiques, enfin, que les astronomes appellent « super Terre », terme évidemment infiniment plus chargé symboliquement que celui de «  mini Neptune »…
Et des vraies « Terre », alors, il y en a combien ? Statistiquement, beaucoup, énormément, des dizaines, des centaines de milliards dans la Voie lactée, peut-être. Officiellement, aucune, les télescopes ne sont aujourd’hui pas assez sensibles pour détecter des corps aussi petits. Cela viendra… Quant à les caractériser, savoir si, comme la Terre, ses « sœurs » ou ses « cousines » célestes ont une atmosphère, une température tempérée, une tectonique des plaques, de l’eau, une Lune, tous éléments qui ont favorisé l’émergence de la vie et son évolution, ce sera pour après demain, ou après après demain… C’est, en passant, l’une des surprises de l’avalanche de découvertes actuelle. Sur les mille planètes environ trouvées aujourd’hui, aucune n’a révélé de satellite. Cette découverte est attendue depuis quelques années, et les observatoires ont résonné l’an dernier de rumeurs concernant une telle découverte, mais jusqu’ici, rien. Affaire à suivre…
Et maintenant que le cap symbolique des mille planètes a été passé, que peut-on attendre des futures recherches ? D’abord, si la mission Gaia est menée à bien – le satellite européen doit décoller fin décembre – on peut s’attendre à ce que le cap des dix mille découvertes soit passé d’ici cinq ans seulement ! Ensuite, le temps d’observation des planètes augmentant au fil des ans, des planètes ressemblant plus ou moins à la Terre finiront par être détectées avec certitude. Montrer que ces planètes sont recouvertes d’eau, comme la nôtre, voire qu’elles sont habitées par des organismes vivants, sera probablement une tâche infiniment plus ardue… Il faudrait, d’abord, savoir si le phénomène vie est, ou pas, fréquent dans l’Univers. En l’absence d’une définition claire de ce qu’est la vie, d’une part, et en n’ayant qu’un seul échantillon sous la main, cela ne sera pas facile… La Terre, avec son satellite géant, sa tectonique, sa place dans un système planétaire atypique, est peut-être un objet céleste rarissime, nous n’en savons rien aujourd’hui. Les exobiologistes, aujourd’hui, ne savent évidemment rien des conditions d’apparition de la vie ailleurs, il faudrait déjà qu’ils comprennent comment elle est apparue ici… Voici quelques années, ils étaient pris de vertige à l’idée que des centaines de milliards de planètes rocheuses existent autour des étoiles naines rouges. Ces astres étaient considérés comme de très bons candidats à la recherche de la vie. Sauf que des chercheurs se demandent aujourd’hui si ces planètes possèdent de l’eau, l’environnement des naines rouges semblant, au moment de leur formation, extrêmement sec !
Seule solution : observer, chercher. Mais analyser des planètes terrestres à dix, cent ou mille années-lumière d’ici exigera des télescopes gigantesques, ou de grands télescopes spatiaux. Les supergéants, comme le E-ELT et ses 40 mètres de diamètre, ne sont pas attendus avant une douzaine d’années, et on est pas même sûr qu’ils seront assez puissants pour observer correctement des « Terre » lointaines… Quant aux télescopes spatiaux géants, ils n’existent que dans l’imagination des astronomes… Je prédis que nous devons nous préparer à une longue période frustrante, de plusieurs décennies, durant laquelle les annonces de découvertes de planètes habitables ou habitées seront quotidiennes, mais impossible à confirmer, les bio marqueurs, c’est à dire les traces d’une possible activité biologique à leur surface, pouvant être des faux positifs… A plus long terme, encore, à l’échelle du siècle ou du millénaire, l’astronome Jean Schneider est encore plus pessimiste. Dans un article écrit avec une douzaine de chercheurs, The far futur of exoplanet direct characterisation, ce grand encyclopédiste galactique explique que, si un jour nous pensons avoir détecté une planète habitée, ses formes de vie demeureront quasiment inobservables : la taille – des centaines de milliers, des millions de kilomètres – des télescopes nécessaires pour observer des formes de vie aussi lointaines dépassant l’imagination la plus fertile des opticiens. Quant à envoyer des sondes sur place… Pour Jean Schneider, le milieu interstellaire, qui n’est pas complètement vide, serait une menace mortelle pour des sondes spatiales se déplaçant à très grande vitesse, le moindre impact avec une minuscule poussière les détruirait instantanément.
Nous sommes condamnés, peut-être pour bien longtemps, à l’excitation de la découverte de milliers, de millions de planètes dans le cosmos, et simultanément à la frustration de ne pouvoir vraiment les dévoiler. Mais notre imaginaire peuplera cette infinité ou presque de mondes, de clairs de lunes, de couchers de soleils, de nuages, de brouillards et de brumes, de rivages, de récifs,  de montagnes, d’êtres fantastiques et de civilisations prodigieuses. Le ciel a toujours été le bienveillant réceptacle des espoirs et des rêves de l’humanité.

Serge Brunier

Les plantes à fleurs seraient apparues plus tôt que prévu

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Des plantes à fleurs

Au cours de forages effectués en Suisse, deux paléontologues ont mis au jour les plus vieux fossiles connus à ce jour de grains de pollen, issus des ancêtres des plantes à fleurs que nous connaissons aujourd’hui.

En effet, en étudiant deux carottes issues de ces forages, Peter Hochuli et Susanne Feist-Burkhardt (Université de Zurich, Suisse) ont découvert des fossiles de grains de pollen particulièrement bien préservés, datés de 240 millions d’années environ. Une découverte importante car jusqu’ici, les scientifiques pensaient que les plantes à fleurs étaient apparues il y a 140 millions d’années environ, soit plus de 100 millions d’années plus tard.

Au cours de leurs analyses, effectuées à l’aide d’un microscope confocal à balayage laser  (ce dispositif, qui utilise un laser comme source lumineuse, permet d’obtenir des images en 3D), les deux paléontologues suisses ont pu mettre au jour six types différent de pollen.

Signalons que pour retracer l’histoire évolutive des plantes à fleurs, les paléontologues ont l’habitude d’étudier non pas les fossiles de fleurs eux-mêmes, dont on imagine bien qu’ils sont très rares, mais les grains de pollen issus de ces plantes à fleurs, dont la fossilisation est bien plus aisée.

Ce résultat a été publié le 1er octobre 2013 dans la revue en accès ouvert Frontiers in Plant Science, sous le titre « Angiosperm-like pollen and Afropollis from the Middle Triassic (Anisian) of the Germanic Basin (Northern Switzerland) »

Hypatia : cette pierre est-elle le premier fragment de comète découvert sur Terre ?

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Un échantillon de verre libyque

Un échantillon de verre libyque

Un petit caillou de couleur noire, découvert dans le désert de Libye en 1996 (Egypte), serait un fragment de comète. C’est en tout cas ce qu’affirment une équipe internationale de scientifique, dans un article à paraître dans l’édition du 15 novembre de la revue Earth and Planetary Science  Letters.

Selon ces chercheurs, cette comète aurait explosé dans le ciel de l’actuelle Égypte il y a 28 millions d’années, chauffant le sable à une température de 2000 °C, et répandant des bouts de verre de silice jaune sur plusieurs kilomètres carrés.

Un résultat très loin d’être anodin. En effet, s’il venait à être validé, alors cette petite pierre, baptisée Hypatia par les auteurs de l’étude, deviendrait ni plus ni moins le premier morceau de comète jamais découvert sur Terre.

Quels sont les éléments qui incitent les auteurs de l’étude à penser que Hypatia, cette petite pierre découverte en Égypte, est un fragment de comète ? Sa composition. En effet, en analysant ce minéral, le géologue sud-africain Jan D. Kramers (Université de Johannesburg, Afrique du Sud) et ses collègues ont découvert des valeurs qui correspondent non pas à celles que l’on retrouve dans les minéraux terrestres, mais dans les… matériaux présolaires (matériaux antérieurs à la formation du soleil). C’est notamment le cas des valeurs concernant les gaz xénon, néon et krypton.

Autre valeur surprenante détectée dans Hypatia : le rapport entre deux isotopes du gaz argon, l’argon 36 et l’argon 40 (le gaz argon est un constituant important de l’atmosphère terrestre). En effet, ce rapport est extrêmement différent de celui habituellement observé, pour les deux mêmes isotopes, dans l’atmosphère terrestre. Un résultat qui suggère que l’argon présent dans Hypatia est le produit d’un mélange d’argon terrestre et d’argon… extraterrestre.

Enfin, le rapport carbone 12-carbone 13 exclut que cette petite pierre soit le produit des conditions de température et de pression exceptionnelles auxquelles cette zone désertique de l’ouest de l’Égypte a été soumise lors de la chute des morceaux de comète.

Ces travaux seront publiés dans l’édition du 15 novembre 2013 de la revue Earth and Planetary Science Letters, sous le titre « Unique chemistry of a diamond-bearing pebble from the Libyan Desert Glass strewnfield, SW Egypt: Evidence for a shocked comet fragment ».