Perçoit-on tous les couleurs de la même façon?

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confettis - Juan Antonio Capò via Flickr - CC BY 2.0

confettis – Juan Antonio Capò via Flickr – CC BY 2.0

Si en regardant un jeton, j’affirme qu’il est bleu roi et une autre personne le voit bleu vert, à quoi est due cette différence de perception ?

La question sera de savoir si c’est notre cerveau qui ne perçoit pas la même couleur, ou si tout simplement nous en parlons différemment. Sachant que nos rétines possèdent toutes les mêmes cellules spécialisées, les cônes, qui réagissent à une couleur (bleu, vert ou rouge), on pourrait croire que c’est à ce niveau que se joue la différence de perception.

Sauf qu’en 2005, en observant les rétines de plusieurs individus grâce à un système de laser, des chercheurs sont parvenus à une conclusion surprenante : le nombre de cônes et leur distribution dans la rétine ont beau varier significativement entre les personnes, leur perception des couleurs est équivalente.

Contre toute attente, les différences de perception interindividuelles ne trouvent donc pas leur origine dans l’œil.

Une question de culture

Selon Nicole Tersis, linguiste au CNRS, “la perception et la dénomination des couleurs ne sont pas universelles, elles diffèrent avec les cultures et les langues… et peuvent évoluer dans le temps. Différents paramètres interviennent dans leur dénomination selon le vécu de chaque groupe social et la symbolique qui s’y rattache. »

Cette relation entre langage et perception est flagrante lorsque la catégorisation des couleurs diffère radicalement de la nôtre. Ainsi, les Himba de Namibie classent dans un groupe les teintes foncées (rouge, vert et bleu), mais consacrent une catégorie entière aux bleu et vert vifs : parmi des figures vert vif, ils savent identifier un vert légèrement différent pour lequel ils disposent d’un mot distinct.

Mais au milieu de figures vertes, parmi lesquelles on en aura glissé une bleue (choisie pour avoir le même nom que le vert dans leur système), les Himba repéreront difficilement l’intrus… On ne sait cependant pas comment le langage détermine ces différences étonnantes au niveau cérébral.

En fait, pour déterminer si malgré des appellations distinctes nous percevons ou non la même couleur, il faudrait s’affranchir de notre subjectivité en nous soumettant une couleur de façon subliminale et comparer nos activités cérébrales. Cette expérience n’étant pas envisageable, seuls les nuanciers de couleurs normalisés permettent de mettre tout le monde d’accord pour désigner une couleur… même si chacun la voit à sa façon.

Au.R.

Le papier recyclé est-il vraiment plus écologique ?

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Recyclage de papier par siftnz via Flickr - CC BY 2.0

Recyclage de papier par siftnz via Flickr – CC BY 2.0

Quelle que soit sa qualité, oui, le papier recyclé a moins d’impact sur l’environnement que le papier classique. Le recyclage consiste en effet à extraire les fibres des vieux papiers et à en éliminer les contaminants (colle, agrafes…). Ses fibres sont ainsi récupérées, et elles pourront être réutilisées plusieurs fois. Ce procédé nécessite moins de bois, d’eau et d’énergie que la fabrication de pâte à papier traditionnelle et permet de valoriser un déchet qui, autrement, serait incinéré.

Pour autant, certains papiers recyclés sont plus écologiques que d’autres. La différence se joue surtout au niveau du taux de fibres recyclées (de 50 à 100 %) et des traitements subis au cours du recyclage. Pour les journaux et magazines, l’encre doit être séparée des fibres, généralement à l’aide
de solutions savonneuses. Or, cette étape peut entraîner un surcoût.

L’USAGE d’oxydants LIMITÉ

Pour obtenir un papier blanc, que le papier soit recyclé ou non, l’usage d’oxydants est nécessaire. Ces produits chimiques vont alors contaminer les eaux. Des normes européennes obligent donc les papetiers à limiter significativement leurs rejets. Même si l’épuration de ces eaux produit alors des déchets qu’il faudra éliminer, le bilan écologique reste en faveur du papier recyclé. La palme revenant au papier 100 % recyclé, non blanchi et non
désencré (beige ou gris).

Bien que de nombreux labels aient été mis en place, il est encore parfois difficile de s’y retrouver. Le premier type de label atteste du taux de fibres récupérées (APUR ou NAPM garantissent un taux de 50 à 100 %). D’autres attestent de la consommation énergétique et des impacts sur l’environnement (La Fleur, l’écolabel européen). Le plus exigeant combine les deux, c’est l’écolabel allemand l’Ange bleu.

S.P.

"Quand le burn-out guette, apprenez à dire non"

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Près de 3,2 millions d’actifs seraient en situation de travail excessif et compulsif, présentant un surengagement pathologique avec un risque élevé de déclencher un burn-out. Ce sont les chiffres éloquents de la dernière étude menée par le cabinet Technologia dédiée aux risques liés au travail. Une autre étude réalisée par les éditeurs de logiciels Roambi et Zebaz montre que 93 % des cadres supérieurs consultent leurs données professionnelles pendant leurs congés. Face à l’ampleur de ce phénomène emblématique de notre époque débordée, comment prévenir l’épuisement professionnel ? Quels sont les signaux d’alerte et que faire pour s’en protéger ? Rencontre avec François Baumann, médecin généraliste, auteur de Burn-out. Quand le travail rend malade et du Guide anti-burn-out, éditions Josette Lyon.

 

À quoi reconnaît-on le burn-out ?

Le burn-out est un état d’épuisement émotionnel qui est l’aboutissement d’un stress intense et souvent chronique. Il est en lien direct avec notre manière de vivre le travail et nos relations avec les autres. On repère plusieurs signes avant-coureurs. Le plus manifeste ? Un état de fatigue persistante qui ne disparaît pas au repos. Les personnes se sentent totalement vidées et connaissent au sein d’une même journée d’importantes fluctuations d’humeur. On décèle aussi des troubles psychosomatiques (maux de dos, troubles digestifs, perturbations du sommeil, vertiges, anxiété…). Des crises de larmes ou de colère, des comportements addictifs et destructeurs peuvent également annoncer un burn-out.

Et sur le lieu de travail, quels en sont les signes tangibles et précurseurs ?

Dans la vie professionnelle, on observe chez ces personnes une importante démotivation, une lassitude psychique et un désenchantement associés à un sentiment d’inutilité. La déception est d’autant plus lourde que les attentes professionnelles sont élevées. Bien souvent, ces personnes s’isolent de leurs collègues et de leurs proches. Elles peuvent également faire preuve de cynisme ou d’humour noir, alors que de telles tendances n’ont rien à voir avec leur comportement habituel. Cet ensemble de signaux doit être pris en compte.

Existe-t-il des personnes plus à risque que d’autres ?

Le burn-out a longtemps concerné les professionnels de l’aide en contact avec un public : médecins, infirmières, avocats, enseignants… mais aujourd’hui, aucune catégorie n’est épargnée. Les caissières de supermarché, les ouvriers et les agriculteurs présentent les mêmes risques que d’autres professions.

Comment prendre de la distance par rapport à son travail ?

Il est capital de s’interroger sur la place et le sens qu’on lui donne. Bien souvent, les personnes confrontées au surmenage présentent une forte quête de reconnaissance, voire d’amour mal placé dans l’univers professionnel. Je leur demande fréquemment : « Que cherchez-vous à montrer en travaillant de cette manière ? » Elles ne savent pas dire non à certaines demandes de leur hiérarchie, ni respecter leurs propres limites. Or face à une promotion qui risque d’entraîner trop de stress et de mettre en péril son équilibre, il est parfois souhaitable d’opposer un refus. Selon moi, le burn-out, c’est une maladie de l’âme en quête de son idéal. Il existe souvent, dans ce cas-là, un fort sentiment de déception par rapport à la vie que l’on mène. Ce mal-être peut conduire à une remise en question et à une profonde transformation de l’existence et de sa manière de l’appréhender. En sortir implique notamment de revoir son idéal et de l’adapter autrement aux exigences de la réalité.

Cela passe aussi par le fait de retrouver un juste équilibre entre vie professionnelle et vie privée…

Quel que soit notre métier, il importe de laisser de la place aux loisirs. Faire du sport, avoir des hobbies sont nécessaires pour éviter un surinvestissement professionnel. Sur le plan physique, veillez à dormir suffisamment, à prévoir des moments de détente après votre journée de travail, à vous investir dans des activités qui vous ressourcent. Sur le plan relationnel, ne vous isolez pas : gardez le contact avec vos collègues, votre famille et vos amis. Enfin, entretenez des relations fondées sur la réciprocité : fuyez les personnalités toxiques ou négatives qui accaparent votre énergie.

Au total, combien d’êtres humains sont nés sur Terre ?

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Foule à un concert à Paris - James Cridland via Flickr, CC BY 2.0

Foule à un concert à Paris – James Cridland via Flickr, CC BY 2.0

Les démographes avancent un chiffre : celui de 80 milliards d’hommes qui, en tout, seraient nés sur notre planète. Toutefois, ce résultat est très approximatif et pourrait varier de 50 à 200 milliards…

Première incertitude : quand faire commencer l’histoire de l’humanité ? Ici, le point de départ est placé 200 000 ans avant Jésus-Christ, au Paléolithique moyen, lors de l’apparition de notre espèce, l’Homo sapiens. On admet que les premières populations humaines comptaient environ 100 000 individus et se reproduisaient avec un taux de natalité d’environ 40 pour 1 000 (le taux moyen des sociétés historiques).

L’importance de la population irait ensuite en augmentant, mais de façon très lente pendant des millénaires. En l’an 1 (naissance conventionnelle de Jésus-Christ), le nombre d’hommes dans le monde aurait ainsi atteint les 250 millions… Ce qui fait qu’en tout, 40 milliards de personnes seraient nées avant cette date.

des recensements fiables

Des estimations grossières, car on ignore l’importance réelle de la population de départ, ainsi que son évolution. Les renseignements sur le nombre d’hommes à la Préhistoire, et même après, ne sont basés que sur de faibles indices et des extrapolations selon des populations vivant dans des conditions similaires. La démographie de certaines régions du monde à ces époques reste quasi inconnue, et les premiers recensements fiables datent du XVIe siècle.

En tout cas, il reste qu’environ 40 milliards de personnes, soit l’autre moitié de l’humanité, ont vu le jour au cours des deux derniers millénaires. Là, la marge d’erreur est moindre. Car la population continue de progresser : on compte 1 milliard d’individus en 1800. Puis, grâce aux progrès de la médecine et de l’hygiène, la croissance s’emballe : 2 milliards en 1927, 4 en 1974, 6 en 1999… jusqu’au dépassement de la barre des 7 milliards de personnes en 2011.

Cela signifie donc que, sur un total de 80 milliards d’hommes nés depuis le Paléolithique, 1 sur 5 a vécu au cours des deux derniers siècles – et près de 1 sur 10 sera encore en vie en 2025 !

C.M.

Pourquoi n’attrape-t-on certains virus qu’une fois ?

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virus avec protéines de surfaceEffectivement, certains virus comme celui des oreillons ne s’attrapent qu’une fois dans la vie, quand la grippe peut, elle, frapper plusieurs années de suite la même personne.

C’est parce qu’il s’agit d’infections provoquées par des virus contre lesquels notre organisme ne se défend pas de la même façon. La rougeole ou les oreillons sont dues à des virus à ADN, auquel un génome très stable donne une apparence constante aux yeux des défenses immunitaires. Que l’un d’entre eux pénètre l’organisme pour la première fois (on parle de primo-infection), et cela déclenche la production d’anticorps et de cellules tueuses.

Du coup, lorsque le virus se présente à nouveau, il est immédiatement reconnu par notre système immunitaire, qui le neutralise avant même l’apparition de symptômes. C’est d’ailleurs sur ce principe que fonctionne la vaccination.

des virus qui s’installent

Dans la grande famille des virus à ADN, on trouve aussi les herpèsvirus qui ont ceci de particulier qu’ils sont capables de subsister dans l’organisme après une primo-infection. Tant qu’ils restent sous le contrôle du système immunitaire, ils ne font pas parler d’eux ; mais si celui-ci vient à faiblir, à cause du stress, de l’âge, d’un diabète ou de la perte des défenses immunitaires (comme dans le cas du sida), ils peuvent “se réveiller”. C’est le fameux « bouton de fièvre » qui survient sans que l’on s’y attende !

Idem pour le virus de la varicelle, même si les symptômes sont différents lors de la primo-infection et de la résurgence. La primo-infection se caractérise par une éruption cutanée et un prurit durant une ou deux semaines. Ensuite, le virus peut rester tapi à proximité des fibres nerveuses.

Plus tard, s’il échappe au contrôle du système immunitaire, il provoque des douleurs nerveuses, comme des brûlures. C’est ce qu’on appelle le zona, qui ne survient que si on a eu la varicelle : le même virus provoquant ici deux maladies différentes.

1) Les virus sont hérissés de protéines qui jouent le rôle de clé d’entrée dans notre organisme. Elles laissent une ”empreinte” que le système immunitaire identifie, empêchant le virus de se réinstaller. 2) Mais ces protéines de surface peuvent changer d’apparence d’une infection à l’autre chez les virus à ARN, dont le génome est instable. Le système immunitaire ne peut donc plus les identifier. / Infographie : S&V

1) Les virus sont hérissés de protéines qui jouent le rôle de clé d’entrée dans notre organisme. Elles laissent une ”empreinte” que le système immunitaire identifie, empêchant le virus de se réinstaller.
2) Mais ces protéines de surface peuvent changer d’apparence d’une infection à l’autre chez les virus à ARN, dont le génome est instable. Le système immunitaire ne peut donc plus les identifier. / Infographie : S&V

Enfin, il y a la famille des virus à ARN. Ceux-là ont un génome très instable, de sorte que leur apparence varie beaucoup : leurs molécules de surface, que notre système immunitaire utilise pour les détecter et les combattre, évoluent sans cesse. D’une infection à l’autre, le virus change d’apparence, échappant ainsi à nos défenses immunitaires. C’est le cas du virus de la grippe. Et c’est ce qui explique qu’il faille se faire vacciner chaque année pour se protéger du nouveau variant.

E.G.

Le savon peut-il provoquer la résistance des bactéries ?

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Mélangé à l'eau, le savon lui permet de dissoudre les graisses, dont est composée la paroi des cellules bactériennes. / Ph. Photonoumi via Flickr, CC BY 2.0

Mélangé à l’eau, le savon lui permet de dissoudre les graisses, dont est composée la paroi des cellules bactériennes. / Ph. Photonoumi via Flickr, CC BY 2.0

Comme les antiseptiques et les antibiotiques, le savon peut-il engendrer une résistance chez les bactéries ? La réponse est non, car il s’agit d’un détergent et pas d’un désinfectant.

En effet, le savon ne s’attaque pas directement aux bactéries, mais il se contente de les décoller de la surface sur laquelle elles se sont fixées par une action purement mécanique. Voici comment : ses molécules sont capables d’émulsionner à la fois les corps aqueux et les corps gras. De fait, l’eau seule ne peut nettoyer le gras, et donc les bactéries, puisque leur paroi est essentiellement composée de lipides.

Le savon permet ainsi à l’eau et aux molécules lipidiques de se mélanger. Et ce mélange est ensuite éliminé par l’eau de rinçage. On le voit, cette action détergente ne tue pas les bactéries, et ne les empêche pas non plus de revenir.

Indispensable pour un bon nettoyage

Il n’empêche, les experts soulignent qu’utiliser un  détergent avant un antibactérien est indispensable : “On ne peut désinfecter que ce qui est déjà propre, affirme Jean-Yves Dusseau, expert en biologie médicale au centre hospitalier d’Annemasse. L’élimination des souillures par un détergent permet ensuite à l’antiseptique de donner toute sa ‘mesure’ antimicrobienne.”

Mais à la différence des détergents, les antiseptiques et les antibiotiques qui visent à détruire les bactéries en les intoxiquant peuvent, eux, engendrer des résistances. En effet, les quelques individus qui échappent aux effets du produit vont alors pouvoir se multiplier librement.

C’est pourquoi l’usage, à la place du savon, de lingettes, déodorants et autres produits ménagers véritablement antibactériens inquiète les scientifiques. La résistance que peuvent manifester et développer les bactéries à ces produits leur confère effectivement en même temps une résistance aux antibiotiques utilisés en médecine, ce qu’on appelle une résistance croisée.

C.H.