À Marseille, une maison pour prendre soin les uns des autres

Standard


« Qui a envie de lire le discours ? » lance à la cantonade Jeane Dufour, responsable de la Maison des familles les Buissonnets, à Marseille (Bouches-du-Rhône). Devant elle, une douzaine de visages attentifs, hésitants. Zaya et Dalila, deux jeunes mères habituées de l’endroit, finissent par lever la main avec enthousiasme. Le petit comité réuni en ce début d’après-midi prépare la fête de la réussite, pour célébrer « toutes les victoires qui ont demandé des efforts, de la persévérance pour les familles cette année », annonce la directrice de 36 ans.


Située en plein cœur des quartiers nord de Marseille, cette Maison des familles accueille de façon libre, anonyme et gratuite les parents des environs, qui s’y rendent avec ou sans leurs enfants. La seule condition pour y entrer est peinte en lettres colorées au seuil de la Maison : « Ici on prend soin les uns des autres….

Un juif et un musulman auprès d’autistes 

Standard


Comme à son habitude, Daoud Tatou veille au grain. Au cœur d’un après-midi d’automne pluvieux, le travailleur social rassemble un groupe de jeunes autistes qui viennent de passer quelques heures à la patinoire de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Il a une caresse ou un mot tendre pour chacun. « Ça va, beau gosse ? Allez, le bus t’attend ! » La séance de patinage a été un peu spéciale : les jeunes ont joué, exécuté quelques figures. Certains sont tombés, aussi. Mais tout cela, ils l’ont vécu devant la caméra d’Olivier Nakache et Éric Toledano. Les réalisateurs d’Intouchables et du Sens de la fête sont en plein tournage de leur prochain long métrage, dont l’histoire est inspirée par la longue amitié entre Daoud Tatou et Stéphane Benhamou, tous deux dirigeants d’associations de prise en charge de jeunes autistes. Le premier, musulman pratiquant, sera interprété sur grand écran par Reda Kateb ; le second, juif orthodoxe, par Vincent Cassel. Deux géants du…

De belles histoires pour enchanter petits et grands

Standard


Un peu de lecture pour rêver un peu ! Chez La Martinière figurent quelques pépites, tel l’album Merci, Miyuki ! Délicatement embelli par Seng Soun Ratanavanh, le texte poétique de Roxane Marie Galliez apprend au jeune lecteur agité à ouvrir ses sens et à s’apaiser. Autre coup de coeur pour la Princesse au don perdu, aux illustrations de Xavière Devos mêlant peinture et collages. Pour trouver son talent, à l’instar de ses soeurs, Iris entame une jolie quête…


Nouveau label du groupe, Saltimbanque publie Norig et l’or de l’île, magistralement illustré par Sophie Lebot. Sur un coin de terre battu par les vents,…

Un juif et un musulman auprès d’autistes 

Standard


Comme à son habitude, Daoud Tatou veille au grain. Au cœur d’un après-midi d’automne pluvieux, le travailleur social rassemble un groupe de jeunes autistes qui viennent de passer quelques heures à la patinoire de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Il a une caresse ou un mot tendre pour chacun. « Ça va, beau gosse ? Allez, le bus t’attend ! » La séance de patinage a été un peu spéciale : les jeunes ont joué, exécuté quelques figures. Certains sont tombés, aussi. Mais tout cela, ils l’ont vécu devant la caméra d’Olivier Nakache et Éric Toledano. Les réalisateurs d’Intouchables et du Sens de la fête sont en plein tournage de leur prochain long métrage, dont l’histoire est inspirée par la longue amitié entre Daoud Tatou et Stéphane Benhamou, tous deux dirigeants d’associations de prise en charge de jeunes autistes. Le premier, musulman pratiquant, sera interprété sur grand écran par Reda Kateb ; le second, juif orthodoxe, par Vincent Cassel. Deux géants du…

La laïcité expliquée aux enfants, un casse-tête à dépasser

Standard


Chaque jour, une trentaine de cas d’atteinte à la laïcité remontent à l’adresse de saisine mise en place par le ministère de l’Éducation nationale en avril. Tenue vestimentaire, menu à la cantine, refus de bonbons à base de gélatine de porc ou de s’asseoir à côté d’un élève « impur » car il ne mange pas halal, certificats de complaisance qui dispensent de piscine les filles, contestation sur l’origine de la création du monde… Fait nouveau : les incidents commencent dès le primaire. D’après le sondage Ifop commandé par le Comité national d’action laïque (Cnal), en juin 2018, « un enseignant sur dix constate ce type de remises en cause d’ordre religieux, souvent dans un but de provocation et de perturbation des cours. Dans 97 % des cas, la situation est réglée par le dialogue » . En effet, entre avril et juin, sur 1 000 remontées, seuls 60 cas avaient justifié un déplacement de l’équipe laïcité de l’académie. 

Violents malgré eux, ou comment l’émeute se propage

Standard


Un marin-pêcheur de 23 ans, un boucher de 47 ans, un ouvrier en métallurgie de 30 ans… Tous ont des casiers judiciaires vierges, pas de réputation de bagarreur. Et pourtant, samedi 1er décembre, ils étaient en première ligne face aux CRS. Et ils n’étaient pas les seuls : la police a procédé à 412 interpellations, débouchant sur 378 gardes à vue. Comment ces manifestants qui, pour la plupart, n’avaient pas le profil de casseurs, ont-ils pu se laisser aller à des actes de violence ?


Gilets jaunes : Jusqu’où ? 


Et si cette violence se propageait comme une maladie contagieuse ? C’est en tout cas, depuis quelques années, l’intuition des chercheurs en sciences sociales. À l’origine de ce constat étonnant, les travaux de l’épidémiologiste états-unien Gary Slutskin. Après avoir passé une dizaine d’années à tenter de circonscrire les épidémies de sida, de tuberculose et de choléra en Asie et en Afrique, il tombe un jour sur la carte des homicides à Chicago et n’en croit pas ses yeux : elle présentait de -surprenantes similitudes avec celle de la propagation d’épidémies comme le choléra au Bangladesh. Avec toujours, au départ, une contamination, un premier acte de violence, puis une transmission. Des dizaines d’études lui donnent raison.


Comme des cerveaux qui se connectent


La violence se propage dans l’espace : elle se répand comme une tache d’huile dans un quartier. Elle se diffuse d’ami en ami, de relation en relation. Les pays ayant déjà connu un conflit présentent aussi un taux de criminalité plus élevé. Elle passe également de génération en génération : on sait qu’un enfant ayant été le témoin de violences familiales a plus de risques de les reproduire qu’un autre. Toutes sortes de violences sont concernées. Ainsi, le suicide d’une personnalité médiatique entraîne un pic de suicides dans les jours qui suivent. Les chiffres sont tellement flagrants qu’en 2013 l’Académie nationale de médecine des États-Unis s’est penchée sur la question lors d’un atelier intitulé « La contagion de la violence », rassemblant des spécialistes venus du monde entier.


Que se passe-t-il exactement ? Pour comprendre, il faut s’aventurer du côté des neurosciences. L’une des avancées scientifiques majeures de ces dernières années nous donne une clé : la découverte, en 1996, des neurones miroirs. C’est-à-dire des neurones qui s’activent non seulement quand nous menons une action orientée vers un but, mais aussi quand nous regardons quelqu’un accomplir la même action. Il suffit ainsi que l’on observe son voisin en train d’effectuer une série de gestes simples – remplir un verre d’eau, le porter à ses lèvres, boire – pour que dans notre cerveau s’allument des zones identiques à celles du cerveau de celui qui effectue l’action. Même chose pour ce qui est des émotions, comme l’angoisse ou la peur. Tout se passe comme si les cerveaux étaient connectés entre eux. Seule la conscience de notre propre corps nous convainc que nous ne sommes pas nous-même en train de vivre ce que l’autre vit. Cette découverte montre notre prodigieuse capacité d’empathie. Pour le meilleur : nous sommes capables de compassion et nous apprenons vite grâce à l’imitation. Et pour le pire : le simple fait d’observer des actes de violence nous rend plus enclin à les perpétrer. D’où la grande responsabilité des médias et des réseaux sociaux qui diffusent ces images.


Des mécanismes perturbés par le stress


Heureusement, il existe des mécanismes de contrôle des neurones miroirs dans le cerveau : plusieurs zones du cortex préfrontal se mettent en branle pour réguler cette propension à l’imitation et nous permettre de raisonner par nous-mêmes, d’avoir un libre arbitre. Mais ces mécanismes ne fonctionnent pas – ou en tout cas, moins bien – dans les situations de stress, comme lors des manifestations de ces dernières semaines. Lorsque le cerveau craint pour sa survie, il se met en position de flight or fight (« la fuite ou le combat »). C’est alors le système limbique, la zone la plus enfouie dans notre boîte crânienne, liée à nos pulsions, qui prend le pouvoir. Non seulement nous laissons davantage libre cours à notre agressivité, mais nous avons aussi tendance à imiter les comportements des autres. 


Résultat : nous faisons parfois presque littéralement corps avec eux. C’est ce phénomène étonnant qui est à l’origine de manifestations extrêmes comme la « justice de foule », lorsqu’un groupe compact se met à lyncher une victime désignée. « Ces processus neurologiques donnent naissance à un véritable “état corporel partagé” qui agrège les esprits des auteurs du crime et les encourage même à lyncher », explique la neuro-scientifique Sumaiya Shaikh dans un article publié en 2017 sur le site The Wire. Le groupe déresponsabilise les individus, les poussant à être de plus en plus agressifs. Et c’est ainsi que des personnes apparemment pacifiques se retrouvent dans la peau de dangereux casseurs. La violence s’inscrit dans les esprits et… nous nous y habituons.


Des méthodes pour endiguer la contagion


Comment peut-on mettre fin à ce cycle infernal ? Bien avant la découverte des neurones miroirs, le célèbre anthropologue français René Girard avait théorisé que c’était notre propension à l’imitation qui était à l’origine de la violence. Comme nous désirons ce que l’autre désire, très vite la concurrence et la rivalité s’installent et peuvent déboucher sur le conflit. Mais pour l’auteur de la Violence et le Sacré, les sociétés ont toujours évité l’autodestruction grâce à un procédé : la désignation d’un bouc émissaire dont le sacrifice permettrait le transfert des tensions de « tous contre tous » à « tous contre un ». Le sacrifice du bouc émissaire permet donc à la fois de libérer l’agressivité collective et de ressouder la communauté autour de la paix retrouvée.


Mais il existe sans doute d’autres moyens, beaucoup plus paisibles… Puisque la violence est aussi contagieuse qu’une maladie infectieuse, Gary Slutskin suggère de la traiter comme telle ! Comment ? en reprenant la méthode utilisée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Celle-ci se mène en trois temps. D’abord, interrompre la transmission : cela veut dire trouver la personne à l’origine de la contamination et dépêcher auprès d’elle des spécialistes afin d’éviter toute nouvelle contamination. Dans le cas de la violence, cela veut dire s’adresser directement aux personnes qui s’apprêtent à passer à l’action. Ensuite, prévenir toute nouvelle contamination en s’occupant de ceux qui sont concernés à un moindre degré. Et, enfin, changer les façons de faire du groupe : cela peut inclure des activités communautaires, la réduction des disparités économiques ou sociales, des programmes d’éducation, etc. Pour mettre en place cette méthode, Gary Slutskin a fondé une association, Cure Violence (« soigner la violence »), dont le premier projet s’est concentré sur le quartier le plus « chaud » de Chicago. Des membres de gangs repentis ont été formés aux techniques de médiation dans les conflits et dépêchés sur le terrain pour éviter les passages à l’acte. Et ça fonctionne : la ville a enregistré une baisse de 40 à 70 % des actes violents. Une révolution dans la prise en charge de la violence qui passe par le refus du tout répressif, la remise en question et le dialogue. De quoi inspirer, peut-être, le gouvernement…

Offrir du sens et de la beauté

Standard


Dans les pas des pèlerins


De plaines en sanctuaires, en compagnie de jeunes, de solitaires, de malades, priant dans la pénombre d’une église ou pris dans la ferveur d’une procession, Gaële de La Brosse a parcouru les chemins des pèlerinages de France. Son ouvrage est illustré avec intensité par Loïc Mazalrey. La photographe Céline Anaya Gautier, elle, a dévoré les kilomètres depuis le Gers jusqu’à Compostelle avec Santiago, son fils de 7 ans ! Enfin, la collection Bouquins présente des témoignages de pèlerins de Compostelle depuis… le Xe siècle. Des récits venus de toute l’Europe. En route ! 


L’Esprit des pèlerinages, de Gaële de La Brosse et Loïc Mazalrey, Gründ, 29,95 EUR. Dis maman, c’est encore loin Compostelle ?, de Céline Anaya Gautier, le Passeur, 9,90 EUR. Le Voyage à Compostelle, du Xe au XXe siècle, Robert Laffont, 33 EUR.


Ineffables jardins


« Dieu lui-même est un jardin. » La citation de saint Jean de la Croix jaillit, seule, au beau milieu d’une pleine page. En face, l’oeuvre Fleurs de Pâques, d’Ernest Quost, semble s’y refléter comme dans un miroir. Un peu plus loin, c’est à une plongée dans les jardins persans d’Égypte, d’Andalousie, d’Iran ou d’Inde que le lecteur – et contemplateur – est invité. Illustré de photos et de reproductions de peintures, de fresques, de sculptures et de céramiques ; émaillé de textes – dont des citations des plus grands sages à propos de ces terres sacrées -, les Jardins spirituels est une célébration de la nature, une apologie du Vivant, de l’Antiquité à nos jours, de l’Orient à l’Occident, du christianisme à l’islam, du zen au shintoïsme. 


Les Jardins spirituels, d’Anne Ducrocq, Gründ/Presses de la Renaissance, 29,95 EUR.


L’Histoire en marche


Quelle belle idée : regrouper dans ce manuel (aussi pédagogique que plaisant) une centaine de balades à pied sur les traces de l’Histoire de France. Du chemin Vercingétorix au sentier Charles-Péguy, de la boucle Richard-Coeur-de-Lion à la route de Combray ou au plateau des Glières, il y en a pour tous les goûts, toutes les époques, tous les mollets… 


L’Histoire de France en 99 marches, de Jean-Louis Bachelet, Arthaud, 22,50 EUR.


L’art des anges


Depuis qu’il est enfant, sa fascination pour les anges n’a cessé de s’affirmer. Michael Lonsdale nous redit, via une sélection de 60 oeuvres d’art qu’il commente, combien il croit en leur présence dans nos vies. Peut-être « parce qu’ils nous décentrent de nous-mêmes, nous font voir l’Univers tellement plus grand que nous, celui que nous appréhendons à notre échelle d’hommes et de femmes » ? Un livre beau, tout simplement. 


Sur les ailes de la beauté, de Michael Lonsdale, Philippe Rey, 29 EUR.


Plus près du ciel


De la basilique Saint-Pierre de Rome à l’église de São Francisco, au Portugal, en passant par l’église de Binarowa, en Pologne, ou par l’atypique église de Borgund, en Norvège, le journaliste Jacques Bosser, épaulé par le photographe Guillaume de Laubier, nous immerge dans un bouillon historique, culturel et religieux. À l’instar des cathédrales, les mosquées célèbrent la spiritualité, conjuguant la foi avec les connaissances techniques les plus sophistiquées. Cet autre ouvrage parcourt 60 sites d’exception, d’Arabie en Turquie, d’Espagne en Iran. Il décode les formes, matières, couleurs et savoir-faire qui, depuis les origines de l’islam, au VIIe siècle, jusqu’à nos jours, habitent ses sanctuaires. 


Les Plus Belles Églises d’Europe, de Jacques Bosser et Guillaume de Laubier, La Martinière, 45 EUR. Mosquées, splendeurs de l’Islam, de Leyla Uluhanli, Citadelles & Mazenod, 79 EUR.


Des hommes et Dieu


Bénédictins, carmélites, cisterciens, clarisses… Bruno Rotival a photographié la vie monastique 40 ans durant. Dans cet ouvrage, il a proposé à de grands écrivains et poètes, comme Gilles Baudry, Colette Nys-Mazure ou Gabriel Ringlet, de plonger dans quelques-unes de ses images en noir et blanc pour en tirer une méditation. De ce dialogue spirituel entre textes et photographies émanent lumière et émerveillement face à ces hommes et à ces femmes aux aspirations radicales.


Silence et partage, de Bruno Rotival, Médiaspaul, 35 EUR.


Les grands d’Augustin


Écrasante mais incontournable, l’oeuvre de saint Augustin se caractérise aussi par son éparpillement… et la difficulté d’accéder à certains ouvrages. « Péché » d’édition que ce volumineux coffret nous fait – et ce n’est que justice – la grâce de corriger en rassemblant ses principaux livres et traités (à l’exception de sermons et textes polémiques). Si l’on ose dire : un monde d’intériorité à redécouvrir. 


Saint Augustin. OEuvres philosophiques complètes, deux tomes, coffret relié les Belles Lettres, 85 EUR.


Maître de la couleur


Voici la réédition du livre culte (déjà par deux fois épuisé) du grand photographe belge Harry Gruyaert, membre de l’agence Magnum, qui arpente depuis plus de 30 ans les bords de mer du monde entier, contemple les plages sous de vastes ciels d’Orient ou d’Occident. Le maître traque les ombres avec passion. Il sait en faire surgir une lumière subtilement poétique. Chaque vue est un tableau. 


Rivages, de Harry Gruyaert, Textuel, 49 EUR.


Soleil levant


Pour finir en beauté l’année du patrimoine japonais mis à l’honneur en France, deux bijoux : l’un nous offre les dessins drôles et satiriques du peintre Kyôsai (1831-1889), considéré comme le successeur d’Hokusai, et qui observa avec insolence la fin de l’ère Meiji. Enfants et animaux, dieux et démons dansent sous son pinceau. Le merveilleux petit album des éditions Hazan, lui, nous fait explorer les saisons à travers les estampes des plus grands artistes nippons. Une élégante invitation à la contemplation. 


L’Album de Kyôsai, éditions Philippe Picquier, 39 EUR. Les Saisons par les grands maîtres de l’estampe japonaise, Hazan, 19,95 EUR.


Pique au coeur


La romancière Sylvie Germain s’est retrouvée pendant deux mois en résidence à Marseille, à la Friche la Belle de mai. Tombée sous le charme singulier et baroque de la ville, elle a repris à son compte le mythologique tarot, pour poursuivre la rêverie poétique des surréalistes à travers l’espace urbain et le temps, jusqu’à l’éternité. Son compagnon, le photographe Tadeusz Kluba, a vagabondé en sa compagnie, du Panier aux quartiers Nord. Un double regard original. 


L’Esprit de Marseille, de Sylvie Germain, photographies de Tadeusz Kluba, Albin Michel, 29 EUR.


Habits pluriels


De 1300 aux années 2000, voici une passionnante traversée historique, sociologique et esthétique, qui raconte la vie à travers les tissus qui vêtirent autant les élites que le peuple, les femmes que les hommes et les enfants. Du Moyen Âge à nos jours, elle explore la mode bourgeoise et celle des rues, les extravagances des podiums ou les usages des faubourgs. Captivant. 


Histoire des modes et du vêtement, sous la direction de Denis Bruna et Chloé Demey, Textuel, 55 EUR.


Nostalgie seventies


Pièce après pièce de la maison, Gérard Bonaldi nous fait revisiter avec drôlerie les années 1970. Ressurgissent le mange-disque, le Polaroid, les fauteuils recouverts de poils synthétiques, les figurines de Goldorak et Casimir, la collection de plastiques orange, les barils de lessive et même les bigoudis chauffants ! Toutes les modes n’ont pas pris… on comprend pourquoi ! 


Dis, Jérôme… C’était comment les années 1970 ?, de Jérôme Bonaldi et Francis Elzingre, Gründ, 29,95 EUR.


Vertige poétique


Alors qu’on célèbre le centenaire de la mort d’Apollinaire, l’ouvrage de Marion Augustin présente la vie et l’oeuvre du grand poète, accompagné d’une iconographie splendide où l’on retrouve les peintres de l’époque, cubistes notamment. Le livre de Peter Read, lui aussi richement illustré, puise dans les manuscrits enfin reproduits de la BNF et donne à suivre le travail passionnant d’écriture des plus célèbres vers d’Alcools. Des poèmes qu’on retrouvera aussi dans un splendide coffret, aquarellé par Louis Marcoussis. 


Dans les pas de Guillaume Apollinaire, de Marion Augustin, Gründ, 29,95 EUR. Apollinaire. Lettres, calligrammes, manuscrits, de Peter Read, Textuel, 55 EUR. Alcools, aquarellé par Louis Marcoussis, coédition Gallimard BNF, 35 EUR.


Madame, par un grand Monsieur


Au fil du célèbre texte de Madame de Lafayette, les aquarelles, encres, dessins et collages de Christian Lacroix disent l’allure et l’humeur du règne d’Henri II. Avec malice, le trait saisissant du couturier instille échos et références littéraires et picturales. On croisera ici un gentilhomme barbu semblant sorti d’un tableau de Velázquez, là des femmes mystérieuses et exubérantes. L’univers chatoyant et raffiné que déploie Christian Lacroix dans ce récit fondateur du roman moderne célèbre l’amour dans sa plus inventive élégance. 


La Princesse de Clèves, de Madame de Lafayette, illustré par Christian Lacroix, Gallimard, 42 EUR.


Douce résistance


À vos amis sous pression, à vos enfants turbulents, offrez cette lecture apaisante. La plume est tendre, sensible, les références, choisies. Maternelle, spirituelle, la douceur se révèle une vertu précieuse pour nourrir des rapports humains plus accueillants. « C’est parce que la vie est dure, écrit le philosophe Charles Pépin en introduction, que la douceur est nécessaire. » L’auteure puise dans ses rencontres de personnalités, dans l’art, dans l’histoire des religions et dans son expérience de maman pour tracer ce chemin de douce résistance. 


Éloge de la douceur, d’Aurélie Godefroy, Éditions de l’Observatoire,16 EUR.


Alliance intergénérationnelle


Mettre en lumière le rôle de nos « sages », grands-parents et personnes âgées du monde entier, voilà l’intention de ce livre, richement illustré, souhaité par le pape François. Celui-ci y contribue en livrant son regard de « grand-père ». Ces 31 récits d’expériences de foi, de persévérance, de résistance de l’être humain et d’amour inspireront les nouvelles générations. Partager la sagesse du temps. Pape François et ses amis, les Éditions jésuites, 25 EUR.Sacro-sainte écologie Yann Arthus-Bertrand, le célèbre photographe, le dit dans la préface : il n’est pas croyant mais il a été touché par « la démarche prophétique » de l’encyclique sur l’écologie du pape. Plus de trois ans après sa publication, Laudato si’ n’a rien perdu de sa force, au contraire. En outre, les images d’une nature préservée viennent conforter l’appel à la conversion à la fois spirituelle et de nos modes de vie lancée par le pape. Avant qu’il soit trop tard.


Laudato si’, pape François, avec les images de Yann Arthus-Bertrand, Première Partie, 25 EUR.


À tire d’ailes


Illustré par des dessins naturalistes tous plus beaux les uns que les autres, cet ouvrage de 575 pages fera date dans l’histoire de l’ornithologie. À l’heure où une étude conjointe du CNRS et du Muséum national d’histoire naturelle met en évidence que 30 % des oiseaux des champs ont disparu, les deux auteurs italiens nous apportent une connaissance aussi scientifique qu’admirative du comportement de plus de 340 espèces : des vautours aux fauvettes en passant par le martin-pêcheur. Du très grand art au service de la biodiversité. 


Le Comportements des oiseaux d’Europe, d’Armando Gariboldi et Andrea Ambrogio, la Salamandre, 49 EUR.


De la gouaille


Dans cet élégant roman graphique aquarellé, la chanteuse Fréhel, figure de l’entre-deux-guerres, prend vie à partir des souvenirs de son existence tumultueuse. Le Paris du début du XXe siècle est ressuscité grâce à l’emploi d’un argot truculent qui bondit de page en page, redonnant un peu de légèreté à cette histoire aussi mélancolique qu’attachante. 


Fréhel, de Johann G. Louis, Nada Éditions, 29,90 EUR.


Aventure féerique


On ouvre ce livre comme un objet magique dans lequel on plongerait tête la première, pour se retrouver au coeur d’une tapisserie transformée en film d’animation. Les yeux écarquillés, le lecteur découvre un Moyen Âge aux couleurs chaudes, dans lequel couve une révolution politique égalitaire, attisée par une vieille légende utopiste. La détermination de son héroïne renforce l’intérêt de cette aventure féerique étourdissante. 


L’Âge d’or, de Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil, volume 1, Dupuis, 32 EUR.


Du noir profond


Un décor qui n’est pas là pour faire carte postale mais donne naissance à l’intrigue : la Guyane et sa moiteur étouffante, les traditions des Amérindiens en perdition, les tensions sociales. Des personnages profonds et une écriture capable de passer en une virgule d’un naturalisme délicat à l’énergie trépidante du polar. Bref, des ingrédients maîtrisés à la perfection, pour un des meilleurs romans policiers de cette fin d’année. 


Sur le ciel effondré, de Colin Niel, Rouergue noir, 23 EUR.


Tout Jean d’O


On ouvre avec émotion le récit auquel l’écrivain a mis le point final à la veille de sa mort : un texte épuré et dense, métaphysique, sur notre présence éphémère et merveilleuse ici-bas. On retrouvera l’oeuvre de l’Académicien à la Pléiade, et son parcours raconté par la journaliste de L’Obs à qui il s’était confié ces dernières années. 


Un Hosanna sans fin, de Jean d’Ormesson, éditions Héloïse d’Ormesson, 14 EUR. Jean d’Ormesson. OEuvres, vol. 2, la Pléiade, Gallimard, 59,50 EUR. Le Dernier Roi-Soleil, de Sophie des Déserts, Fayard, 20 EUR.


À l’écoute


Des souvenirs d’enfance en moisson délicate : Timothée de Fombelle, le romancier préféré des ados (et de ceux qui le sont restés), confie à notre oreille son dernier récit. 


Neverland, de Timothée de Fombelle, lu par l’auteur, 1 CD MP3, Gallimard, 16,90 EUR.


Grand Prince 


Illustrés en couleur de dessins et manuscrits, les textes de Saint-Ex continueront de ravir ceux qui gardent bien au chaud leur âme d’enfant. 


Du vent, du sable, des étoiles. OEuvres, d’Antoine de Saint-Exupéry, Gallimard, 32 EUR.


Bébel


Désinvolte, crâneur, Jean-Paul Belmondo est, en 1960, Michel Poiccard, le voyou d’ À bout de souffle.  Ce n’est pas son baptême de cinéma mais, avec Jean-Luc Godard derrière la caméra, le premier grand rôle d’une carrière qui, entre polar et comédie, le place parmi les acteurs favoris des Français. Les spectateurs chérissent le comédien et l’homme.  « Sa simplicité est émouvante, sa sincérité flagrante, sa sympathie évidente »,  écrit Sophie Delassein, auteure de cette biographie. Six DVD  (À bout de souffle, le Doulos, Un singe en hiver, Cent Mille Dollars au soleil, l’Homme de Rio, le Magnifique)  permettent de mettre des images sur les mots. L’histoire n’est pas terminée : Claude Lelouch a annoncé une suite à  Itinéraire d’un enfant gâté.  Pour Nöel 2019 ? 


Jean-Paul Belmondo, le magnifique,  de Sophie Delassein, coffret-livre GM éditions, 59 EUR.


Passion


Huit films majeurs de Bergman, de 1949 à 1981, dont  les Communiants, le Silence, Cris et Chuchotements.  Huit films où il se raconte en creux, marqués par une quête de la vérité qui passe moins par le vrai que par ce mensonge qu’est l’art des comédiens. Et si la recherche de la vérité se fait parfois recherche de Dieu, le cinéaste laisse le spectateur face à un point d’interrogation. 


Les Passions de Bergman,  coffretStudio Canal, 50 EUR.


Palme d’or


Tout Ceylan, de  Koza,  son premier court métrage, au sublime  Poirier sauvage,  présenté à Cannes ; de la mélancolie sublimée par la beauté plastique et un ton élégiaque. Le cinéaste, Palme d’or pour  Winter Sleep,  fait de chacun de ses films une intense expérience humaine et sensorielle, à la fois ancrée dans un territoire, la Turquie, et universelle. 


Nuri Bilge Ceylan,  coffret DVD et blu-ray Memento films, 70 EUR.


Fraternité


Cédric Kahn conjugue lyrisme des paysages et dépouillement de la mise en scène pour raconter l’itinéraire de Thomas (Anthony Barjon, Ours d’argent à Berlin), 22 ans, drogué, qui rejoint une communauté dans les Alpes. Une histoire de foi et de fraternité. 


La Prière, de Cédric Kahn, le Pacte, 20 EUR.


Voix d’or


La voix chaleureuse, le regard empathique, Jacques Chancel avait l’art et la manière d’interroger ses interlocuteurs. Pendant près de 20 ans, il a reçu dans son émission, diffusée sur France Inter, artistes, écrivains, intellectuels, politiques. Isabelle Adjani, Claude Lévi-Strauss, Dalida, Robert Badinter… tous se sont livrés. Ce recueil, accompagné d’un CD, propose une sélection de ces entretiens. Résultat : 350 pages délicieuses, 11 heures d’écoute passionnante. 


Radioscopie, Jacques Chancel, livre-CD,Éditions du sous-sol, 49 EUR.


Western


Le cinéma populaire peut rimer avec création, comme l’a prouvé Sergio Leone qui n’a cessé de puiser dans l’héritage du septième art pour le remodeler. Démonstration avec des textes du cinéaste, des essais critiques et des témoignages de collaborateurs. 


La Révolution Sergio Leone, sous la direction de Gian Luca Farinelli et Christopher Frayling, la Table ronde, 26,50 EUR.

Préparer l’Avent jour après jour avec les enfants

Standard


Samedi 1er décembre Le calendrier de l’Avent démarre le 1er décembre. Mais l’Avent commence le quatrième dimanche avant Noël. Du latin adventus (« arrivée »), il est une période d’attente et de préparation à la venue du Christ. 


Dimanche 2 Tu allumes la première bougie de ta couronne de l’Avent, qui en compte quatre. Dimanche prochain, tu en allumeras deux, le troisième, trois, et le quatrième, quatre. Autant de jalons sur ton chemin vers la naissance de Jésus. 


Mardi 4 Aujourd’hui, on fête sainte Barbe, la patronne des artilleurs, des artificiers, des mineurs et des carriers ! Va découvrir l’histoire de cette martyre sur Internet. Tu peux aussi déposer des lentilles sur un coton mouillé, selon la tradition provençale. Par leur germination, elles évoqueront la venue du Messie. 


Jeudi 6 Jour de la fête de saint Nicolas. La légende raconte que cet évêque qui a vécu en Turquie au IIIe siècle a ressuscité des enfants tués par un boucher. Il s’est ainsi forgé la réputation de protecteur des enfants. Tu peux apporter des friandises aux enfants tout autour de toi. 


Samedi 8 En la fête de l’Immaculée Conception de Marie, tu peux déposer dans la nuit une bougie sur le rebord de ta fenêtre, comme à Lyon. 


Lundi 10 Sais-tu que, chaque semaine de l’Avent, le prêtre de ta paroisse peut célébrer une messe « rorate » ? Cette liturgie aux bougies, qui se déroule juste avant l’aurore, tire son nom latin d’un verset d’Isaïe (45, 8) : « Cieux, faites venir le Juste comme une rosée. »


Jeudi 13 À la sainte Lucie, pourquoi ne pas préparer, comme en Scandinavie, une brioche au safran, jaune comme la lumière ? Tu trouveras la recette sur Internet


Lundi 17 Une semaine avant Noël, il est temps d’intensifier notre prière. Autrefois, on célébrait les vêpres avec leurs célèbres Grandes Ô, antiennes du cantique de Marie ou du Magnificat (Luc 1, 45-55) qui invoquent le Seigneur sous des noms bibliques. Pourquoi ne pas reprendre leur conclusion : « Viens Seigneur, viens nous sauver » ? Tu peux aussi prier l’angélus, à midi, qui aide à méditer le mystère de l’Incarnation. 


Lundi 24 Dès le soir, trois messes sont proposées. La messe de la nuit, celle de l’aurore et celle du jour, le 25 décembre au matin, évoquent chacune une naissance du Christ : engendrement par le Père, nativité à Bethléem, naissance en nos âmes. 


Mardi 25 Jour de Noël. N’oublie pas de placer l’Enfant-Jésus dans la crèche ! La tradition dit même qu’il faut le déposer la veille à minuit. Tu pourras le contempler jusqu’à la Chandeleur, où tu rangeras la crèche en attendant l’année prochaine.

Violents malgré eux, ou comment l’émeute se propage

Standard


Un marin-pêcheur de 23 ans, un boucher de 47 ans, un ouvrier en métallurgie de 30 ans… Tous ont des casiers judiciaires vierges, pas de réputation de bagarreur. Et pourtant, samedi 1er décembre, ils étaient en première ligne face aux CRS. Et ils n’étaient pas les seuls : la police a procédé à 412 interpellations, débouchant sur 378 gardes à vue. Comment ces manifestants qui, pour la plupart, n’avaient pas le profil de casseurs, ont-ils pu se laisser aller à des actes de violence ?


Gilets jaunes : Jusqu’où ? 


Et si cette violence se propageait comme une maladie contagieuse ? C’est en tout cas, depuis quelques années, l’intuition des chercheurs en sciences sociales. À l’origine de ce constat étonnant, les travaux de l’épidémiologiste états-unien Gary Slutskin. Après avoir passé une dizaine d’années à tenter de circonscrire les épidémies de sida, de tuberculose et de choléra en Asie et en Afrique, il tombe un jour sur la carte des homicides à Chicago et n’en croit pas ses yeux : elle présentait de -surprenantes similitudes avec celle de la propagation d’épidémies comme le choléra au Bangladesh. Avec toujours, au départ, une contamination, un premier acte de violence, puis une transmission. Des dizaines d’études lui donnent raison.


Comme des cerveaux qui se connectent


La violence se propage dans l’espace : elle se répand comme une tache d’huile dans un quartier. Elle se diffuse d’ami en ami, de relation en relation. Les pays ayant déjà connu un conflit présentent aussi un taux de criminalité plus élevé. Elle passe également de génération en génération : on sait qu’un enfant ayant été le témoin de violences familiales a plus de risques de les reproduire qu’un autre. Toutes sortes de violences sont concernées. Ainsi, le suicide d’une personnalité médiatique entraîne un pic de suicides dans les jours qui suivent. Les chiffres sont tellement flagrants qu’en 2013 l’Académie nationale de médecine des États-Unis s’est penchée sur la question lors d’un atelier intitulé « La contagion de la violence », rassemblant des spécialistes venus du monde entier.


Que se passe-t-il exactement ? Pour comprendre, il faut s’aventurer du côté des neurosciences. L’une des avancées scientifiques majeures de ces dernières années nous donne une clé : la découverte, en 1996, des neurones miroirs. C’est-à-dire des neurones qui s’activent non seulement quand nous menons une action orientée vers un but, mais aussi quand nous regardons quelqu’un accomplir la même action. Il suffit ainsi que l’on observe son voisin en train d’effectuer une série de gestes simples – remplir un verre d’eau, le porter à ses lèvres, boire – pour que dans notre cerveau s’allument des zones identiques à celles du cerveau de celui qui effectue l’action. Même chose pour ce qui est des émotions, comme l’angoisse ou la peur. Tout se passe comme si les cerveaux étaient connectés entre eux. Seule la conscience de notre propre corps nous convainc que nous ne sommes pas nous-même en train de vivre ce que l’autre vit. Cette découverte montre notre prodigieuse capacité d’empathie. Pour le meilleur : nous sommes capables de compassion et nous apprenons vite grâce à l’imitation. Et pour le pire : le simple fait d’observer des actes de violence nous rend plus enclin à les perpétrer. D’où la grande responsabilité des médias et des réseaux sociaux qui diffusent ces images.


Des mécanismes perturbés par le stress


Heureusement, il existe des mécanismes de contrôle des neurones miroirs dans le cerveau : plusieurs zones du cortex préfrontal se mettent en branle pour réguler cette propension à l’imitation et nous permettre de raisonner par nous-mêmes, d’avoir un libre arbitre. Mais ces mécanismes ne fonctionnent pas – ou en tout cas, moins bien – dans les situations de stress, comme lors des manifestations de ces dernières semaines. Lorsque le cerveau craint pour sa survie, il se met en position de flight or fight (« la fuite ou le combat »). C’est alors le système limbique, la zone la plus enfouie dans notre boîte crânienne, liée à nos pulsions, qui prend le pouvoir. Non seulement nous laissons davantage libre cours à notre agressivité, mais nous avons aussi tendance à imiter les comportements des autres. 


Résultat : nous faisons parfois presque littéralement corps avec eux. C’est ce phénomène étonnant qui est à l’origine de manifestations extrêmes comme la « justice de foule », lorsqu’un groupe compact se met à lyncher une victime désignée. « Ces processus neurologiques donnent naissance à un véritable “état corporel partagé” qui agrège les esprits des auteurs du crime et les encourage même à lyncher », explique la neuro-scientifique Sumaiya Shaikh dans un article publié en 2017 sur le site The Wire. Le groupe déresponsabilise les individus, les poussant à être de plus en plus agressifs. Et c’est ainsi que des personnes apparemment pacifiques se retrouvent dans la peau de dangereux casseurs. La violence s’inscrit dans les esprits et… nous nous y habituons.


Des méthodes pour endiguer la contagion


Comment peut-on mettre fin à ce cycle infernal ? Bien avant la découverte des neurones miroirs, le célèbre anthropologue français René Girard avait théorisé que c’était notre propension à l’imitation qui était à l’origine de la violence. Comme nous désirons ce que l’autre désire, très vite la concurrence et la rivalité s’installent et peuvent déboucher sur le conflit. Mais pour l’auteur de la Violence et le Sacré, les sociétés ont toujours évité l’autodestruction grâce à un procédé : la désignation d’un bouc émissaire dont le sacrifice permettrait le transfert des tensions de « tous contre tous » à « tous contre un ». Le sacrifice du bouc émissaire permet donc à la fois de libérer l’agressivité collective et de ressouder la communauté autour de la paix retrouvée.


Mais il existe sans doute d’autres moyens, beaucoup plus paisibles… Puisque la violence est aussi contagieuse qu’une maladie infectieuse, Gary Slutskin suggère de la traiter comme telle ! Comment ? en reprenant la méthode utilisée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Celle-ci se mène en trois temps. D’abord, interrompre la transmission : cela veut dire trouver la personne à l’origine de la contamination et dépêcher auprès d’elle des spécialistes afin d’éviter toute nouvelle contamination. Dans le cas de la violence, cela veut dire s’adresser directement aux personnes qui s’apprêtent à passer à l’action. Ensuite, prévenir toute nouvelle contamination en s’occupant de ceux qui sont concernés à un moindre degré. Et, enfin, changer les façons de faire du groupe : cela peut inclure des activités communautaires, la réduction des disparités économiques ou sociales, des programmes d’éducation, etc. Pour mettre en place cette méthode, Gary Slutskin a fondé une association, Cure Violence (« soigner la violence »), dont le premier projet s’est concentré sur le quartier le plus « chaud » de Chicago. Des membres de gangs repentis ont été formés aux techniques de médiation dans les conflits et dépêchés sur le terrain pour éviter les passages à l’acte. Et ça fonctionne : la ville a enregistré une baisse de 40 à 70 % des actes violents. Une révolution dans la prise en charge de la violence qui passe par le refus du tout répressif, la remise en question et le dialogue. De quoi inspirer, peut-être, le gouvernement…

Préparer l’Avent jour après jour avec les enfants

Standard


Samedi 1er décembre Le calendrier de l’Avent démarre le 1er décembre. Mais l’Avent commence le quatrième dimanche avant Noël. Du latin adventus (« arrivée »), il est une période d’attente et de préparation à la venue du Christ. 


Dimanche 2 Tu allumes la première bougie de ta couronne de l’Avent, qui en compte quatre. Dimanche prochain, tu en allumeras deux, le troisième, trois, et le quatrième, quatre. Autant de jalons sur ton chemin vers la naissance de Jésus. 


Mardi 4 Aujourd’hui, on fête sainte Barbe, la patronne des artilleurs, des artificiers, des mineurs et des carriers ! Va découvrir l’histoire de cette martyre sur Internet. Tu peux aussi déposer des lentilles sur un coton mouillé, selon la tradition provençale. Par leur germination, elles évoqueront la venue du Messie. 


Jeudi 6 Jour de la fête de saint Nicolas. La légende raconte que cet évêque qui a vécu en Turquie au IIIe siècle a ressuscité des enfants tués par un boucher. Il s’est ainsi forgé la réputation de protecteur des enfants. Tu peux apporter des friandises aux enfants tout autour de toi. 


Samedi 8 En la fête de l’Immaculée Conception de Marie, tu peux déposer dans la nuit une bougie sur le rebord de ta fenêtre, comme à Lyon. 


Lundi 10 Sais-tu que, chaque semaine de l’Avent, le prêtre de ta paroisse peut célébrer une messe « rorate » ? Cette liturgie aux bougies, qui se déroule juste avant l’aurore, tire son nom latin d’un verset d’Isaïe (45, 8) : « Cieux, faites venir le Juste comme une rosée. »


Jeudi 13 À la sainte Lucie, pourquoi ne pas préparer, comme en Scandinavie, une brioche au safran, jaune comme la lumière ? Tu trouveras la recette sur Internet


Lundi 17 Une semaine avant Noël, il est temps d’intensifier notre prière. Autrefois, on célébrait les vêpres avec leurs célèbres Grandes Ô, antiennes du cantique de Marie ou du Magnificat (Luc 1, 45-55) qui invoquent le Seigneur sous des noms bibliques. Pourquoi ne pas reprendre leur conclusion : « Viens Seigneur, viens nous sauver » ? Tu peux aussi prier l’angélus, à midi, qui aide à méditer le mystère de l’Incarnation. 


Lundi 24 Dès le soir, trois messes sont proposées. La messe de la nuit, celle de l’aurore et celle du jour, le 25 décembre au matin, évoquent chacune une naissance du Christ : engendrement par le Père, nativité à Bethléem, naissance en nos âmes. 


Mardi 25 Jour de Noël. N’oublie pas de placer l’Enfant-Jésus dans la crèche ! La tradition dit même qu’il faut le déposer la veille à minuit. Tu pourras le contempler jusqu’à la Chandeleur, où tu rangeras la crèche en attendant l’année prochaine.