Marie Mullet-Abrassart, nouvelle présidente des Scouts et guides de France

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C’est une petite révolution au sein du scoutisme. Marie Mullet-Abrassart, une jeune femme de 33 ans, responsable des relations sociales chez Danone, vient d’être élue à l’unanimité présidente des Scouts et guides de France. Elle succède ainsi à Gilles Vermot-Desroches qui était à la tête du mouvement depuis 2010. Née à Suresnes, dans les Hauts-de-Seine, en 1984, elle a grandi dans une famille catholique pratiquante. Tombée dans la marmite du scoutisme dès l’âge de 7 ans, elle découvre très tôt le sens de l’engagement et de la vie de groupe.


D’abord louvette et scoute à Houilles, en région parisienne, elle rejoint la branche des pionniers, puis celle des compagnons à Chambéry – où ses parents ont déménagé –, avant de devenir cheftaine. Sa participation à des rassemblements nationaux aux noms évocateurs (« Choisis ta vie ! » en 1997, ou « Solidaires » en 2000) lui ouvre des horizons insoupçonnés. « C’est là que j’ai commencé à découvrir la véritable dimension du scoutisme et que j’ai fait le lien entre mes années de vie de groupe et mon engagement citoyen », dit-elle.


Après quatre années d’études en Sciences-politiques à Grenoble, dont une au Canada, Marie Mullet-Abrassart entre dans l’équipe territoriale de Lyon pour devenir accompagnatrice pédagogique. « Il s’agissait pour moi d’aider les chefs et les cheftaines à se former et à prendre du recul sur leurs pratiques. J’en garde le souvenir d’une mission difficile, mais ô combien passionnante. » En 2008, appelée à rejoindre l’équipe nationale comme bénévole pour la pédagogie de la branche Pionniers et Caravelles (14-17 ans), la jeune femme découvre une autre dimension de son engagement. « Ces années de travail en commission, pour rénover la pédagogie du mouvement, furent pour moi une belle aventure humaine. »


Forte d’une solide expérience professionnelle dans le domaine des ressources humaines, au sein de plusieurs grandes entreprises (Areva, Kraft et Danone), la jeune femme, qui n’a alors que 28 ans, devient en 2012 la plus jeune membre du Conseil d’administration des Scouts et guides de France, où elle se distingue par ses qualités d’écoute et d’organisation. Dans une équipe constituée en grande partie de militants issus du monde associatif, elle est l’une des rares à exercer des responsabilités dans le secteur privé. Loin de se contenter d’être la mascotte de cet aréopage majoritairement masculin, avec une moyenne d’âge de 45 ans, elle travaille d’arrache-pied au nouveau plan d’orientation qui, tous les cinq ans, détermine les axes éducatifs du mouvement et sa politique de développement. En 2015, la jeune femme est élue vice-présidente de l’association… sans se douter alors qu’il ne s’agirait que d’une étape vers la présidence. « Non seulement je n’en avais pas le désir, mais je pensais que notre mouvement n’était pas prêt à nommer une femme à sa tête. »


« Faire bouger les lignes »


Son ambition ? Continuer à développer une organisation – le plus important mouvement de jeunesse français –, qui compte aujourd’hui 80.000 adhérents (dont 20.000 cadres bénévoles), avec une croissance de 30% en dix ans. « Le scoutisme est une école de vie qui doit pouvoir d’adresser à tous, notamment là où il est moins implanté et moins évident à proposer, dans les quartiers prioritaires, dans les milieux ruraux et dans les petites villes », affirme la nouvelle présidente. Une manière de répondre à l’appel du pape François à se tourner vers les périphéries ? Sûrement. D’autant qu’elle ne cache pas son admiration pour l’évêque de Rome. « Il a l’énergie de la jeunesse, il est à l’écoute des réalités contemporaines, il promeut le dialogue entre les générations et il a une vision moderne de la place que l’Église peut et doit occuper dans le monde actuel. Avec sa magnifique encyclique Laudato Si’, sur l’écologie et le développement durable, il est pour moi, et pour les scouts en général, une vraie source d’inspiration. »


Considérant le scoutisme comme un « trait d’union » entre l’Église de France et les jeunes, Marie Mullet-Abrassart, qui dans son milieu professionnel n’a jamais caché son appartenance au scoutisme catholique, croit à « la force du témoignage ». « Je m’émerveille de voir tous ces jeunes cheminer dans la foi et s’ouvrir à la dimension spirituelle », dit-elle. Une ouverture qui, pour elle, est aussi celle de l’altérité. « Nous avons la chance d’appartenir au grand mouvement du scoutisme français qui rassemble d’autres associations, chrétienne, juive, musulmane ou athée. Dans une société comme la nôtre, où la peur du voisin conduit trop souvent au repli sur soi, le scoutisme peut contribuer à aider chacun à dépasser les préjugés et les stéréotypes. »


Actuellement chargée des relations sociales chez Danone, et donc des liens avec les syndicats, Marie Mullet-Abrassart aura sans doute besoin de mettre en œuvre ses qualités de négociatrice pour faire avancer une cause qui lui tient à cœur : la parité femmes/hommes dans un conseil d’administration qui ne compte que 9 membres féminins parmi ses 24 élus. Même constat pour l’équipe de « délégation générale », c’est-à-dire la direction salariée du mouvement, où les femmes restent minoritaires. La nouvelle présidente espère bien que son élection à la tête du mouvement suscitera d’autres vocations : « J’ai souvent constaté que, même lorsqu’elles sont appelées à prendre des responsabilités, les femmes répondent plus souvent non que les hommes. Nous allons tout faire pour dépasser ces résistances. »


Alors que j’attends un enfant et que je mène une vie professionnelle bien remplie, certains me demandent comment je vais faire pour tout concilier. Oserait-on poser cette question à un homme ?


La nouvelle présidente des Scouts et guides de France est d’autant plus sensible à cette question qu’elle y est elle-même confrontée. « Alors que j’attends un enfant et que je mène une vie professionnelle bien remplie, certains dans mon entourage me demandent comment je vais faire pour tout concilier. Oserait-on poser cette question à un homme ? Certes, je ne suis pas Wonder Woman, mais lorsqu’on agit avec passion, on est capable de s’organiser et de faire face. Tout est question d’équilibre. » Impressionnés par la force de ses convictions, plusieurs de ses collègues de travail n’ont pas hésité à inscrire leurs enfants dans un mouvement qu’il ne connaissaient pas ou peu avant que la jeune femme ne leur en parle.


La nouvelle présidente n’est pas seulement convaincante. Elle est aussi une femme de conviction qui entend refuser le défaitisme ambiant, « en renouant avec l’espérance ». Elle voudrait aussi inciter chacun à s’engager sur le plan collectif, en sortant des logiques partisanes, des caricatures et de ce qu’elle appelle « les vieux clivages ». « Je n’aime pas que l’on oppose, de manière un peu manichéenne, l’action des grandes entreprises multinationales – comme celle où je travaille – et celle des associations ou du secteur de l’économie sociale et solidaire. Les anathèmes sont contre-productifs. Certes, notre système économique produit beaucoup d’injustices, mais au fil des années j’ai appris que l’on pouvait faire bouger les lignes et changer les choses de l’intérieur. »


Soucieuse d’éduquer les jeunes à l’écologie et de les aider à participer à la « nécessaire transition énergétique », convaincue également du fait que « notre modèle éducatif est en crise », Marie Mullet-Abrassart entend souligner le rôle majeur du scoutisme dans la société actuelle. « Il favorise l’engagement bénévole dès le plus jeune âge et forme des citoyens actifs. Il doit permettre à la jeunesse de s’exprimer et d’être entendue, au même titre que les autres générations. »