Le premier baiser, instant magique

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Avec Victor, mon mari, nous avons échangé notre premier baiser il y a 16 ans. Nous avions alors 21 et 22 ans. C’est un baiser que je n’oublierai jamais, je m’en souviens comme si c’était hier : c’était magique. Je n’ai jamais oublié la date, le 19 mai 2004. Pour Victor, qui a pris l’initiative de m’embrasser, ce fut un soulagement. Pour moi, qui attendais sans oser, une explosion de joie ! 


Le baiser : folle histoire d’une étreinte


J’ai eu l’impression de me donner totalement. Quelque chose de nouveau s’est ouvert en moi et m’a libérée physiquement : je me suis sentie plus à l’aise dans mon corps, plus naturelle dans ma relation aux autres. J’ai vécu ce baiser comme un coup d’envoi, comme le début d’une belle et longue histoire. Comment est-il possible de mettre autant de choses dans un baiser ? Je ne sais pas. C’était pour moi le signe d’un engagement profond. Avec Victor, nous nous sommes mariés trois ans après. En souvenir de cet instant merveilleux, j’ai dessiné sur notre faire-part le toit de Paris où nous nous sommes embrassés la première fois. 


Sarah, mère de quatre enfants.

La vigne trois fois sainte des Riceys

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Nous sommes au bout de l’Aube, à la limite entre la Champagne et la Bourgogne. Ici, sur les quelques kilomètres de la commune des Riceys, les vignes sont trois fois saintes : elles produisent du vin qui peut avoir l’une des trois appellations champenoises – champagne, coteaux-champenois et rosé-des-riceys. Le premier est bien connu, le second est un vin rouge et le troisième, un vin rouge clair à macération courte. Une recette unique. « Quand j’ai repris l’exploitation de 8,5 ha de mon père, je n’avais pas envie de faire du champagne », se souvient Olivier Horiot, 46 ans. Il connaissait bien les réalités de ce marché… et ses limites. Étudiant, il les a rencontrées lors de son BTS viticulture-oenologie en Bourgogne après des études de biochimie à Reims. En 2000, quand il revient s’installer en Champagne, il n’a pas envie de soigner sa vigne pour vendre tout son « jus » de raisin à de grands noms qui en feront du champagne – comme le font beaucoup de viticulteurs du département.Il ne veut pas faire le même produit que les marques à l’honneur dans toutes les grandes surfaces et qui sont concurrencées par les « vins effervescents » à la mode, crémant, prosecco et autres mousseux.


Une rare terre calcaire


Comme beaucoup de fils de vignerons de sa génération, Olivier Horiot veut redécouvrir son terroir. « Je voulais apprendre à connaître ma vigne, la terre dans laquelle elle se nourrit. Elle est très calcaire. C’est une rareté dans le monde », explique-t-il. Il commence par faire du rosé-des-riceys. « J’ai eu plaisir à boire mon vin, alors je l’ai proposé à la vente. » C’est ainsi qu’il est réellement devenu « viticulteur ». Après avoir parfait son cépage de pinot noir pour faire son rosé-des-riceys, Olivier Horiot se lance dans le champagne. « Pour moi, un bon champagne, c’est celui qui, comme n’importe quel vin, révèle le mieux le sol d’où il vient », insiste-t-il. Surtout, le viticulteur découvre que pour faire du champagne, il n’y a pas que trois cépages autorisés, comme on en trouve dans la Marne et l’Aube (pinot noir, pinot meunier et chardonnay)… mais sept ! Aux Riceys, il bichonne sa vigne de petit meslier et d’arbane, qu’il travaille dans ses bouteilles, et plante du pinot blanc et du pinot gris. À l’image des petits producteurs de la Côte des Bars, il élabore des cuvées différentes des champagnes classiques : avec cinq cépages, et d’autres éphémères selon ce qu’il goûte dans les fûts en bois et en béton de sa cave.


Du bio à la biodynamie


En prenant soin de cette vigne qui l’a vu grandir, il réfléchit à sa démarche de vigneron : « En cherchant à arrêter les désherbants, j’ai rencontré d’autres agriculteurs dans la même quête. Je me suis renseigné sur l’état des sols, des plantes. » Au fil des ans, il convertit son domaine en bio et en « biodynamie ». Dans la région, ce n’est pas très répandu. Longtemps, la coopérative viticole des Riceys, membre de l’Union auboise (champagne Devaux), dans laquelle il est toujours resté – « On ne met pas tous ces oeufs dans le même panier, dicte le bon sens paysan » – a mélangé son vin bio avec le « conventionnel ». « Mais les lignes bougent ! », se réjouit le père de famille. L’Union auboise prépare une cuvée bio, « une initiative d’autant plus importante que la crise sanitaire du Covid-19 a fait chuter les ventes de bouteilles de champagne ». Si la région se prépare à un contrecoup économique fort, tous les viticulteurs ont noté que le bio a été un choix privilégié des Français en confinement. Le « monde d’après » dans l’Aube sera peut-être plus vert.


Un terroir particulier

Avec ses 866 ha de vignes, Les Riceys est la commune qui possède la plus importante superficie viticole de toute la zone Champagne. 
« Au début du XXe siècle, avant l’épidémie de phylloxéra, près de 20.000 ha étaient plantés dans l’Aube » , raconte Olivier Horiot. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les habitants reprennent l’exploitation de la vigne et demandent l’appellation d’origine contrôlée pour leur « rosé ». Aujourd’hui, quelque 50.000 bouteilles par an sont produites de ce « vin tranquille », sans effervescence, avec, aux dires des spécialistes, cet unique « goût des Riceys ».


Où les trouver ?

Présents dans plusieurs restaurants en France, les vins et champagnes d’Olivier Horiot sont aussi disponibles chez certains cavistes. Comme de nombreuses familles de viticulteurs, vous trouverez d’autres maisons qui proposent du champagne Horiot – d’autres branches de la famille. Visite possible au domaine, sur rendez-vous. Tarifs : entre 33 et 60€ la bouteille. Champagne Olivier Horiot, 25 rue de Bise, 10340 Les Riceys. Tél. : 03 25 29 32 16. www.horiot.fr


La recette : tartare d’agneau et rosé-des-riceys


Une recette imaginée par le chef Gil Nogueira de la ferme-restaurant le Garde champêtre, à Gyé-sur-Seine (10), pour mettre en valeur le rosé-des-riceys.


Pour 4 personnes : 400 g de filet d’agneau, une cuillère à soupe de grains de moutarde, vinaigre de Xérès, huile d’olive, poivre du Sichuan, sel et citron, fleurs de coriandre, poireau grillé.


Préparation : Couper la viande fraîche (demander un morceau à manger cru) en cubes de 5 mm. Assaisonner avec graines de moutarde, vinaigre, huile d’olive, poivre et sel. Faire cuire le poireau sur le gril jusqu’à ce qu’il soit brûlé à l’extérieur et tendre au toucher. Laisser refroidir, retirer la partie brûlée à la main et couper en quatre en longueur, comme une tagliatelle. Avant de disposer dans un plat, assaisonner avec du jus de citron et à nouveau de l’huile d’olive et du sel. Terminer en rassemblant les ingrédients : tartare d’agneau, puis lamelles de poireau et rajouter les fleurs de coriandre. À boire avec du rosé-des-riceys frais.


À Savoir

Un restaurant qui sert les fruits et légumes cultivés à quelques mètres des tables, c’est le pari du Garde champêtre. Dans l’ancienne grange de la gare, de grandes baies vitrées laissent voir la campagne champenoise quand des recettes uniques passent sur les tables, servies en accord avec la carte des vins – champagne compris. Route des Riceys, 10250 Gyé-sur-Seine.

Marie-Andrée Blanc : “Les enfants ont besoin des grands-parents”

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Quels rapports les grands-parents d’aujourd’hui entretiennent-ils avec leurs petits-enfants ?


Les grands-parents, qui le deviennent en moyenne à 55 ans, appartiennent à cette génération dite « sandwich », entre 45 et 65 ans : encore en activité professionnelle, ils aident leurs jeunes adultes d’enfants, ainsi que leurs propres parents. Avec leurs petits-enfants, leur parole n’est pas celle des parents. Peut-être répondent-ils avec davantage de quiétude à leurs questions. L’éducation scolaire, souvent vecteur de stress, relève du champ des parents. Les grands-parents qui n’en ont pas la charge sont davantage là pour chouchouter ! L’affection est sans condition et réciproque : plus du tiers des petits-enfants souhaiteraient voir leurs grands-parents davantage.


L’après Covid-19 : “Nous, grand-parents investis, voulons être entendus”


Les parents n’attendent pas de leurs propres parents une transmission explicite de valeurs. De quoi décevoir ces derniers quand ils sont chrétiens !


Les grands-parents laissent peut-être plus que par le passé la liberté à leurs enfants quant à la pratique religieuse. S’ils peuvent être le fil conducteur d’un témoignage, ils ne l’imposent pas. Néanmoins, la transmission de valeurs, de convictions, d’une vision du monde s’avère importante pour 47,8% des sondés. Les hommes ayant répondu à l’enquête y sont d’ailleurs davantage sensibles que les femmes, qui, elles, privilégient le partage d’activités et le simple temps passé ensemble.


Le jour où je suis née grand-mère


Il demeure une constante sociologique : la lignée maternelle est davantage privilégiée par rapport à la lignée paternelle. Quelles en sont les raisons ?


Plusieurs facteurs l’expliquent. Le premier réside dans le fait que la relation avec les enfants demeure genrée : les liens sont souvent plus marqués entre une mère et sa fille. La jeune mère a donc naturellement tendance à confier l’enfant à ses propres parents plutôt qu’à ses beaux-parents. Une autre hypothèse est liée à l’âge : les hommes ayant leur premier enfant plus tard, leurs parents sont plus âgés et seraient moins impliqués. Ce contraste est frappant dans les milieux populaires, où la grand-mère maternelle joue un rôle prépondérant. Mais il peut exister des raisons d’éloignement géographique ou de mésentente, évoquée dans 10% des cas. Il faut d’ailleurs souligner le cas des séparations, des recompositions familiales, qui font entrer un ou deux couples supplémentaires de grands-parents, ainsi que le veuvage. Quelque 5% d’enfants ne voient jamais leurs grands-parents ; et la même proportion les voit « une fois par an ou moins ». Certains petits-enfants sont privés de leurs grands-parents paternels. Or il est important que ce lien perdure : pour se construire, les enfants ont besoin d’eux.


Les grands-parents ouvrent à un ailleurs et élargissent l’horizon de la seule famille mononucléaire.


Les grands-parents sont d’ailleurs plébiscités en tant que « vecteurs de mémoire »…


La transmission est au coeur des fonctions de la famille. Les grands-parents y jouent un rôle essentiel. À leur insu parfois, ils transmettent une culture, une vision du monde, une manière de faire et d’être, des centres d’intérêt, qui enrichissent l’enfant. Ils ouvrent à un ailleurs et élargissent dans la confiance l’horizon de la seule famille mononucléaire.


Grands-parents, on vous attend !


D’un point de vue plus pratique, la moitié des sondés ont reçu une aide financière des grands-parents. Une aide déterminante ?


Actuellement, le premier poste de dépense d’une famille est le logement. Devenir locataires suppose une caution. Or pour beaucoup, notamment les jeunes, mais pas seulement (en raison des aléas de la vie : divorce, chômage, autoentrepreneuriat…), ce sont les parents qui se portent garants. Quelque 65% des bénéficiaires de ce coup de pouce dans leurs dépenses de loyer l’ont jugé indispensable. De la même manière, d’après notre enquête, plus de la moitié des grands-parents contribuent à accéder à la propriété, notamment par des donations. Ils aident également dans les dépenses de la vie courante, ainsi que pour financer la scolarité ou les études de leurs petits-enfants.


Mais tous ne le peuvent pas…


C’est toute la problématique du fossé qui se creuse avec les foyers les plus démunis, dont les grands-parents eux-mêmes sont modestes. Une double peine, puisque l’accès à la propriété représente également une forme d’ascension sociale. C’est toute la raison d’être d’une politique familiale digne de ce nom : donner des moyens forts aux familles, afin d’inspirer confiance et faire en sorte que la charge d’enfants ne soit pas pénalisante.


La solidarité familiale compte énormément et fait la différence.


En ce qui concerne la garde des enfants, les grands-parents restent aussi un recours, en cas de SOS ponctuels comme d’aide plus pérenne.


Tant que les parents auront cinq semaines de congés annuels et les enfants seize semaines de vacances scolaires, le problème se posera ! En cas d’imprévu, d’enfant ou de nourrice malade, on se tourne vers les grands-parents. En outre, 53% d’entre eux accueillent leurs petits-enfants le mercredi et plus des trois quarts pendant les vacances. Il faut dire que le reste à charge demeure important pour les colonies de vacances ou les centres de loisirs sans hébergement, surtout dans le cas d’une fratrie. Il existe des aides de la Caisse d’allocations familiales, mais elles sont méconnues et le dossier rebutant ; beaucoup de familles renoncent, et le budget n’est pas utilisé.


Comment le confinement a-t-il été vécu par les familles ?


J’aimerais souligner que les parents ont été très respectueux du confinement, très attentifs à enseigner les gestes barrières aux enfants. La famille a parfaitement rempli son rôle, car c’est en son sein que sont enseignées les premières règles de vie en société. Les grands-parents ont été protégés par leurs descendants : pour éviter de leur transmettre le virus, le confinement a été observé. Une fois que celui-ci a été levé, les familles habitant à moins de 100 km se sont retrouvées. Les outils numériques ont quelque peu pallié l’absence. Mais d’une part il existe encore des déserts numériques, beaucoup de zones blanches. D’autre part, si le téléphone, les SMS ou les visioconférences permettent de garder le contact, ces outils ne sont pas créateurs de lien. Rien ne remplace la rencontre, le partage d’un repas, les activités à quatre mains…


Malgré la crise sanitaire, les trésors d’inventivité des grands-parents pour garder le lien


Une leçon à en tirer ?


La solidarité familiale compte énormément et fait la différence. Les grands-parents regrettent d’avoir été privés de leurs petits-enfants pendant huit semaines ou davantage, pour ceux que séparent plus de 100 km. Gageons que cet été sera l’occasion de belles retrouvailles, où l’on prendra soin les uns et des autres, plus que jamais.


Une enquête nationale sur les grands-parents

La dernière enquête de l’Insee évalue à 15,1 millions le nombre de grands-parents en France en 2011, avec une part plus importante de grands-mères (8,9 millions) que de grands-pères (6,2 millions). L’enquête du Réseau national des observatoires des familles (Unaf) a concerné 17000 allocataires Cnaf, parents d’enfants mineurs, interrogés entre mars et avril 2019. Elle compile les attentes des enfants adultes à l’égard de leurs parents devenus grands-parents. Deux tiers d’entre eux souhaitent que s’établisse un lien fort avec les petits-enfants, notamment par le fait de passer du temps ensemble. Les grands-parents demeurent des soutiens importants, tant pour les services rendus que pour l’aide financière qu’ils peuvent apporter. 

Les “Jeunes pour la paix” de Sant’Egidio croient à l’amitié avec leurs aînés

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Tisser des liens d’amitié avec les personnes âgées, c’est l’ambition qui motive une majorité de Jeunes pour la paix, mouvement laïc composé de collégiens, de lycéens et d’étudiants relié à Sant’Egidio. Cette communauté catholique, fondée à Rome en 1968 et présente dans 74 pays, est engagée dans la lutte contre la pauvreté et mène des actions en faveur de la paix dans différentes régions du monde. Outre une attention aux personnes de la rue (des maraudes sont organisées régulièrement) et aux enfants, elle combat la solitude des aînés.


Le rôle essentiel des visites


C’est auprès de ceux-ci qu’Iphigénie, 20 ans, s’investit particulièrement depuis la fin de ses années de collège : « On se rend une fois par semaine dans des maisons de retraite, car tous les pensionnaires n’ont pas de famille ou d’amis », explique l’étudiante en biologie. Lors de leurs rencontres hebdomadaires, des jeux et des balades sont proposés : « On leur apporte de la tendresse et, surtout, on leur montre que l’on a du temps pour eux », confie-t-elle. C’est bien le temps qui manque aux soignants, trop accaparés par les soins quotidiens. « Leur charge de travail est énorme, observe Hugo, 18 ans, étudiant en médecine, engagé depuis cinq ans dans le mouvement. De fait, les liens d’amitié sont difficiles à construire dans ces conditions. » Amaury, 20 ans, étudiant au cours Florent, abonde : « L’amitié joue un rôle capital dans nos vies et encore plus pour ces résidents en Éhpad. Nos visites permettent de briser la solitude ou, en tout cas, leur évitent de s’y enfermer. »


Un désarroi aggravé par la crise


Avec l’apparition du coronavirus, la plupart des maisons de retraite ont fermé, début mars, suspendant le droit de visite : « Nous avons écrit des lettres à nos amis pour les rassurer et leur dire que nous gardions le contact, détaille Hugo. Nous avons aussi enregistré des vidéos, pour leur parler, et, grâce à des animateurs restés sur place, certains ont répondu. » Il nous montre une vidéo sur son portable : « Regardez, c’est Jacqueline, ma “grand-mère”… enfin, une des personnes avec lesquelles je suis devenu ami. » Dans un autre Éhpad, Amaury a maintenu le lien avec Hélène, qui maîtrise très bien les réseaux sociaux : « Je suis même allé me poster en bas de sa résidence. » Depuis le confinement, les trois jeunes ne décolèrent pas vis-à-vis de la situation dans les Éhpad. Car, fin juin, les visites d’amitié n’étaient toujours pas autorisées. « Les personnes âgées ont vécu comme en prison, seules dans leurs chambres, pendant cette épidémie, tempête Iphigénie. La société leur répète qu’elles sont un poids, et même elles finissent par le croire. Cela me brise le coeur chaque fois qu’un pensionnaire auquel je rends visite me demande pourquoi je perds mon temps à venir les voir, alors que je suis jeune. »


Face à l’isolement des personnes âgées et au manque de considération dont elles sont souvent victimes, la communauté de Sant’Egidio a lancé un « appel international pour réhumaniser nos sociétés contre une santé sélective », intitulé « Pas d’avenir sans aînés ». De leur côté, les Jeunes pour la paix multiplient les efforts, dans tous les pays où ils sont implantés, pour revoir leurs amis résidents et organiser comme chaque année l’Été de la solidarité, c’est-à-dire des séjours de vacances où ils partent en groupe avec des personnes âgées, en institution ou isolées à domicile, prenant ainsi sur leur temps de congés. « Être amis est un engagement important, et tout le monde peut le faire », conclut Amaury.


À savoir

Pour rejoindre l’Été de l’amitié et de la solidarité ou signer l’appel international « Pas d’avenir sans aînés » : santegidio.org



Initiation au mystère des Chartreux

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Entre les sapins du Charmant Som et du Grand Som, au coeur du parc naturel régional du Massif de la Chartreuse, vous les avez peut-être croisés un jour. Chaque lundi, deux par deux, crampons aux pieds, leur robe de laine blanche frôlant le sol, les chartreux sont de sortie. Le reste du temps, les pères sont en solitude et en silence dans leur monastère niché dans le vallon. Seuls quelques frères sortent parfois pour l’intendance ou pour assurer la préparation de leur fameuse liqueur. La « route du Désert » de Saint-Pierre-de-Chartreuse – nom officiel de la voie goudronnée qui serpente jusqu’à eux entre les montagnes – est coupée à l’endroit où des panneaux « zone de silence » apparaissent entre les arbres.


À pied, on peut braver l’interdit et monter jusqu’aux imposantes portes perçant la haute muraille surplombée par la falaise : las, elles ne s’ouvriront pas. Si les chemins de terre à la lisière de la forêt permettent de longer le domaine, le randonneur aura beau lorgner, il n’apercevra guère qu’une ou deux silhouettes au loin. La Grande Chartreuse est un lieu mystérieux.


Dans la Grande Chartreuse


Pourtant, dans les familles dauphinoises, on se souvient qu’il n’en a pas toujours été ainsi. « Mon père avait visité les lieux quand il était jeune », confie Philip Boyer avec malice. L’homme aux cheveux blancs et à la mise impeccable est un privilégié : lui connaît bien le monastère isérois et ses occupants. S’il n’en arpente pas souvent les couloirs, Philip Boyer est le dépositaire d’un trésor bien plus grand : l’esprit des Chartreux, qu’il est chargé de transmettre aux visiteurs du musée dont il est le directeur. Pourtant, ce musée aurait pu ne jamais exister… « Si mon père a pu arpenter les couloirs de la Grande Chartreuse, c’est tout simplement parce que les chartreux n’y habitaient plus », raconte-t-il.


(…)

Grands-parents, on vous attend !

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On ne les a jamais autant attendus et ils ne nous ont jamais autant étonnés ! Après les deux mois de confinement et les recommandations de se tenir en retrait, jugées infantilisantes, les grands-parents peuvent de nouveau accueillir leurs petits-enfants. Oublié le blues qui a gagné bon nombre d’entre eux au printemps et exit l’angoisse d’être privés de visites cet été, ils retrouvent le sourire et de leur enthousiasme ! 


L’après Covid-19 : “Nous, grand-parents investis, voulons être entendus”


Bonheur de rouvrir grandes les portes de la maison, de voir entrer un souffle de jeunesse et des rires, ardeur à ressortir les jouets, à réparer la cabane abandonnée les mois d’hiver dans le grand jardin?. Un bonheur auquel les enfants eux-mêmes aspiraient, vaccinés du bitume pour de longs mois, las d’avoir leurs parents sur le dos et bien envieux de retrouver leurs grands-parents 100% disponibles pour prendre soin d’eux et de leur témoigner une tendresse particulière. 


De l’art d’être grand-père


Et enfin, grand soulagement des parents épuisés et impatients de bénéficier de soutiens logistiques après deux mois et demi de galère pour tenir les impératifs : faire l’école à la maison en même temps que télétravailler, préparer les repas midi et soir, nettoyer la maison deux fois par semaine plutôt qu’une, tout en trouvant le temps de jouer et distraire les enfants? L’exercice fut périlleux. Tant mieux qu’il soit terminé ! 


Confinée chez sa grand-mère : “Je n’aurais pas supporté de ne pas la voir”


L’heure est à imaginer un autre monde, et les grands-parents qui ont su déployer des talents d’imagination pour rester en lien avec leurs familles et continuer à rendre service, même à distance, entendent bien prendre leur part à cette réflexion. Ils nous l’expliquent ici dans ce dossier. Certains tirent déjà les enseignements de ces expériences vécues, qui montrent l’importance des solidarités familiales au quotidien. D’autres indiquent les ingrédients indispensables pour valoriser les relations intergénérationnelles, un des enjeux pour notre société de demain justement. 


Malgré la crise sanitaire, les trésors d’inventivité des grands-parents pour garder le lien


Cette génération pivot, que décrit Armelle Le Bigot Macaux, la présidente de l’École des grands-parents européens (EGPE), n’a donc pas dit son dernier mot. Et elle est de nouveau prête à remplir ses devoirs de vacances !

“Le jour où je suis née grand-mère”

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« Elle est si petite et elle est déjà tout ! », c’est la pensée émue qui m’a traversée la première fois que j’ai tenu Louisa, puis Marta deux ans après, dans le creux de mes bras. Nourrisson au souffle paisible, regard venu d’éternité, petit corps chaud lové dans mes bras devenus alcôve : ce jour où je suis « née grand-mère » m’a bouleversée. 


Si mes propres enfants m’avaient éveillée à la patience, aux capacités de puiser en moi des forces insoupçonnées pour renoncer (par exemple !) au sommeil, mes petites-filles ont réveillé ma part d’émerveillement. Croiser un regard confiant, caresser des joues veloutées, sentir une petite tête chaude, s’étonner de la précision des doigts, de la force du poing qui enserre, de la vitalité de ce petit être… je n’avais jamais perçu tout cela avec une telle densité. Sans responsabilité aucune de conduire leur éducation, ni même de leur fixer les règles de la vie, j’étais là au contraire pour recevoir et apprendre de leurs faits et gestes, élargir mon monde avec elles et m’étonner de la plénitude que j’y puisais. 


De l’art d’être grand-père


Est-ce un hasard si ma première petite-fille est née trois mois jour pour jour avant que ma propre mère ne quitte cette terre ? J’y ai vu comme un relais de la vie. Celle-ci me faisait le cadeau d’une transmission à l’heure où il me fallait définitivement renoncer à ma propre enfance. Et de fait, c’est avec Louisa que j’ai ressenti la première fois comme la fugace conviction que désormais tout était accompli, la vie s’était frayé un chemin et je n’avais plus rien à craindre… Il fallait cependant trouver le mot juste, les quelques syllabes qui résument et baptisent cette responsabilité qui m’était donnée. Grand-mère ? Bonne-maman (pas que des confitures !) ? Mamé, Mamoune, Maminette ?… J’en passe et des meilleurs. 


Choisir son appellation contrôlée de grand-mère est un vrai défi. Comment identifier ce lien si particulier, sans céder à l’air du temps tout en se distinguant par un zeste d’originalité ? J’ai finalement opté pour le très classique « mamie ». J’aime cet alliage musical d’un son maternel et du mot amie, « m’amie », car mes petites filles sont celles que j’aime et dont j’accompagne en amie les premiers pas dans la vie. Déjà, je me réjouis de la nouvelle expérience à venir cet automne dans notre famille, avec celle (ou celui ?) qui grandit doucement dans le sein de sa mère et qui sera bientôt mon troisième maître en « grand-maternité » !

De l’art d’être grand-père

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« Ce n’est que maintenant que nous comprenons, mon épouse Marie-France et moi-même, avec une plus grande lucidité, que la vie est trop brève, parfois trop compliquée, pour qu’il ne faille puiser chez nos six petits-enfants des réserves de bonheur et de pleine satisfaction. Notre tribu joue maintenant dans la cour des grands, celle des 13 à 28 ans, avec une seule fille au milieu des garçons. 


Penser à leur prime enfance, c’est toujours dérouler en méandres capricieux, inattendus, le fil d’un rapport aux tendres sentiments qui passent avant tout par l’enchantement et la spontanéité de l’enfance….

Malgré la crise sanitaire, les trésors d’inventivité des grands-parents pour garder le lien

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En temps normal, chaque mardi soir à 16h30, Pascale Cousin et son mari Dominique sont postés devant la porte de l’école, où ils retrouvent leurs petits-enfants et les amènent dans leur maison, à une vingtaine de kilomètres de Lille. Le rendez-vous est inscrit sur les agendas de ce couple retraité, qui se rend disponible pour les accueillir et permettre aux parents d’avoir un mardi soir en amoureux. Pour les enfants, c’est pâtisserie, couture, travaux manuels, jardinage, jeux de société, histoires et confidences… Le mercredi, en fin d’après-midi, vient le moment de se séparer. « La maison est alors sens dessus dessous, mais on s’en fiche, on a le bonheur de les avoir ! Certains grands-parents trouvent que leurs petits-enfants font trop de bruit, salissent, fatiguent. Pour moi, ils sont la vie, et on sait qu’on se reposera après leur départ », confie joyeusement celle qui est devenue grand-mère à 61 ans, au début de sa retraite, et compte aujourd’hui quatre…

Confinée chez sa grand-mère : “Je n’aurais pas supporté de ne pas la voir”

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« Ma grand-mère et moi ne vivons pas loin l’une de l’autre, à quelques kilomètres à peine, à Plérin, dans les Côtes-d’Armor. Nous nous entendons à merveille. Je savais que j’allais être seule pendant le confinement – je suis professeure des écoles – et je ne voulais pas les laisser seuls, elle et son compagnon. Il me semblait qu’il valait donc mieux vivre ensemble plutôt que chacune de notre côté. Je n’aurais pas supporté de ne pas la voir pendant deux mois !


Être à ses côtés était pour moi l’assurance de passer un confinement zen et moins angoissé. Nous avions déjà vécu ensemble trois ans durant mes années de fac à Saint-Brieuc. Mais à ce moment-là, j’étais en cours toute la journée. Là, c’était différent. Nous avons pris le temps de revenir à l’essentiel et de faire des choses que nous aimons toutes les deux : de la couture, car j’ai beaucoup à apprendre d’elle, de la confection de tisanes à base de pétales de roses, de soucis, de lilas après nous être renseignées sur leurs bienfaits, des essais culinaires, du jardinage… Les deux mois ne m’ont pas semblé longs, car nous avons partagé beaucoup.


J’ai vraiment l’impression d’avoir vécu dans une bulle magique faite de rires et de bienveillance, un cocon réconfortant.


J’ai par exemple réussi à faire regarder la série Friends à ma mamie et son compagnon ! L’après-midi, nous écoutions des vieilles chansons françaises à tue-tête en dansant. Et nous avons fait du tri dans ses placards pour vendre ses vêtements sur le site Vinted, qu’elle ne connaissait pas. Ils ont eu du succès, elle ne s’y attendait pas ! J’ai vraiment l’impression d’avoir vécu dans une bulle magique faite de rires et de bienveillance, un cocon réconfortant. Seule chez moi, j’aurais explosé. Là, j’avais la gentillesse de ma grand-mère. Elle est une personne en or, ouverte et à l’écoute. Notre lien, déjà fort, l’est devenu encore plus. Elle est un peu comme ma deuxième maman. Quand je suis rentrée, j’étais heureuse de retrouver mon chez moi, mais triste de me retrouver face à moi-même. Ça serait à refaire, je dirais oui tout de suite. Ça restera un souvenir inoubliable. »