L’art et la manière de parler aux bébés

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“Lorsque je baigne un nouveau-né, je le valorise et l’encourage par des sourires, des gestes, des mots : “J’ai confiance en toi”, “je suis fière de toi”… J’appréhende ce premier bain comme un cadeau de bienvenue au monde. Il s’agit d’accueillir bébé avec toute la bienveillance nécessaire à l’apaisement de cette épreuve qu’est la naissance. Si le nouveau-né ne comprend pas encore le langage verbal, il discerne nos émotions, nos intentions… Ainsi les premiers sentiments, les premiers soins, les premiers regards et les premiers mots se doivent d’être bienveillants. Communiquer avec bienveillance, c’est prendre le temps de rassurer, d’écouter et de répondre aux besoins du bébé.


Des paroles pour consoler


Les pleurs sont le premier moyen de communication des bébés, tout un langage que les parents auront à expérimenter, déchiffrer et interpréter. Non, ce n’est pas par caprice que les bébés pleurent, mais bien pour exprimer un besoin, qu’il soit physique ou émotionnel. Alors ils ont besoin de toute l’attention de leurs parents : des bras pour les réchauffer, mais aussi de douces paroles pour les consoler, les rassurer et les apaiser. La France compte parmi les pays où la durée du séjour en maternité est la plus longue : entre deux et cinq jours en moyenne, selon le type d’accouchement. Il s’agit d’un moment privilégié, d’une “pause” à l’abri de la vie extérieure. Aussi, je conseille aux jeunes parents de préserver au maximum l’intimité de cette rencontre à trois, de prendre le temps de se consacrer à l’accueil du nouveau-né, expérimenter les premiers « peau à peau », les premières mises au sein… 


On sait aujourd’hui que la connexion avec son nouveau-né n’est pas si instinctive que cela. Il est donc important d’y consacrer un engagement émotionnel, des attentions répétées… Et les soignants, de leur côté, se doivent d’entourer au mieux les jeunes parents durant le séjour à la maternité : les écouter, les rassurer dans leurs premiers pas, leur montrer la voie, afin que le lien d’attachement se fasse dans les meilleures conditions. Je suis persuadée que les premiers soins apportés, l’atmosphère et les sentiments qui entourent l’enfant à la naissance resteront gravés en lui. Cela fait partie des fondations pour qu’il devienne un adulte serein, confiant… et bienveillant à son tour !” 


 


 


Huit points à retenir pour bien l’accueillir
Ralentissez ! Un bébé a besoin de lenteur et de douceur avant tout. 
Testez la communication verbale au quotidien. Babillage, répétition de sons, formation des premiers mots…Pour que les différentes étapes de l’acquisition du langage se mettent en place, un nouveau-né a besoin qu’on lui parle.
Quand vous le changez, expliquez-lui chacun de vos gestes pour établir un lien de confiance. 
Votre bébé pleure ? Un nouveau-né est incapable de réguler seul ses émotions.Pour l’accompagner, prenez-le dans vos bras, bercez-le et parlez-lui. S’il ne comprend pas encore les mots, il ressent votre volonté de le rassurer. 
Considérez le bain non pas comme un simple soin de « lavage »,mais comme un moment de détente et de partage. Baignez votre nouveau-né en pleine conscience, avec patience et bienveillance.Mettez une musique apaisante, faites couler l’eau et prenez le temps de le baigner pendant une dizaine de minutes, en accordant vos gestes au tempo de la musique. 
Offrez-vous un « peau à peau ». Blotti contre son papa ou sa maman, un bébé régule immédiatement sa température corporelle, mais aussi son rythme cardiaque, ce qui favorise son sommeil, calme ses pleurs et, naturellement, renforce votre lien d’attachement. 
Encouragez, félicitez et valorisez votre enfant. Et ce quel que soit son âge ! 
Pour finir, soyez aussi bienveillant avec vous même. Acceptez de faire des erreurs et de ne pas être des parents parfaits…Ils n’existent pas !


 


À lire J’accueille mon bébé. 30 premiers jours essentiels pour créer du lien, de Sonia Krief, Albin Michel.

L’art et la manière de parler aux bébés

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“Lorsque je baigne un nouveau-né, je le valorise et l’encourage par des sourires, des gestes, des mots : “J’ai confiance en toi”, “je suis fière de toi”… J’appréhende ce premier bain comme un cadeau de bienvenue au monde. Il s’agit d’accueillir bébé avec toute la bienveillance nécessaire à l’apaisement de cette épreuve qu’est la naissance. Si le nouveau-né ne comprend pas encore le langage verbal, il discerne nos émotions, nos intentions… Ainsi les premiers sentiments, les premiers soins, les premiers regards et les premiers mots se doivent d’être bienveillants. Communiquer avec bienveillance, c’est prendre le temps de rassurer, d’écouter et de répondre aux besoins du bébé.


Des paroles pour consoler


Les pleurs sont le premier moyen de communication des bébés, tout un langage que les parents auront à expérimenter, déchiffrer et interpréter. Non, ce n’est pas par caprice que les bébés pleurent, mais bien pour exprimer un besoin, qu’il soit physique ou émotionnel. Alors ils ont besoin de toute l’attention de leurs parents : des bras pour les réchauffer, mais aussi de douces paroles pour les consoler, les rassurer et les apaiser. La France compte parmi les pays où la durée du séjour en maternité est la plus longue : entre deux et cinq jours en moyenne, selon le type d’accouchement. Il s’agit d’un moment privilégié, d’une “pause” à l’abri de la vie extérieure. Aussi, je conseille aux jeunes parents de préserver au maximum l’intimité de cette rencontre à trois, de prendre le temps de se consacrer à l’accueil du nouveau-né, expérimenter les premiers « peau à peau », les premières mises au sein… 


On sait aujourd’hui que la connexion avec son nouveau-né n’est pas si instinctive que cela. Il est donc important d’y consacrer un engagement émotionnel, des attentions répétées… Et les soignants, de leur côté, se doivent d’entourer au mieux les jeunes parents durant le séjour à la maternité : les écouter, les rassurer dans leurs premiers pas, leur montrer la voie, afin que le lien d’attachement se fasse dans les meilleures conditions. Je suis persuadée que les premiers soins apportés, l’atmosphère et les sentiments qui entourent l’enfant à la naissance resteront gravés en lui. Cela fait partie des fondations pour qu’il devienne un adulte serein, confiant… et bienveillant à son tour !” 


 


 


Huit points à retenir pour bien l’accueillir
Ralentissez ! Un bébé a besoin de lenteur et de douceur avant tout. 
Testez la communication verbale au quotidien. Babillage, répétition de sons, formation des premiers mots…Pour que les différentes étapes de l’acquisition du langage se mettent en place, un nouveau-né a besoin qu’on lui parle.
Quand vous le changez, expliquez-lui chacun de vos gestes pour établir un lien de confiance. 
Votre bébé pleure ? Un nouveau-né est incapable de réguler seul ses émotions.Pour l’accompagner, prenez-le dans vos bras, bercez-le et parlez-lui. S’il ne comprend pas encore les mots, il ressent votre volonté de le rassurer. 
Considérez le bain non pas comme un simple soin de « lavage »,mais comme un moment de détente et de partage. Baignez votre nouveau-né en pleine conscience, avec patience et bienveillance.Mettez une musique apaisante, faites couler l’eau et prenez le temps de le baigner pendant une dizaine de minutes, en accordant vos gestes au tempo de la musique. 
Offrez-vous un « peau à peau ». Blotti contre son papa ou sa maman, un bébé régule immédiatement sa température corporelle, mais aussi son rythme cardiaque, ce qui favorise son sommeil, calme ses pleurs et, naturellement, renforce votre lien d’attachement. 
Encouragez, félicitez et valorisez votre enfant. Et ce quel que soit son âge ! 
Pour finir, soyez aussi bienveillant avec vous même. Acceptez de faire des erreurs et de ne pas être des parents parfaits…Ils n’existent pas !


 


À lire J’accueille mon bébé. 30 premiers jours essentiels pour créer du lien, de Sonia Krief, Albin Michel.

Le cerveau des enfants en première ligne

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Cachés derrière une porte, ou enfouis sous leur couverture, ils attendent, terrorisés, que les coups cessent. Considérés bien souvent comme les simples témoins d’un drame qui ne concernerait que leurs parents, les enfants exposés à la violence domestique sont les victimes oubliées de ces tragédies familiales. Car de nombreuses études alertent désormais sur les dommages cérébraux causés par le stress chronique dans lequel ils sont plongés.


L’action des hormones du stress


Mais que se passe-t-il exactement dans la tête d’un enfant qui assiste à des violences domestiques ? Lorsque nous nous sentons menacés, en insécurité, nous enclenchons un processus en cascade : notre amygdale, une zone au centre de notre cerveau qui gère la peur, s’active. L’hypothalamus, sorte de centre de commandement, sonne l’alarme pour le reste du corps… Nos glandes surrénales se mettent alors à produire de l’adrénaline, de la norépinéphrine et du cortisol. Sous l’effet de ces…

Violences conjugales : “En me mariant, je n’avais pas signé pour ça”

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J’ai connu mon futur mari durant mes études. J’étais alors complexée par mon corps et j’avais une faible estime de moi. Je pensais qu’aucun homme ne voudrait de moi. Lui m’a acceptée ainsi. J’étais éperdument amoureuse : il était séduisant, intelligent, sportif, drôle, bien élevé… Je le trouvais parfois dur et égocentré et m’étonnais de certaines de ses réactions, mais restais convaincue que l’amour le changerait. J’étais généreuse, empathique, dynamique et j’avais une soif d’absolu. Je me suis engagée dans le mariage, mais sûrement de manière trop naïve et idéaliste ; je manquais de maturité.


Entre compliments et reproches


Le conte de fées a tourné doucement à la désillusion et finalement à l’enfer. Toujours calme à l’extérieur, il était avec moi tantôt charmant, tantôt exigeant et humiliant, souvent colérique et même tyrannique une fois la porte fermée. Il n’a jamais fait preuve de compassion quand je n’allais pas bien. Il jonglait entre les…

Violences conjugales : L’Église doit sortir de sa tiédeur

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« La violence familiale est un péché, un crime et un problème social sérieux » : c’est ce qu’ont rappelé avec force les évêques de la Caraïbe dans une déclaration en avril 2015. Dans cette zone du globe particulièrement exposée aux violences conjugales, ils assurent : « Nous avons entendu les pleurs et sommes témoins de la douleur d’innombrables personnes, en particulier des femmes et des enfants, affligés par la violence familiale. »


« La tiédeur de notre réponse contribue à l’aggravation du problème », confessent-ils, condamnant clairement le silence sur de telles situations, semblable à « un grave péché par omission ». Suit un véritable plan d’actions pour les paroisses : formation des pasteurs et équipes pastorales, espaces de discussion sur le sujet y compris dans les homélies, traitement de la question dans la préparation au mariage… Dans cette région particulièrement concernée par ce fléau des…

La vulgarisation en vogue sur YouTube

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Le cancer est-il un organisme vivant ? Mentir est-il éthique ? Comment un pays sombre-t-il dans la dictature ? Ces questions, aussi diverses que curieuses, vous vous les êtes peut-être déjà posées. Des vidéastes sur YouTube y ont répondu. Présentés comme des vulgarisateurs, ils ont depuis plusieurs années envahi les sphères de cette plateforme de vidéos en ligne, au point de devenir, pour certains, aussi populaires que les vidéastes de la première heure comme les célèbres Cyprien ou Natoo, plus portés sur l’humour. 


Cette envie de partager des connaissances trouve ses origines en 2013-2014, lorsque les premières chaînes dédiées à la vulgarisation ont essaimé sur le Web. « L’initiative a commencé par des amateurs qui voulaient partager ce qu’il leur plaisait », rappelle le doctorant Jordan Cassacio, qui écrit actuellement une thèse à propos de la vulgarisation sur la plateforme. Passionnés de domaines aussi vastes que l’histoire ou…

“La vie éternelle commence des ici-bas”

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« À l’annonce de la maladie, j’étais enceinte de notre sixième enfant et nous avons fait le choix de vivre cette première étape dans le secret de notre couple. Il était si important pour nous que ce bébé soit accueilli dans un ciel bleu, sans nuage. Nous avions le pressentiment, Jérôme et moi, que ce chemin avec la maladie serait long, nous avions à coeur de protéger nos proches. Les premières années, Jérôme, en tant que vrai entrepreneur, a reçu la maladie comme une « mission » de plus à gérer. C’est à la troisième récidive que nous avons véritablement entrepris un chemin de conversion, main dans la main et en communion avec nos enfants, nos familles et amis de coeur.


Dans une dynamique d’éternité


Dans sa prière, Jérôme demandait avec confiance, énergie et insistance sa guérison. Début juillet, quand tous les traitements ont dû être interrompus, il a eu le sentiment qu’il se retrouvait désormais à nu face au Seigneur….

Catherine L’Écuyer : “Sachons préserver la magie de l’enfance”

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La Vie. Vous évoquez un enjeu éducatif fondamental qui consiste à respecter l’émerveillement. Pourquoi ?


Catherine L’Écuyer. Aristote disait que tous les humains ont, par nature, « le désir de savoir » ; ainsi les philosophes grecs définissaient-ils l’émerveillement. Or, dans nos sociétés occidentales, un enfant de 3 ans avide de connaissances, intarissable de questions, se plaint de s’ennuyer après quelques années d’école…


Comment l’expliquez-vous ?


C.L.É. Trop souvent, nous cherchons à encourager la motivation par le recours à des solutions externes : récompenses, punitions, stimulus technologiques, etc. En réalité, la motivation vraie et durable est interne. Un rythme effréné endort ce désir intérieur, puisqu’il en devient le substitut artificiel. L’enfant s’habitue à ce rythme qu’il ne trouve plus dans le quotidien. Il s’ennuie et perd tout intérêt pour la réalité.


La…

Dans l’antre de Balzac

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C’est une charmante enclave du quartier de Passy, au cœur du XVIe arrondissement de Paris. On y a une vue imprenable sur la tour Eiffel et, en guise de comité d’accueil, le pépiement des oiseaux, locataires affairés des arbres qui surplombent la maison à flanc de coteau.


À l’époque où Honoré de Balzac y emménagea, en 1840, pas encore de « dame de fer » à l’horizon, mais la campagne aux portes de Paris. Passy fut un village autonome jusqu’en 1860. Ce qui convenait parfaitement à l’écrivain, poursuivi par ses créanciers, menacé de « saisie de corps » et d’une peine de prison pour des dettes occasionnées par un train de vie fastueux. L’étage de cette maison du XVIIIe siècle, que l’écrivain loua sous un nom d’emprunt – celui de sa gouvernante et bientôt amante, Mme de Breugnol –, avait l’avantage de posséder, dans la cuisine, un escalier dérobé menant à une discrète ruelle en contrebas.


C’est dans ce modeste cinq-pièces baptisé par lui « ma cabane », « mon nid » ou encore « l’enveloppe de ma vie » que Balzac se terra pour écrire d’arrache-pied :« Ici naquirent sous sa plume le Cousin Pons, la Cousine Bette et d’autres chefs-d’œuvre, comme Splendeur et misères des courtisanes, raconte Yves Gagneux, conservateur du patrimoine et directeur depuis deux décennies de la Maison de Balzac. Surtout, entre ces murs fut établi le plan d’ensemble de l’un des projets les plus fous de l’histoire littéraire, auréolé d’un titre de génie : la Comédie humaine. »


Le forçat des lettres


Son cabinet de travail constituait pour Balzac le cœur du réacteur. Des murs tendus de velours rouge et une semi-obscurité, malgré la fenêtre donnant sur le jardin. Une petite table de travail en bois patiné, flanquée d’un large fauteuil. On imagine là le « forçat littéraire » noircissant inlassablement des centaines de feuillets par jour – ou plutôt par nuit, car Balzac avait l’habitude d’écrire à la bougie quand les autres dormaient, pour plus de tranquillité. Il se couchait à l’heure des vêpres et se levait à minuit, s’arrimait à son établi jusqu’à 8 h du matin, moment où l’imprimeur lui faisait porter les feuillets de la veille, qu’il corrigeait ensuite avec acharnement.


Dès 1908, la « cabane de Passy » fut aménagée en un musée privé par une association d’admirateurs et devint un lieu de pèlerinage. Léguée à l’État, qui la donna ensuite à la Ville de Paris, elle permit de rassembler, outre des manuscrits et des premières éditions, des objets liés à la vie du romancier, comme son extravagante canne de dandy au pommeau orné de turquoise. Aujourd’hui, loin d’affermir le lieu hagiographique à la gloire de « saint Balzac », Yves Gagneux n’a qu’un credo : « Susciter le désir de lire et relire l’œuvre. Plutôt que le grand homme, donner à apprécier son travail, l’immense chantier de son œuvre. »


Jeux d’épreuves


La pénombre de l’ancienne chambre à coucher abrite des portraits et des sculptures de l’écrivain, représenté en « galérien de plume et d’encre », qu’il prenne la pose dans la robe de bure des moines reclus, dans la robe de chambre des nuits sans sommeil ou dans la chemise rehaussée de bretelles des ouvriers cantonniers. « Je travaille 18 heures et j’en dors 6, je mange en travaillant, et je ne crois pas que je cesse de travailler même en dormant » , écrivit Balzac à sa maîtresse polonaise, Mme Hanska. 


Après un rapide premier jet manuscrit, il envoyait ses pages à l’imprimerie. Une fois qu’elles étaient revenues sous forme de colonnes compactes, l’auteur y apportait des corrections jusqu’à plus soif. « Au bout de quelques heures de travail, on eût dit le bouquet d’un feu d’artifice dessiné par un enfant. Du texte primitif partaient des fusées qui éclataient de toutes parts » , expliqua son ami Théophile Gauthier. Le visiteur peut ainsi contempler les extraits des neuf jeux d’épreuves de la Vieille Fille, affichés sur un mur de l’appartement. Et il comprend mieux pourquoi Balzac fut le cauchemar des imprimeurs et des éditeurs. Impitoyablement raturées, enrichies et surchargées, les versions se succédaient. Jusqu’à 13, voire 17 pour certains textes.


Des litres de café serré


Pour soutenir un tel rythme, notre homme à la robuste carrure avait besoin d’un carburant puissant. Il buvait des litres de café bien serré,« concassé à la turque » selon ses mots, et apte à stimuler sa « manufacture d’idées ». Sous une vitrine trône la célèbre cafetière en porcelaine de Limoges, au liseré rouge, griffée des initiales « H.B. », un cadeau de son amie et égérie Zulma Carraud. Le breuvage fumant, maintenu au chaud par le réchaud à bougie situé au-dessous, prenait place à côté des feuilles et de l’encre sur la table de travail. « Voilà quel fut le moteur de la Comédie humaine », sourit Yves Gagneux, en rappelant que Balzac faisait les 35 heures en deux journées ! À noter que les droits d’auteur n’existaient pas encore à l’époque. « Deux semaines après la publication du Père Goriot, il y avait déjà sur les boulevards 55 représentations qui en étaient tirées, sans même que le nom de Balzac ne soit cité. Inutile de dire que notre ami ne touchait pas un centime. »


Cathédrale littéraire


Dans la maison de Passy, vint à l’écrivain l’idée d’unifier ses récits par une commune architecture. Les nombreux romans parus sous forme de feuilletons dans la presse ou séparés chez différents éditeurs, furent publiés en 20 volumes entre 1842 et 1848, liés par une analyse d’une incroyable justesse. Sur le modèle de la classification biologique de Buffon pour les espèces animales, Balzac avait entrepris la typologie des « espèces » sociales, pointant les codes et les marqueurs de classe. Il fut entraîné dans « l’immensité d’un plan qui embrasse à la fois l’histoire et la critique de la société » , selon ses propres mots. La Comédie humaine compte environ 2 500 personnages ! Ce qui fait dire à Yves Gagneux que son auteur fétiche rivalisait avec l’état civil. Un diagramme géant permet de visualiser les ramifications du pharaonique projet de 150 romans. Balzac parvint à en écrire une centaine avant sa mort, en 1850. La Comédie humaine demeurerait inachevée. « Le retour des personnages d’un livre à l’autre fut l’un des principes littéraires les plus novateurs de l’époque. » Fidélisant le public bien avant les séries addictives de notre monde contemporain… Un quart des personnages circulent entre les travées de la cathédrale littéraire balzacienne – le baron de -Nucingen revient dans 32 romans, Rastignac dans 26.


Si Balzac est l’écrivain français le plus publié au monde, il est aussi le plus lu en Asie. Étonnant phénomène. Eugénie Grandet fait figure aujourd’hui de véritable star en Chine. Dans un nouveau musée ouvert à Wuzhen (ville au sud-ouest de Shanghai), une exposition sur le créateur de la Comédie humaine se tient d’ailleurs actuellement, en lien avec la Maison de Balzac à Paris. Il faut croire que les Chinois y retrouvent une part d’eux-mêmes.


À lire
La Comédie humaine est disponible en 12 tomes dans « la Pléiade » de Gallimard.

Du Père Goriot au Colonel Chabert, du Lys dans la vallée à la Peau de chagrin, tous les romans de Balzac sont disponibles en collection de poche.

Publiée en 2019, une histoire d’amour fou : la Vendetta, Folio, 2 €.


Informations pratiques

Après des travaux de rénovation et d’accessibilité, l’ajout d’une librairie et d’un café qui donnent agréablement sur l’autre côté du jardin – lui aussi restructuré –, la Maison de Balzac a rouvert ses portes cet automne. Outre les lieux où vécut pendant sept ans le grand écrivain, on peut y voir (jusqu’au 13 janvier) l’exposition de dessins et gravures Balzac et Grandville, une fantaisie mordante. La relation entre le dessinateur Grandville et celui qui fut aussi un homme de presse a donné de vifs coups de crayon et des caricatures hautes en couleur.

Maison de Balzac, 47 rue Raynouard, Paris XVIe. Du mardi au dimanche, de 10h à 18h. www.maisondebalzac.paris.fr

Dis maman, il est au ciel, papy ?

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« Est-ce que Minou ira au paradis ? » ; « Et toi, tu vas bientôt mourir ? » ; « Quand on ressuscitera, quel âge on aura ? »Nous sommes souvent démunis et maladroits pour parler de l’au-delà. « On peut croire à la vie éternelle, la résurrection de la chair et ne pas avoir de réponses à tout ! », souligne Bertrand Lesoing, chapelain du ­sanctuaire Notre-Dame de Montligeon, centre ­mondial de prière pour les défunts.


Tout en respectant la foi de ses patients, Muriel Derome, psychologue clinicienne à Garches (Hauts-de-Seine), invite à préciser que « le ciel » est une image : « C’est ce qu’il y a de plus grand, de plus immense, comme le cœur de Dieu, ou “l’amour” s’ils ne sont pas croyants. » De la même manière, « il est parti », « c’est une étoile (ou un ange) » sont des expressions à éviter. « Avant d’être un lieu, la vie éternelle est une rencontre : avec le Seigneur et tous ceux qui nous ont précédés, qui sont déjà passés par la mort », abonde le prêtre.


Exprimer ses émotions


Au nom de l’espérance chrétienne, il arrive parfois aux chrétiens de minimiser le caractère dramatique de la mort et la douleur de la séparation. Pionnière de l’accompagnement en fin de vie, Élisabeth Kübler-Ross incitait ainsi les parents : « Partagez votre angoisse et votre chagrin avec vos enfants. Le chagrin est une émotion naturelle qui nous permet de surmonter toutes les épreuves de la vie. » L’enfant a besoin d’adultes capables d’entendre sa peur de la mort, sa représentation, ses doutes, sa culpabilité parfois. ­Surtout s’il est encore dans la pensée magique, susceptible d’échafauder mille hypothèses afin d’expliquer un décès : « Avant, j’étais en maternelle. Elle est tombée malade quand je suis passé en CP. Est-ce que c’est parce que je suis en CP ? »


(…)